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 Cinéma : “La Maison des femmes”, beaux visages et lourdes pancartes

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"La maison des femmes" de Melisa Godet.

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Henri Quantin - publié le 18/03/26
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L’écrivain Henri Quantin a vu "La Maison des femmes", un beau film en salles depuis le 4 mars sur la vérité humaine de femmes qui luttent pour leur guérison, malgré un militantisme un peu lourd qui réduit fortement la force de l’œuvre.

Les films consacrés à des centres de soins sont à la mode. Quelques principes simples et efficaces facilitent leur réussite : communautés de vie permettant une certaine unité de lieu, confrontation de personnalités variées (et, par conséquent, impression qu’il y a presque autant de premiers rôles que de personnages), perpétuelles tensions vers l’extérieur de la maison commune (optimisme ou déni, chacun tend à croire que la guérison est acquise ou que sa vie d’avant est malgré tout préférable), progression de l’intrigue dictée par les progrès et les rechutes des accompagnés, humour à peu près garanti par le franc-parler des blessés de la vie, mêlant maladresses involontaires et auto-dérision... 

Le groupe de parole

La scène-type qui unit tous ses ingrédients est le groupe de parole, sur une ligne de crête entre refus de participer, cris de rage, larmes incontrôlées et fou rire général. Après Je verrai toujours vos visages, sur la justice restaurative ou Des jours meilleurs, dans un centre de désintoxication à l’alcool, voici La Maison des femmes, en salles depuis le 4 mars. Le film est librement inspiré de celle de Saint-Denis, créée en 2016 pour accueillir des mutilées sexuelles, mais il met aussi en lumière d’autres victimes, qu’il s’agisse de viols ou de violences conjugales. Sans doute la réalisatrice a-t-elle craint de s’en tenir à l’excision, qui aurait pu mériter un film entier, mais qui renvoie trop nettement à une seule catégorie de la population. Il est sûrement plus difficile d’en rendre tout homme blanc hétérosexuel de plus de 50 ans complice que de le culpabiliser pour son silence sur son voisin qui bat sa femme.

Visages de femmes

Si le chœur à la manière grecque a depuis longtemps disparu du théâtre, il survit sous la forme de ce que Jean-Pierre Sarrazac, dans la Poétique du drame moderne, a appelé la choralité : ni un chœur harmonieux, ni des personnes uniquement juxtaposées, mais un groupe approximatif qui, dans le meilleur des cas, postule tout de même la possibilité d’une unité. Un chœur défait, en quelque sorte, mais qui aspire à se refaire. Dans ce cadre choral qui multiplie les personnages, le cinéma fait merveille par sa capacité à filmer des visages, à les éclairer, à les révéler, parfois même à les transfigurer. Dans La Maison des femmes, rien ne le dit mieux qu’une séance de photos, où toutes ces femmes cabossées découvrent leur part de beauté devant l’œil de l’objectif. Une exposition ouverte au public vient ensuite manifester cette puissance de révélation de tout art visuel : élever la nature déchue au-dessus d’elle-même, saisir le rayonnement de la chair guérie de l’intérieur. Ce que fait la photographe pour les personnages dans l’intrigue est ce que tente la réalisatrice pour toutes les actrices de son film, régulièrement lumineuses. Visages de femmes, tel pourrait être le titre de ces itinéraires de lutte pour la guérison, tant pour les victimes que pour les soignantes (qui forment une seconde choralité par l’amitié déterminée qui unit l’équipe).

Militantisme

Beau film de guérison, donc, du moins quand il y a guérison ? Le problème est que l’intention trop visible de la réalisatrice est d’imposer un autre terme : émancipation. Et chaque fois que cette volonté didactique affleure, la force du film se trouve fortement réduite. Car le militantisme exclut une partie des spectateurs, y compris ceux qui étaient tout prêts à s’émouvoir devant des situations réelles et à oublier provisoirement leurs objections théoriques à certaines des causes défendues (synthétisées par le tee-shirt "Merci Simone" qui recrée fugacement un chœur véritable). On passerait volontiers sur les traits un peu épais du féminisme culturel (hommage à l’ouverture d’esprit du travesti et inévitable pique contre Michel Sardou, peut-être soufflée par la présence de Juliette Armanet au générique), si les cinq dernières minutes du film ne venaient tristement tuer, par la militance, ce que tout le reste avait construit de vérité humaine. En achevant son récit par une gigantesque manifestation contre le patriarcat, la réalisatrice croit sans doute faire sortir ses femmes de leur maison pour étendre l’enjeu à la société tout entière. En réalité, elle passe surtout du chœur esquissé à la foule anonyme et des visages aux pancartes, ce qui est à peu près toujours la plus sûre façon de gâcher une œuvre qui a tout pour être belle.     

Travail de réparation

La critique des Cahiers du cinéma le suggère à demi-mot : "La Maison des femmes parvient à transcender sa dimension potentielle de spot associatif militant, en revenant à l’aspect le plus concret et le plus sensible du travail de réparation qui unit cette petite équipée face à la tempête toujours recommencée." C’est vrai presque jusqu’au bout, mais la tentation du "spot associatif militant" semble finalement avoir été trop forte. C’est pourquoi on sort de La Maison des femmes avec un agacement aussi artistique qu’humain. On espère, bien sûr, garder en mémoire quelques-uns de ces beaux visages illuminés. Hélas, le nouveau titre qui s’impose est plutôt "Je verrai toujours vos pancartes". Titre nettement moins lumineux, tant pour la chair que pour la grâce.

Pratique

La Maison des femmes, film de Mélisa Godet, mars 2026, 1h50, en salles.
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