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Jésus de Nazareth fut aussi un homme comme nous. Quand il employait des expressions de langage, dans son intelligence humaine, une certaine image de cette expression s’imprimait dans son esprit. Par exemple, quand il employait le mot "mère", certainement l’image de Marie lui venait-elle automatiquement à l’esprit. En allait-il pareillement quand il utilisait le mot de "père" ? Certes, Jésus, en tant que Dieu, jouissait de la vision intuitive et béatifique de son Père céleste. Mais en tant qu’homme, n’avait-il pas aussi une certaine « image » toute spirituelle de Lui ? Non pas une image formelle — le Dieu d’Israël n’étant pas représentable —, mais au moins une impression affective liée au mot de "père" ? Or si le mot "père" suscitait en lui, dans son humanité semblable à la nôtre, une certaine affection humaine, celle-ci ne pouvait provenir que de la puissance d’impression imprimée en Jésus par la présence auprès de lui de saint Joseph.
Pour Jésus, Joseph devait ressembler à son Père céleste !
Il n’est pas indifférent que Jésus ait appelé Joseph "père". En Jésus règne un triple amour : un amour divin qu’il a en commun avec le Père et l’Esprit Saint, une charité infusée dans son âme par l’Esprit, et enfin un amour humain affectif. C’est de ce triple amour que Jésus a aimé Joseph.
Cependant, en appelant son père adoptif du nom de « père », il ne pouvait pas dissocier ce nom de celui par lequel il s’adressait à son Père des cieux. Les deux réalités qu’il mettait derrière ce nom ne devaient pas être, pour lui, complètement dissemblables l’une de l’autre. Sinon, Jésus aurait alors employé deux mots différents pour s’adresser au Père céleste et à Joseph. Si tel n’a pas été le cas, c’est que Joseph devait refléter quelque chose du Père céleste de Jésus. De plus, "dans la très sainte âme du Christ règne l’accord le plus harmonieux qui soit", dit Pie XII dans l’encyclique Haurietis aquas sur le Sacré-Cœur (n. 28) : cette harmonie nous laisse penser qu’il existait une harmonie certaine, une ressemblance, entre l’amour que Jésus portait à Joseph et celui qu’il avait pour le Père. Et pour que ces deux amours se ressemblent, il était nécessaire que les deux personnes auxquelles ils se rapportaient se ressemblent elles aussi.
Si bien que Joseph avait quelques traits communs avec le Père. Car Jésus, en regardant son père adoptif avec ses yeux et son cœur de chair, mais aussi avec sa charité infuse et son amour divin, retrouvait quelque chose, en Joseph, de la vision divine qu’il avait de son Père céleste. Plus : regarder, aimer et se confier à Joseph, tout cela confortait chez Jésus, en son âme humaine, l’amour humain qu’il portait au Père céleste.
Joseph a authentifié la gloire de la paternité divine
Là réside la plus grande gloire de saint Joseph : avoir reflété en son être quelque chose de la paternité de Dieu. Certes, Jésus a bien deux pères. Mais comme en lui tout est unifié, entre les deux existe une ressemblance certaine. Sinon, en l’appelant « père », Jésus aurait tronqué le sens du mot en s’adressant ainsi à Joseph. Certes, celui-ci n’est pas le père biologique de Jésus, ni son père essentiel. Il n’empêche : personne, parmi les hommes, n’a reflété mieux que Joseph les traits de Dieu dans sa paternité divine envers Jésus comme envers les hommes.
On dit parfois qu’un père, c’est quatre-vingts kilos d’amour silencieux. Ainsi s’expliquerait le silence de Joseph. Les évangiles ne rapportent en effet aucune parole de lui. Cependant, le Père céleste, Lui, n’est pas silencieux : Il nous a créés, parlé, et sauvés par sa Parole qui est son Fils. Pareillement, si Joseph n’a rien dit, en revanche il a assuré l’existence terrestre de la Parole éternelle : Jésus. Surtout, Joseph a authentifié en sa personne, à son niveau, pour son fils adoptif, la gloire que recèle le nom de "père", particulièrement quand elle est appliquée à Dieu.
Un mystère de grandeur dans un écrin d’humilité
Car saint Joseph n’est pas étranger à la louange que fait Jésus de la générosité qui s’attache à la notion de paternité. Vivre avec saint Joseph et le regarder vivre, aura conforté en effet l’âme humaine de Jésus dans la très haute idée qu’il se faisait de la générosité de la paternité divine telle qu’il la connaît depuis toujours en tant que Fils éternel. Joseph aura reflété, à son niveau, la bonté paternelle divine qu’aura adorée le Verbe fait chair — cette bonté divine que nous sommes appelés à adorer à notre tour à la suite de Jésus. Cette vérité est d’autant plus indubitable que saint Paul affirme que "toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom du Père" (Ep 3, 15). Ce qui laisse entendre que nous pouvons, à notre niveau, participer quelque peu à la même gloire qui est celle de saint Joseph.
Singulière destinée que celle de cet humble patriarche, descendant de David mais dénué de tout pouvoir temporel, qui reflète en sa personne, presque à son insu, autant de grandeurs !










