Il était frappant ce dimanche 22 mars, au soir du second tour des élections municipales, de n’entendre que des communiqués de victoire. À écouter ses responsables, le Parti socialiste, qui conservait Paris, Lyon et Marseille, avait gagné la bataille. Au même moment, les Républicains se félicitaient par la voix de leur président de "conforter leur place dans les collectivités locales" et en gagnant de grandes villes comme Clermont-Ferrand ou Besançon. Le Rassemblement national saluait de son côté "la plus grande percée de son histoire" : il installait ses alliés à Nice et ses fidèles à Carcassonne ou à Castres. Le centre-droit qui triomphait au Havre, gagnait Limoges et sauvait Toulouse, parlait d’une grande victoire. La France insoumise aussi, qui citait Roubaix et annonçait avoir partout progressé. Quant à Renaissance, le parti présidentiel, il se réjouissait d’avoir conquis Bordeaux et Annecy et d’avoir "doublé le nombre de ses élus locaux".
Un éclatement sans précédent
Bref, tout le monde avait gagné, ce qui signifie que personne n’avait perdu. Cependant les élections municipales sont un jeu à somme nulle. Si tout le monde a gagné, tout le monde a perdu. On a oublié de nous le rappeler. L’impression de victoire revendiquée par tous les camps manifeste en réalité un éclatement sans précédent de notre paysage politique. Notre carte électorale est devenue un miroir brisé de la République. L’effet brise-lames du scrutin local a joué à plein : tout le monde dit avoir gagné mais aucun courant politique ne peut se prévaloir d’avoir triomphé. Nul ne peut déduire de ce vote un signal clair pour les échéances à venir. Il n’y a pas de tendances, si ce n’est une confusion grandissante. Que faut-il voir derrière cet émiettement ?
La défaite et le déshonneur
Ceci : les électeurs ont, une fois de plus, manifesté leur maturité. Ils l’ont prouvé en montrant que, comme Jacques Chirac l’avait dit en son temps, en politique la faute morale ne paie pas. Quand Michel Noir disait qu’il préférait perdre les élections que perdre son âme, Chirac rétorquait qu’il convenait de sauver son âme pour gagner les élections : il l’a fait. Aujourd’hui, en s’alliant avec les Insoumis quelques jours après les avoir diabolisés, la gauche traditionnelle a pris le risque d’être sanctionnée. Elle l’a été durement. À l’exception notable de Nantes, la plupart des candidats socialistes ou verts qui ont pactisé avec LFI ont été battus. L’exemple le plus significatif est celui de la ville de Toulouse, ville rebelle paradoxalement gérée au centre-droit. On avait pu écrire la semaine dernière que, malgré l’arithmétique, les bien-pensants de la Ville rose ne gagneraient pas en vendant leur honneur contre un plat de lentilles. Les électeurs l’ont confirmé.
Ce fut aussi le cas à Tulle où François Hollande avait sans vergogne exhorté à l’union avec LFI quelques jours après avoir déclaré que désormais, il n’y aurait jamais plus d’alliance possible avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. Les socialistes corréziens ont perdu à la fois leur honneur et les élections. Ailleurs, ceux qui ont eu le courage de garder leur âme ont été presque tous été élus, comme à Marseille. Au-delà des signes contradictoires observés, ces élections ont donc montré que les Français exigeaient une morale politique, preuve qu’ils y croient encore. C’est autour de cette exigence morale que pourra se construire la majorité de demain.









