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[HOMÉLIE] Sortir de la mort pour entrer dans la vie

La Résurrection de Lazare de Jean-Baptiste Jouvenet (1706).

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Clément Barré - publié le 21/03/26
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Prêtre du diocèse de Bordeaux, le père Clément Barré commente l’évangile du 5e dimanche du carême. Aux catéchumènes et aux hommes de foi, l’Église dit aujourd’hui : le Christ ne vient pas seulement vous faire du bien ; il vous appelle à une vie nouvelle.

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À chaque lecture de cet Évangile de la mort de Lazare, la même question revient : pourquoi Jésus attend-il encore deux jours après avoir appris la maladie de Lazare ? Pourquoi ne vient-il pas aussitôt ? Pourquoi n’accourt-il pas pour guérir son ami et épargner à Marthe et Marie l’épreuve du deuil ? Le reproche de Marthe a quelque chose de profondément juste : "Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort" (Jn 11, 21). Et pourtant l’Évangile nous oblige à comprendre que ce retard n’est ni oubli, ni indifférence. Si Jésus attend, ce n’est pas parce qu’il aime moins ; c’est parce qu’il veut accomplir davantage. Il ne vient pas seulement répondre à une urgence. Il ne vient pas simplement résoudre un problème. Il ne vient pas seulement guérir un malade. Il vient manifester qu’il est le Seigneur de la vie. En arrivant lorsque Lazare est déjà au tombeau, lorsque toute espérance humaine est consommée, il ne laisse aucun doute sur ce qu’il accomplit : il ne vient pas seulement retarder la mort, il vient la vaincre.

La vie que l’homme ne peut pas se donner

C’est là, au fond, le point décisif de cet Évangile, et c’est aussi ce qui éclaire la démarche des catéchumènes. Car si Jésus était venu tout de suite, on aurait vu en lui un guérisseur admirable. En attendant, il révèle autre chose : son œuvre n’est pas de l’ordre d’une simple amélioration. Jésus ne vient pas ajouter un supplément d’âme à une existence déjà installée. Il ne vient pas se glisser dans notre vie pour la rendre un peu plus supportable. Il vient donner une vie que l’homme ne peut pas se donner à lui-même. Lazare n’est pas seulement un malade à soulager : il est un mort à appeler hors du tombeau. Et voilà pourquoi cet Évangile est si fort pour ceux qui se préparent au baptême. Le Christ n’entre pas dans leur vie pour la décorer religieusement ; il les appelle à sortir de la mort pour entrer dans la vie.

Tant que nous attendons seulement de Dieu un soutien, une consolation, une aide pour aller un peu mieux, nous n’avons pas encore entendu l’Évangile dans toute sa force.

C’est ici que la question devient plus personnelle : pourquoi Jésus a-t-il attendu avant de se faire connaître à moi ? Pourquoi maintenant, et pas plus tôt ? Peut-être parce que nous n’étions pas encore prêts à entendre ce qu’il venait réellement dire. Tant que nous attendons seulement de Dieu un soutien, une consolation, une aide pour aller un peu mieux, nous n’avons pas encore entendu l’Évangile dans toute sa force. Le Christ ne dit pas seulement : je vais t’aider à vivre. Il dit : "Viens dehors" (Jn 11, 43). Il appelle à quitter ce qui enferme, ce qui rétrécit, ce qui conduit à la mort. Il faut parfois du temps pour comprendre que ce que nous appelions vie n’en avait pas la plénitude. Il faut parfois du temps pour que tombent certaines illusions, pour que soit démasquée cette mort intérieure à laquelle nous nous étions habitués.

Une mise en vérité

Car c’est bien cela le drame de l’homme : nous nous habituons à des existences rétrécies. Nous nous habituons au péché, au repli, à la tristesse, à l’endurcissement, à toutes ces formes de mort intérieure que nous finissons par trouver normales. Et précisément, le Christ ne vient pas rendre ce tombeau plus habitable. Il vient l’ouvrir. Il ne vient pas bénir nos enfermements. Il vient nous en arracher. Voilà pourquoi le baptême n’est pas l’ajout d’une dimension religieuse à une vie déjà accomplie. Le baptême est un passage. Le baptême est un arrachement. Le baptême est l’entrée dans une vie nouvelle.

C’est pour cela que les scrutins — ces rites pénitentiels en vue du baptême — ont une telle force. L’Église ne célèbre pas ce jour-là l’intérêt religieux de quelques catéchumènes ; elle reconnaît l’œuvre par laquelle le Christ arrache peu à peu un être humain au pouvoir du péché et de la mort pour le conduire vers sa lumière. Les scrutins disent qu’il y a en nous des zones de ténèbres, des résistances, des liens qui nous retiennent encore ; mais ils disent aussi, et surtout, que le Christ est plus fort que tout cela. Ils ne sont pas une simple étape. Ils sont une mise en vérité sous le regard de Celui qui veut sauver.

Une résurrection commencée

Alors la vraie question n’est peut-être pas seulement : "Seigneur, pourquoi as-tu attendu ?" Elle devient plutôt : "Maintenant que tu m’appelles, vais-je consentir à sortir ?" Aux catéchumènes, l’Église dit aujourd’hui : le Christ ne vient pas seulement vous faire du bien ; il vous appelle à une vie nouvelle. Et à nous tous, cet Évangile rappelle que la foi n’est pas un aménagement de l’existence, mais une résurrection commencée. Le Christ n’est pas venu habiter nos tombeaux. Il est venu nous en faire sortir.

Lectures du 5e dimanche de carême (Année A) :

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