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La littérature scientifique et managériale distingue rarement collaboration et coopération avec clarté. Un récent article de la Harvard Business Review fait exactement l’inverse : il met en relief la coopération. Ce détour nous donne l’occasion d’aborder une problématique courante des organisations : le travail en groupe et efficacité. L'article HBR décrit "le point de bascule" vers la coopération. Mais avant d'envisager ce saut, encore faut-il que le groupe existe. C'est ce "degré zéro" trop souvent ignoré que nous allons d’abord explorer.
Le degré zéro du groupe
Pour comprendre ce qu’apportent la collaboration et la coopération, il faut regarder la situation inverse : celle d’un groupe dont les membres sont incapables de travailler ensemble. On croit trop souvent qu’une fois le groupe formé, la participation se fera naturellement. En fait, pas du tout. L'équipe commerciale de Marc se réunit chaque mois. Chacun écoute poliment les chiffres des autres, puis retourne à son téléphone et à ses objectifs individuels. Personne ne partage ses bons tuyaux. Quand un collègue est débordé, on le plaint... mais personne ne l'aide.
Aucune communauté professionnelle n’est à l’abri d’un tel dysfonctionnement collectif. Les désaccords, l’incompétence (oui!) ou le désengagement (on compte sur les autres…), le surmenage ou encore l’absence de leadership : la liste des obstacles au travail collectif est longue. Il arrive, malgré l’inertie ambiante, que quelques-uns se "sacrifient" pour obtenir un résultat. Quand celui-ci est bon, c’est généralement tout le groupe qui est félicité, ce qui peut paraître injuste... Le vrai problème est ici l’incapacité à créer une cohésion, là où d’autres sont animés d’un véritable esprit de collaboration – et plus encore, de coopération.
La collaboration : le manager est le chef d’orchestre
En français, le "collaborateur" est celui qui participe à l’œuvre commune, toujours en lien avec son manager. Ce dernier a un rôle d’encadrement majeur : il rend possible la mise en commun des contributions individuelles, leur addition en vue d’un objectif commun. Tous participent, et pas seulement quelques-uns. Chacun s’occupe de la part qui lui revient, tout en échangeant les informations. Ce niveau de travail collectif est déjà une belle victoire, souvent suffisant pour qu’un projet aboutisse. Ici, le manager joue un rôle clé pour l’unité et l’efficacité globale du groupe.
La coopération : le leader libère les énergies
La coopération apporte au groupe un supplément qui lui permet d’être transformé en équipe. Ici, la logique est celle de l’interaction. Le manager devient leader, porteur d’une vision, qu’il partage avec son équipe tout en lui laissant une marge de manœuvre. Chacun peut davantage choisir les meilleurs moyens de réaliser cette vision commune. Plus autonomes, les participants deviennent ainsi plus interactifs. On sort du côté "laborieux" pour entrer dans une aventure partagée. L’entraide est puissante. L’addition des contributions se transforme en démultiplication des capacités collectives : l’information n’est plus simplement échangée, elle devient source de créativité. Elle génère donc une plus grande motivation, et même de l’enthousiasme. Un esprit de coopération est particulièrement nécessaire aux équipes qui travaillent sur un projet important. Le leader facilite l’interaction des acteurs et la parité est de mise : une sorte d’amitié professionnelle peut émerger, fondée sur une reconnaissance réciproque, non hiérarchique.
Au triptyque "manager/collaboration/groupe" succède alors celui de "leader/ coopération/équipe". Peut-être faut-il ajouter que la coopération est la forme la plus accomplie du travail collectif, même si le plus souvent, les organisations se contentent d’une collaboration efficace.
L’alchimie du collectif, une image du bien commun
Travailler ensemble. Quand, dans une équipe, chacun expérimente que l’exercice de ses compétences est reconnu par ses pairs, que l’entraide est spontanée, que l’engagement est réciproque, et finalement que la réussite est collective, alors naît une fierté partagée. Cette expérience dépasse la simple efficacité organisationnelle. Elle fait apparaître quelque chose de plus rare : la conscience que chacun contribue à une œuvre qui le dépasse. C’est précisément cela que la tradition philosophique appelle le bien commun : un bien dont chacun bénéficie parce que tous y contribuent. Peut-être est-ce là, au fond, le signe le plus sûr d’une véritable coopération : lorsque le travail cesse d’être seulement une juxtaposition d’efforts pour devenir une aventure collective dont chacun peut dire, avec justesse et avec fierté : "Nous l’avons fait ensemble." Et c’est peut-être là, finalement, la forme la plus accomplie du travail humain.








