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Élisabeth Guthmann : “Les faits de violence durant le périscolaire sont systémiques”

7 min de lecture
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Crédit : Valérie Dubois / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Manifestation à Paris, 16 décembre 2025.

Alors que des révélations de faits de violence pendant le temps du périscolaire se multiplient, Élisabeth Guthmann, cofondatrice du collectif SOS périscolaire, tente d'en décrypter les causes et demande que des mesures soient prises à l’échelle nationale.

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Depuis plusieurs mois, des révélations de violences physiques, psychologiques et sexuelles, commises sur des enfants pendant le temps du périscolaire, se multiplient. Le "périscolaire" désigne le temps passé par l'enfant à l'école en dehors des heures consacrées à l’instruction (accueil du matin, pause méridienne, accueil du soir, accueil de loisirs du mercredi). À Paris, entre 2023 et 2025, 88 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour des faits à caractère sexuel. Ces deux dernières semaines, trois hommes, dont deux animateurs, ont été interpellés et présentés à la justice pour des faits d’agressions sexuelles commis sur 12 enfants, âgés de 3 à 9 ans, dans trois écoles de la capitale.

Le collectif SOS Périscolaire, fondé par deux mères parisiennes en 2021, est le premier à avoir rassemblé des témoignages de familles et dénoncé les violences commises sur les enfants durant le temps du périscolaire. Si jusqu’à présent une forme d’omerta régnait sur le sujet, entre minimisation des faits, mise en doute de la parole des enfants et pression sur les parents pour "ne pas faire de vagues", la problématique s’est invitée au cœur des débats liés aux élections municipales – l’organisation du périscolaire relevant des municipalités –, et a fait émerger de graves défaillances.

L’État a donc décidé de prendre le sujet à bras-le-corps. Lundi 16 mars, le collectif SOS Périscolaire a été reçu le matin à l’Élysée par deux conseillers du Président, Gilles Halbout pour la partie Éducation et William Elman pour le périmètre sport, vie associative et solidarité, puis l’après-midi par le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Élisabeth Guthmann, l’une des cofondatrices présente à ces deux rendez-vous, assure à Aleteia que les demandes du collectif ont été écoutées, qu’un travail a été "amorcé" et qu’il y a une "promesse de changement". Elle décrypte ici les causes d’un phénomène qu’elle qualifie de "systémique" et fait part d’une série de mesures pour enrayer la crise.

Aleteia : Vous avez créé SOS Périscolaire en 2021, comment est né ce collectif ?
Élisabeth Guthmann : Nous sommes deux mamans parisiennes à l’origine du collectif. Nous avions chacune des problématiques de violences dans les écoles respectives de nos enfants. Nous avons essayé d’activer les leviers administratifs classiques, et cela n’a pas marché. Nous avons donc lancé des appels à témoignages sur les réseaux sociaux. On a reçu presque 80 témoignages en une dizaine de jours. On s’est rendu compte qu’on n’était pas des cas isolés mais que la problématique était systémique à Paris. On s’est demandé comment cela se passait dans les autres régions de France, et avons élargi nos appels à témoignages. C’est à ce moment-là que nous avons réalisé que les faits de violence dans le périscolaire étaient systémiques à l’échelle nationale. Lorsque des signalements étaient déposés, il ne se passait rien, aucune mesure conservatoire n’était prise même pour les cas les plus graves.

De quels types de violences parle-t-on ?
De violences psychologiques, telles que des humiliations, des intimidations, des insultes, des hurlements sur un enfant, des punitions disproportionnées ; de violences physiques aussi, avec des élèves frappés, isolés, forcés à manger jusqu’à vomir, maintenus de force à la sieste ; et enfin de violences à caractère sexuel.

Certains périscolaires ne sont pas déclarés à Jeunesse et Sports et ne sont donc pas soumis aux quotas d'encadrement, aux diplômes, ni même aux vérifications de casiers judiciaires.

Quelles demandes avez-vous formulées au gouvernement ?
Nous demandons plusieurs choses. D’abord, qu’une commission indépendante soit lancée, sur le modèle de la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) pour faire un état des lieux du périscolaire en France. Nous demandons également une uniformisation des modes de garde d’accueil des mineurs et que tous soient contrôlés par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Aujourd’hui, les périscolaires n’ont pas tous la même forme : certains sont déclarés à Jeunesse et Sports et sont donc soumis à des taux d’encadrement, des minima de diplômes, des obligations de signalement et des contrôles, mais d’autres, souvent qualifiés de "garderies", ne sont pas déclarés et ne sont donc pas soumis aux quotas d'encadrement, aux diplômes, ni même aux vérifications de casiers judiciaires. Dans ces cas-là, lorsqu’il y a un problème et que le maire ne réagit pas, les parents sont démunis.

Avez-vous soumis d’autres demandes ou suggestions ?
Oui, nous exigeons aussi des statistiques nationales. Aujourd’hui, personne ne peut dire combien il y a de périscolaires en France. Le périscolaire flotte entre deux responsabilités : celle du ministère de l’Éducation nationale et celle du ministère de la Jeunesse et des Sports, elle appartient aux deux donc elle n’appartient à personne ! Et enfin, nous demandons la mise en place de dispositifs nationaux de signalements, un numéro que les familles puissent contacter au-delà du maire, qui pourrait simplement être un élargissement du modèle de la cellule Signal-Sports qui existe déjà dans les clubs sportifs.

Vous pointez du doigt un dysfonctionnement dans le recrutement des animateurs, quelles sont selon vous les causes de ce dysfonctionnement ?
Un premier point de bascule remonte à 2013, avec la réforme des rythmes scolaires, qui a engendré un besoin énorme de nouveaux animateurs, et ce besoin n’a pas été anticipé. Il n’y avait pas les candidats en face. Et puis cette fonction n’est pas considérée comme un métier. Le diplôme minimum demandé, c’est le Bafa, le Bafa, c’est huit jours de formation ! Ce sont des postes à temps partiel, les horaires sont morcelés, c’est mal rémunéré, tout cela augmente le risque de recrutements problématiques, sans vérification d’antécédents et sans encadrement suffisant. Nous plaidons pour que le métier d’animateur soit professionnalisé, revalorisé et contrôlé.

Dans le privé, il y a un lien de subordination entre le directeur et les animateurs.

Les révélations s’accumulent depuis plusieurs semaines, notamment à Paris. Est-ce que ce sont des cas isolés ou bien peut-il s’agir d’un réseau pédocriminel ?
On ne peut pas dire qu’il y ait un réseau, néanmoins, quand plusieurs animateurs de la même école sont impliqués, on peut se poser la question d’un système de cooptation, c’est-à-dire qu’un animateur, pédocriminel, fait entrer un de ses "copains", mais cela n’en fait pas forcément un réseau.

Y a-t-il une différence entre les écoles publiques et les écoles privées ?
Que ce soit dans les écoles publiques ou privées, au sein du périscolaire, ce sont les mêmes profils d’animateurs, avec les mêmes problématiques (absence de diplôme, précarité de l’emploi…). La seule différence, et elle n’est pas négligeable, c’est que dans le privé, il y a un lien de subordination entre le directeur et les animateurs. Donc si le directeur est vigilant, à l’écoute des familles, il peut recadrer une situation et éviter que ça dérape.