Privée de pétrole et de devises, l’île de Cuba va très mal. Alors que les États-Unis et la diaspora cubaine espèrent un changement de régime, le gouvernement actuel tente de négocier. Dans les coulisses, signale le géopolitologue Jean-Baptiste Noé, le Vatican s’active pour mener une diplomatie discrète mais efficace.
L’économie de Cuba reposait sur trois piliers : le pétrole importé du Venezuela, les touristes et leurs devises venus d’Occident, les médecins et les agents de sécurité, exportés dans le monde. Ces trois piliers se sont effondrés, entraînant l’île dans leur chute.
Plus de pétrole, plus de touristes
La capture de Nicolas Maduro est un rude coup pour Cuba. La nouvelle présidente du Venezuela s’est engagée, à la demande des États-Unis, à ne plus livrer de pétrole aux Cubains. Résultat : Cuba, ses entreprises et ses habitants manquent de carburant et d’énergie pour faire fonctionner l’économie. Or, sans pétrole, pas de touristes non plus. Les avions ne pouvant plus se ravitailler, ils doivent faire escale dans une autre île des Caraïbes, rallongeant ainsi les temps de transport et de travail, donc les coûts. Dans plusieurs hôtels de l’île, il n’y a plus d’électricité. Donc, plus de climatisation et plus de services hôteliers. Conséquence : les touristes se détournent de Cuba : leur nombre a baissé de 60% depuis 2018. D’autant que les Caraïbes ne manquent pas de lieux agréables et plus sûrs. Plus de pétrole, plus de touristes : deux piliers de l’économie cubaine en moins.
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La situation économique de Cuba est désastreuse : entre 2020 et 2024, le PIB s'est contracté de plus de 15 %. La monnaie nationale s'est effondrée.
Cuba exportait également des policiers et des agents de sécurité, notamment au Venezuela. Plusieurs sont d’ailleurs décédés dans l’attaque américaine du 3 janvier. Le salaire de ces agents allait directement dans les caisses de l’État, véritable source financière pour le régime. La fin de cette coopération est donc une perte économique de plus. Idem pour les médecins cubains, esclavagisés au profit du régime. Leurs conditions de travail désastreuses et la captation de leurs salaires ont fini par heurter l’opinion mondiale ; de moins en moins de pays recourent donc à leurs services. Là aussi, c’est une perte sèche pour le régime.
Une situation économique désastreuse
La situation économique de Cuba est désastreuse : entre 2020 et 2024, le PIB s'est contracté de plus de 15 %. La monnaie nationale s'est effondrée : officiellement fixé à 24 pesos pour un dollar, le taux de change réel dépasse 450 pesos sur le marché informel. L'inflation cumulée excède 200% et près de 90% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. Un revenu mensuel ne suffit plus à acheter une douzaine d'œufs. Les coupures d'électricité atteignent 20 heures par jour et touchent même la capitale. Les transports publics sont paralysés, les déchets s'accumulent dans les rues et 10% de la population dépend de camions-citernes pour son approvisionnement en eau.
Accumulés, ces déboires menacent l’île. Et donc le gouvernement. À Washington et à Miami, beaucoup espèrent un changement de régime, pour tourner la page des Castro. Et refaire de l’île un paradis pour touristes, comme dans les années 1950…
La stratégie américaine : pression maximale
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a marqué le retour d'une politique de fermeté envers La Havane. Cuba a été replacée sur la liste des États soutenant le terrorisme, ce qui limite drastiquement son accès au système financier international. Washington impose depuis janvier 2026 un blocus énergétique, invoquant la « menace exceptionnelle » que représenterait l'île pour la sécurité nationale américaine. Des sanctions visent tout pays ou entreprise qui livrent du pétrole à La Havane.
Le Pape a reçu en audience le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, le 28 février 2026, lors d'une tournée diplomatique que ce dernier a menée en Europe. Le Vatican s'est ainsi à nouveau placé au cœur du jeu diplomatique de La Havane.
Le secrétaire d'État Marco Rubio, d'origine cubaine, a déclaré que Cuba devait "changer radicalement". Trump lui-même a évoqué une "prise de contrôle pacifique" de l'île, affirmant que le gouvernement communiste vivait "ses derniers moments". Une déclaration qui résonne comme une ambition géopolitique assumée, dans le prolongement des pressions exercées sur le Venezuela, le Panama et le Groenland. L’administration Trump veut en finir avec le Cuba communiste, ce qui permettrait à Donald Trump de réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.
Le Vatican dans la danse
Dans ce bras de fer entre Cuba et les États-Unis, le Saint-Siège joue une partition discrète, mais efficace, et ce depuis la crise des missiles de 1962. Jean XXIII était personnellement intervenu auprès de Kennedy et de Khrouchtchev pour aider à trouver une sortie de crise. Plus tard, Jean-Paul II avait contribué à un moment de détente, en négociant directement avec Fidel Castro. Benoît XVI et sa diplomatie avaient œuvré pour aider à un accord diplomatique entre La Havane et Washington, ce qui permit, notamment, la rencontre historique entre François et Kirill en 2016. L’histoire se poursuit avec Léon XIV.
Le Pape a reçu en audience le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, le 28 février 2026, lors d'une tournée diplomatique que ce dernier a menée en Europe. Le Vatican s'est ainsi à nouveau placé au cœur du jeu diplomatique de La Havane.
Ce que la diplomatie classique ne peut plus faire
Le résultat concret de ces rencontres s'est traduit par l'annonce cubaine de la libération à venir de 51 prisonniers, présentée comme un geste de "bonne volonté" à l'égard du Vatican. Ces détenus auraient purgé "une partie significative de leur peine" et fait preuve de "bonne conduite". Le geste est interprété comme un signal destiné à ouvrir la voie à un éventuel assouplissement des sanctions américaines.
Cette libération, même modeste, est un succès indéniable pour la diplomatie vaticane et une contribution à un assouplissement du régime cubain, et peut-être à une transition politique. Mais il reste beaucoup à faire. Outre la pauvreté, la répression politique demeure très forte sur l’île, où des centaines de prisonniers politiques croupissent en prison. Mais le Vatican incarne ici ce que la diplomatie classique ne peut plus faire : un canal de communication entre deux États qui ne se parlent pas. Dans un monde de plus en plus fragmenté, cette médiation silencieuse est une contribution significative de l’Église à la construction de la paix dans le monde.












