On s’écraserait presque les pieds, juché qu’on est sur les marches de la crypte de la basilique de Fourvière. Ici et là, on s’agite, on se chuchote, on s’embrasse et on se hèle dans diverses langues. La crypte est bondée : ce soir, sur les hauteurs de Lyon, on inaugure une chapelle dédiée aux chrétiens d’Orient. À l’intérieur de celle-ci, une icône et un grand panneau expliquant qui sont les chrétiens d’Orient.
Michel, Lyonnais originaire du Liban, est venu avec sa fille Estelle. Tous deux sont catholiques maronites, paroissiens de Notre-Dame du Liban, dans le 8e arrondissement de Lyon. "Pour moi, cette inauguration est un signe des liens historiques entre la France, et en particulier Lyon, et l’Orient. C'est le signe d'une communion spirituelle", s’émeut-il. "En ces temps, nous avons besoin de signes tels que celui-ci pour ne pas oublier les chrétiens qui vivent des choses très complexes dans des régions en crise. L'espérance qu'ils portent les lie et les empêche de sombrer dans l'oubli et dans la culture de mort qui se propagent dans ces régions". "Pour nous c’est très touchant", enchérit Rosette, membre de l’Église syrienne. "On pense bien à tous nos frères et sœurs qui sont persécutés en ce moment. C'est très difficile mais on croit en Dieu et on pense que la paix est possible".
Ce projet de chapelle, porté depuis deux ans par la fondation Fourvière, l’Œuvre d'Orient, le diocèse et le comité de jumelage Lyon-Mossoul, voit le jour dans un contexte très particulier. "Ces chrétiens sont encore une fois accablés par la guerre et les déplacements de population", lance d’une voix claire Monseigneur Hugues de Woillemont, directeur général de l’Œuvre d'Orient, debout au côté de Monseigneur Olivier de Germay, primat des Gaules, rappelant qu’il y a eu un million de déplacés en trois semaines au Liban. "L’Œuvre d'Orient cherche à ne pas taire la souffrance de ces Églises. Ces chrétiens sont debout et témoignent d'un immense courage. Nous pleurons avec eux, nous prions avec eux, nous agissons avec et pour eux. Qu'ils habitent en Inde, au Moyen-Orient, en Europe de l'Est ou dans la corne de l'Afrique, nous souhaitons leur apporter notre aide", insiste le prélat, rappelant la phrase de Jean Paul II selon laquelle l’Église respire et témoigne du Christ avec ses deux poumons : son poumon oriental et son poumon occidental. "Cette chapelle cherche à réaliser cela, en nous ouvrant à cette réalité que nous ne connaissons peut-être pas très bien mais qui est riche et que nous avons à découvrir, pour peut-être ensuite nous engager dans l'action". Pour l’inauguration, une icône avait été commandée à un artiste de la plaine de Ninive, mais ils n’ont pu arriver à temps pour le jour J. "On est complètement en communion avec la situation, les chrétiens d'Orient sont empêchés de venir. Cela redouble la nécessité de cette chapelle", note Mgr Hugues de Woillemont auprès d’Aleteia.
Un lien historique entre Lyon et les chrétiens d’Orient
Ces terres foulées par les apôtres sont les terres historiques de la chrétienté. "Notre Église catholique est d'abord orientale. Ce sont les Orientaux qui nous ont évangélisés", poursuit le prélat. Saint Pothin, premier évêque de Lyon au deuxième siècle, est venu de Smyrne, dans l'actuelle Turquie, pour évangéliser Lugdunum. Ainsi, dès le départ, l’Église de Lyon est liée à l'Orient. Disciple de saint Polycarpe, il s’est ainsi inscrit dans la tradition apostolique de saint Jean à travers l’enseignement transmis par saint Polycarpe et saint Irénée. Au fil des siècles, plusieurs figures telles que François Picquet, Lyonnais, consul de France à Alep et évêque de Babylone au XVIIe siècle, ou les religieux de congrégations missionnaires telles que les maristes, ont contribué à rendre ce lien vivant. Et au-delà de ce lien historique, on voit un lien spirituel récent entre le diocèse de Lyon et l'Irak, et en particulier à travers un jumelage avec le diocèse de Mossoul, impulsé en 2014. Lyon a accueilli plusieurs vagues de chrétiens au XXe siècle, qui ont fui exactions et atrocités dans leurs propres pays. Aujourd’hui, alors que L’Œuvre d'Orient fête ses 170 ans, ce sont plusieurs milliers de chrétiens d’Orient qui vivent dans la capitale des Gaules. La ville compte des paroisses syriaque, orientale chaldéenne, byzantine russe, arménienne et maronite. "Ce sont des communautés vivantes avec une grande dimension fraternelle et l'importance de se retrouver."
Laissons le mot de la fin à Shahinaz et Victor. Originaire d’Égypte, Shahinaz est copte catholique. Ce soir, son enthousiasme est immense. "C'est génial : c'est vivant, on est là ! Je ressens l'unité et cela me donne de la force pour continuer à prier pour la paix. Je ne me sens plus seule. Je n’oublie pas les blessures mais je sens de la consolation". Pour Victor, lui aussi maronite, cette soirée "rend visible l'accueil de l'Église de France à notre présence ici avec nos traditions, notre façon de prier et tout ce qu'on peut apporter. C'est un moment d'unité qui permet de rendre gloire dans nos différences".









