Au lendemain des élections municipales, éclairage sur l’engagement de ces citoyens anonymes qui se dévouent dans la discrétion et non sans difficultés au service de leur collectivité. Lui-même élu local, notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, attire l’attention sur les responsabilités des élus chrétiens.
Ils sont environ 500.000, des anonymes, des citoyens lambda qui se sont engagés dans la vie municipale. Ils sont maires, adjoints, conseillers et loin des clans qui s’entredéchirent pour briller dans les sondages et les médias. Au lendemain des élections municipales, nous écoutons une pluie de commentaires, les analyses sur les scrutins à venir, les spéculations les plus diverses sur les présidentielles et le sort présumé de telle ou telle personnalité. Tout cela ne doit pas cacher cette réalité, moins sensationnelle, moins médiatique qui consiste à administrer les communes de France. Ces milliers d’élus municipaux, anonymes pour la quasi-totalité des médias nationaux, sont connus et reconnus dans leur village, leur bourg, leur ville ou métropole, dont les habitants attendent d’eux un engagement sincère et efficace pour la vie commune.
Un engagement responsable
En dehors des grandes villes, ils sont catalogués sans étiquette pour la plupart et ce n’est pas juste, car ils ont un parti, un engagement profond, celui de la communauté, des citoyens qu’ils croisent tous les jours. N’est-ce pas la plus belle des "étiquettes" que de servir ses proches ? N’est-ce pas aussi évangélique : servir son prochain ! Chrétien ou pas, ce qui compte, c’est l’engagement pour et avec les autres.
Lors de l’installation du conseil municipal, le maire nouvellement élu ou réélu donne lecture de la charte de l'élu local : "L'élu local exerce ses fonctions avec impartialité, diligence, dignité, probité et intégrité. Dans l'exercice de son mandat, l'élu local poursuit le seul intérêt général, à l'exclusion de tout intérêt qui lui soit personnel directement ou indirectement, ou de tout autre intérêt particulier…" Ce document donne toute la dimension de la responsabilité de l’élu, il s’agit d’une base déontologique fondée sur le droit, le bon sens, l’engagement pour autrui et tous se doivent de respecter ce dont ils ont eu lecture. Les élus s’engagent aussi à respecter les principes de la République : liberté, égalité, fraternité sans oublier la laïcité.
L’élu chrétien n’a pas à cacher sa foi
Peut-on aller plus loin ? La question se pose pour les élus chrétiens : doivent-ils ou peuvent-ils s’engager plus avant, ont-ils une responsabilité propre ? La réponse dépend de chacun dans le cadre imposé par la République et la laïcité qui s’impose, mais qui n’est pas une contrainte à la condition évidente de ne pas faire de prosélytisme dans le cadre de ses fonctions d’élu. L’élu chrétien n’a pas à cacher sa foi, c’est un fait inhérent à sa personne, nul ne peut lui reprocher. Ensuite, il a des responsabilités morales identique à tous et plus encore, celle des fondements de sa foi : aimer son prochain, venir au secours du pauvre, du déshérité, éduquer l’enfant, etc. Ce sont des valeurs chrétiennes, ce sont des valeurs de la République, laquelle a calqué bien souvent sans le dire sa doxa sur les fondements catholiques.
La protection du patrimoine chrétien
L’élu local aura à cœur de faire vivre les bâtiments symboles de la foi, notamment l’église si elle a été construite avant 1905, qui appartient à la commune, et dont le clergé local est affectataire. Difficile tâche dans les villages qui n’ont parfois qu’une messe par an mais il faut être imaginatif, rappeler que ce bâtiment a été construit par les ancêtres des habitants d’aujourd’hui, donner une dimension culturelle pour arriver au cultuel. Un exemple emblématique est donné par Quelaines-Saint-Gault, ce village de Mayenne où le maire projette de détruire une église du XIe siècle jugée trop coûteuse à restaurer, pour le remplacer par un jardin du souvenir. L’opposition de certains élus s’est imposée avec évidence. La suspension de la destruction de l’église a été obtenue du tribunal administratif de Nantes. Mais les opposants doivent rechercher une alternative financière, en faisant appel aux mécènes par exemple : les collectivités devant financer les écoles, les salles de sport et tant d’autres équipements, l’église peu fréquentée apparaît souvent comme une dépense accessoire et non urgente.
Exercer son influence
L’élu local peut aussi exercer son influence sur les décisions concernant l’école, la culture, l’environnement et l’économie pour éviter les dérives de toutes sortes, sectaires, wokistes, etc. C’est un devoir moral, pas toujours facile à faire comprendre mais essentiel dès lors qu’il s’agit de la santé morale d’une population souvent fragile.
Notre élu catholique trouvera de l’aide auprès de différentes associations chrétiennes pour ne pas être seul, il peut aussi étudier saint Augustin, toujours d’actualité et si cher à notre pape Léon XIV, qui disait : "Deux amours ont donc bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité de la Terre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité de Dieu" (La Cité de Dieu, T. 2). Les deux cités sont compatibles ou plutôt peuvent trouver des terrains d’entente. L’immense majorité des élus municipaux sont des gens de bonne volonté. Une chance pour de très nombreuses communes, une chance pour notre pays.











