Avec 35 millions de catholiques et une forte pratique religieuse, le Nigeria est un géant de la foi. Et pourtant, toujours pas de saint nigérian à l’horizon. Une donne qui pourrait bientôt changer avec une possible canonisation de Cyprien Michel Iwene Tansi, prêtre trappiste du XXe siècle béatifié par Jean Paul II le 22 mars 1998.
Un ministère fécond
Iwene Tansi naît en 1903 dans le sud du Nigeria. Il grandit dans une famille animiste et se convertit au contact de missionnaires. Baptisé à l’âge de neuf ans, il se met d’emblée à parler de l’Évangile aux autres enfants, témoignant avec joie de sa foi. Après avoir été catéchiste, il entre au petit séminaire et est ordonné prêtre en 1937. Il s’occupe alors particulièrement des jeunes, mais aussi des couples et de la question de la dignité des femmes. Son ministère est fécond. Il ressent cependant un appel toujours grandissant à la vie monastique. En 1950, il part en Angleterre au monastère trappiste du Mont Saint Bernard à Leicester et y reçoit le nom de "Cyprien". Il meurt en janvier 1964 et sa dépouille est ramenée au Nigeria en 1986. Soixante ans de vie donnée aux autres et à l'Église, donc.

"Le voir célébrer la messe était un sermon en soi"
L'un de ses plus fervents défenseurs, le cardinal Francis Arinze, 93 ans, préfet émérite de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, a bien connu le père Cyprien. Celui-ci l'a baptisé et lui a appris à servir la messe. "Le voir célébrer l’Eucharistie était un sermon en soi", se souvient-il dans une interview accordée à EWTN News en janvier 2026. Le cardinal insiste sur la réputation de sainteté qui entourait déjà le père Cyprien de son vivant. Le bienheureux "dormait sur des pierres et mangeait très peu", mais il dégageait une "joie contagieuse" qui attirait les jeunes hommes vers la prêtrise.
Le père Cyprien n'était pas un mystique sédentaire. Apôtre, il parcourait les jungles et les routes à vélo pour répandre l'Évangile. Parmi les fruits apostoliques de sa vie de missionnaire, on compte "deux cents prêtres originaires de ces régions : trois ou quatre évêques, un cardinal, des religieuses et plus de deux cents séminaristes", explique le cardinal. Béatifié par Jean Paul II en 1998 devant plus de deux millions de fidèles, il devient le premier Africain de l'Ouest à recevoir cet honneur. Il est fêté le 20 janvier. Aujourd'hui, seul un miracle attesté le sépare de la canonisation.
L’espérance de l’Église nigériane
Pour le cardinal Arinze, la Conférence épiscopale du Nigeria ne priorise pas les procédures de canonisation, requérant temps et rigueur. En 2023, une cause a été ouverte pour Vivian Ogu, jeune fille catholique nigériane de 14 ans, assassinée en 2009 après avoir refusé de se soumettre à des violences sexuelles. Malgré l’espérance que représente une future canonisation du père Cyprien pour l'Église nigériane, le cardinal rappelle qu'il ne faut pas se focaliser uniquement sur les causes de prêtres ou de religieuses. "Si seuls les membres du clergé sont béatifiés, cela donne l'impression que pour être un bon chrétien, il faut appartenir [à celui]", précise-t-il à EWTN News.
Les catholiques du Nigeria semblent pourtant prêts à accueillir leur premier saint. Il ne reste plus qu'à attendre que le Vatican reconnaisse un nouveau miracle attribué à l’intercession du bienheureux et confirme par là la maturité spirituelle de tout un peuple.












