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[HOMÉLIE] Pourquoi le peuple de Dieu se prosterne le jour de l’Annonciation ?

ANNONCIATION-FRA-ANGELICO

L'Annonciation de Fra Angelico.

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Jean-Xavier Salefran - publié le 24/03/26
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Vice-recteur du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, don Jean-Xavier Salefran commente les lectures de la solennité de l’Annonciation du Seigneur. Ce rite a lieu deux fois dans l’année liturgique : en nous agenouillant durant la proclamation du Credo, nous nous prosternons devant l’enfant qui est Dieu lui-même, dans le sein de Marie qui est son temple parmi les hommes.

À première vue, rien ne disposait Édith Stein, philosophe née dans une famille juive, à devenir catholique puis à consacrer sa vie à Dieu comme religieuse carmélite. Cependant, plusieurs événements avaient préparé la conversion de celle qui devint sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. Parmi ceux-ci, la visite de la cathédrale de Francfort à l’été 1916 fut un moment déterminant. L’attrait pour les belles pierres allait la conduire à être le témoin d’une scène apparemment anodine, qui resta gravée dans sa mémoire : "Nous entrâmes quelques minutes dans la cathédrale et pendant que nous étions là, dans un respectueux silence, entra une femme avec son panier de commission, elle s’agenouilla sur un banc pour faire une brève prière. Ce fut pour moi quelque chose de totalement nouveau." "Je n’ai jamais pu oublier cela" dit-elle encore. 

Un agenouillement d’éternité

Un simple agenouillement avait saisi le cœur d’Edith Stein et inaugurait sa quête spirituelle. Dans cette rencontre, il n’y a aucune mise en scène, seulement le témoignage silencieux de la foi. Cette femme portant ses commissions était entrée dans l’église pour y déposer le fardeau de ses préoccupations et de ses intentions secrètes. Elle s’était recueillie devant le vrai pain descendu du Ciel. Elle avait manifesté une présence en s’agenouillant. Sans le savoir, elle avait offert un moment d’éternité à Édith. Elle avait diffusé la paix. Grâce à elle, un cœur s’était ouvert à une présence et allait désormais partir en quête de celle-ci. Il y a des gestes qui en disent davantage que des paroles ! 

Pendant la messe de la solennité de l’Annonciation du Seigneur, la liturgie de l’Église invite les fidèles à accomplir un tel geste. Le missel romain prévoit en effet que tous s’agenouillent pendant la proclamation du Credo aux paroles suivantes : "Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme." Alors, nous pouvons prendre un temps de silence en demeurant prosternés. Cet agenouillement pendant la profession de foi n’est pas habituel. Il n’a lieu qu’à deux reprises dans l’année liturgique (le 25 décembre et le 25 mars). Saisissons cette occasion rare pour pleinement vivre cet acte de foi. Si l’agenouillement recueilli d’une seule femme a été un signe puissant, combien plus l’agenouillement silencieux de toute une communauté ? De tout un peuple ? 

La célébration de l’enfant qui est Dieu lui-même

Peut-être n’aurons-nous pas la possibilité de participer à la messe mais nous pouvons aussi l’accomplir chez nous en communion avec tous les fidèles. Quel est le sens de ce geste ? Cet agenouillement éclaire la fête de ce jour. Nous ne célébrons pas seulement un bel événement, la venue au monde d’un prophète ou d’un grand homme. Notre célébration est d’un autre ordre. Nous croyons que l’enfant qui commence à être dans le sein de Marie est Dieu lui-même. En Marie, s’accomplit la prophétie d’Isaïe : "Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel, car Dieu est avec nous" (Is 7, 14). 

Les paroles de l’ange Gabriel sont comme le prolongement de cette annonce prophétique. En nous appuyant sur celles-ci, nous professons que Jésus est "le Fils du Très-Haut" et que "son règne n’aura pas de fin" (Lc 1, 33). Il demeure pour toujours "Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré non pas créé", mais désormais il vit parmi nous. 

Marie, temple de Dieu parmi les hommes

Devant un tel mystère, l’Incarnation du Verbe, nous ne pouvons qu’adorer silencieusement. Il est d’ailleurs remarquable que dans de nombreuses représentations de l’Annonciation (celle de Fra Angelico notamment), l’ange Gabriel s’agenouille devant Marie qui devient le temple de Dieu au milieu des hommes. L’ange l’a dit à Marie : "Le Seigneur est avec toi" (Lc 1, 28). Oui, le Seigneur est avec Marie pour demeurer avec nous. L’Annonciation est le prélude de toutes les Visitations du Seigneur par lesquelles il vient jusqu’à nous. Devant Jésus vivant en Marie, prosternons-nous en ouvrant nos cœurs ! Comme cette dame qui s’agenouillait silencieusement devant le tabernacle. Comme l’Église, qui aujourd’hui redit les mots de Marie : Fiat, que m’advienne selon ta parole. Un tel recueillement consumera nos préoccupations futiles et nous donnera d’accueillir le Sauveur du monde.

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