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Perte d’autonomie : les robots peuvent-ils remplacer l’aide humaine ?

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Charlotte de Vilmorin - publié le 20/03/26
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Sous couvert de résoudre le problème de la perte d’autonomie liée à l’âge ou au handicap, nous créons de nouvelles dépendances. Pour l’essayiste Charlotte de Vilmorin, ces nouvelles technologies privent les individus de ce qui les humanise le plus : la relation à autrui.

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Et si, en cherchant à libérer les corps, on enchaînait les esprits et les cœurs ? Cette question résonne avec une actualité technologique qui promet, à grands renforts de robots humanoïdes et d’implants cérébraux, de "résoudre" la dépendance des personnes âgées et handicapées. La startup 1X a récemment présenté Neo, un robot domestique capable de réaliser de nombreuses tâches ménagères, et où Neuralink envisage de connecter nos cerveaux à des machines pour "réparer" les handicaps, il est urgent de s’interroger : ces innovations sont-elles vraiment au service de l’autonomie, ou créent-elles une nouvelle forme de dépendance, plus insidieuse et plus coûteuse que jamais ?

La technologie au secours de la dépendance

En 2026, la France compte plus de 15 millions de personnes en situation de handicap, dont 1,5 million souffrent de limitations sévères dans leur vie quotidienne. En plus de ces chiffres qui concernent le handicap, 2 millions de personnes âgées sont en perte d’autonomie et on en comptera 700.000 de plus d’ici 2050. Pourtant, malgré ces chiffres alarmants, le pays fait face à une pénurie criante d’aidants : il faudrait 610.000 équivalents temps plein pour répondre aux besoins d’aide humaines des seules personnes âgées. Dans ce contexte, les robots comme Neo, capable de porter des charges, faire le ménage et même raconter une blague (!), sont présentés comme une réponse miracle. De même, les exosquelettes, comme ceux développés par Wandercraft, promettent de redonner la marche à des patients tétraplégiques, tandis que les neurotechnologies de Neuralink envisagent de restaurer la mobilité ou la communication via des implants cérébraux. La technologie rêve de voler au secours de notre dépendance. 

Un robot pourra certes aider à se lever, mais il ne pourra pas partager un sourire, écouter une confidence, ou s’adapter à l’humeur du jour.

Mais en réalité, derrière ces promesses se cache une réalité bien moins reluisante. Ou plutôt un manque de réalisme et de bon sens. Prenons l’exemple de Neo : ce robot, aussi impressionnant soit-il, coûte plus de 20.000$ par unité, sans compter les frais de maintenance et de mise à jour logicielle. Qui pourra se l’offrir ? Les familles modestes, déjà épuisées par le coût des aides humaines ? Les Ehpad, dont les budgets sont déjà sous tension ? Quant à Neuralink, même si ses implants venaient à fonctionner (et en faisant abstraction de toute réflexion éthique), ils nécessiteraient une infrastructure médicale et technique hors de portée pour la majorité des patients. Sans parler des risques de cyberattaques, de pannes, ou de la dépendance totale à une entreprise privée pour des fonctions vitales. Sous couvert de résoudre le problème de la dépendance des corps, nous créerions une nouvelle dépendance à des intérêts privés et financiers.

Le besoin d’autrui

Et le problème ne se limite pas à l’aspect économique. Car plus grave encore, ces technologies, en se substituant à l’aide humaine, privent les individus de ce qui les humanise le plus : la relation à autrui. La Fondation de France vient d’ailleurs de publier un rapport sur la solitude et l’isolement des Français, indiquant qu’une personne sur dix est déjà en situation d’isolement total. Peut-on sincèrement croire que ces solutions technologiques vont résoudre un problème d’une telle ampleur ? Un robot pourra certes aider à se lever, mais il ne pourra pas partager un sourire, écouter une confidence, ou s’adapter à l’humeur du jour. Pire : en déléguant le soin à des machines, on risque de déshumaniser ceux qui en ont le plus besoin, en les réduisant à des "problèmes techniques" à résoudre.

La dépendance, loin d’être une malédiction, est un lieu de rencontre. Elle rappelle que l’autonomie absolue est une illusion, et que l’interdépendance est une richesse. Dans les maisons de retraite alternatives, comme celles inspirées du modèle Humanitude, on observe que les résidents qui aident les plus fragiles créent des communautés de soin mutuel, où chacun trouve sa place. De même pour les lieux de vie partagés comme Fratries ou Simon de Cyrène

Des outils au service de la relation

Alors, que faire ? Réinvestir dans le care. Former davantage d’aidants, revaloriser leurs salaires, développer des structures d’hébergement et d’aides à domicile pour que la dépendance ne soit pas un problème à "résoudre", mais une dimension de la vie à accompagner et à partager. Les technologies peuvent être utiles, à condition qu’elles restent des outils au service de la relation, et non des substituts. La vraie révolution ne sera pas technologique, mais humaine : apprendre à vivre ensemble notre fragilité.

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