"Quelque chose d’étonnant est en train de se passer en France, avec tous ces jeunes qui demandent le baptême… C’est peut-être le signe d’un nouveau printemps de l’Église !" Ces mots confiés par un cardinal qui fut un proche collaborateur des papes Jean-Paul II, Benoît XVI et François, traduisent l’étonnement qui règne à Rome devant ce phénomène de rebond qui anime non seulement la France, mais aussi d’autres nations occidentales. Le 29 juillet dernier, en marge du Jubilé des jeunes, le pape Léon XIV avait reçu près de 600 jeunes catéchumènes et néophytes, venus majoritairement de France mais aussi de Suisse ou encore d’Autriche. Se réjouissant de voir "des jeunes qui s’engagent dans la foi et veulent donner un sens à leur vie, en se laissant guider par le Christ et son Évangile", le Pape les avait avertis que le baptême "engage à renoncer à une culture de la mort très présente dans notre société".
"Le Pape nous a dit de tenir bon dans la foi, même quand c’est difficile. Cela nous a émus et nous a fortifiés", confiait ce jour-là Thipica, une jeune fille d’ascendance sri-lankaise venue de région parisienne, et qui sera baptisée à Pâques 2026. Elle racontait que cinq personnes, venues de France mais aussi d’autres pays, avaient pu témoigner de leur foi devant le Pape, de la façon dont elles ont pu "rencontrer Dieu, et vivre leur chemin de foi", suscitant une écoute profonde de la part du Pape et des cardinaux présents. Au-delà du catéchuménat en tant que tel, la participation sacramentelle des jeunes est en forte progression, notamment en cette période de Carême. Lors de son homélie pour la messe du mercredi des Cendres, le 18 février dernier, le pape Léon XIV s’est réjoui du fait que "de nombreux jeunes, même dans des contextes sécularisés, ressentent plus que par le passé l’appel de ce jour". Il a appelé à s’inspirer d’eux, qui ont plus conscience que leurs aînés qu’un "mode de vie plus juste est possible et qu’il existe des responsabilités quant à ce qui ne va pas dans l’Église et dans le monde".
La curiosité italienne
Face à ce phénomène encore difficile à déchiffrer, de nombreuses voix à Rome se montrent désireuses de comprendre. "Je crois que c’est le signe d’une nouvelle époque", remarque ainsi le père Roberto Regoli, professeur d’histoire contemporaine à l’université pontificale Grégorienne et nouveau président de la Fondation Ratzinger-Benoît XVI. "Une recherche renouvelée de Dieu s’exprime notamment parmi les jeunes, et cette recherche rencontre parfois l’Église catholique", se réjouit-il. "Ce phénomène touche particulièrement les sociétés occidentales fortement marquées par la sécularisation, comme la France et la Scandinavie", remarque le prêtre italien, venu d’un pays où le catéchuménat demeure une réalité rare et presque perçue comme insolite. Le baptême des nouveaux-nés y demeure en effet la pratique courante.
Le boom du catéchuménat en France est en tout cas observé avec surprise et intérêt en Italie, et vient nuancer la perception d’un pays obsédé par la laïcité et détaché de toute transcendance.
Le père Regoli remarque que pour certains jeunes, "la recherche spirituelle peut avoir un côté un peu ‘supermarché’ dans une première approche, mais l’Église peut offrir des réponses structurées". Le boom du catéchuménat en France est en tout cas observé avec surprise et intérêt en Italie, et vient nuancer la perception d’un pays obsédé par la laïcité et détaché de toute transcendance. L’historien rappelle que quelques années après la Révolution française, en traversant la France pour se rendre au couronnement de Napoléon, le pape Pie VII fut surpris par la dévotion populaire observée sur ce chemin, décrivant "un pays à genoux". L’histoire est ainsi faite de cycles, qui laissent parfois la place à un réveil inattendu des traditions et des identités religieuses.
Un frémissement mondial ?
La France n’est pas le seul pays à voir un regain de nombre de catéchumènes, et, plus largement, de la participation des jeunes à la vie sacramentelle et paroissiale. Actuellement professeur invité à l’université Notre-Dame, dans l’Indiana, le père Regoli relève que près de 40 jeunes s’y préparent au baptême, et que presque autant, venus d’autres confessions, sont en train de devenir catholiques. L’université est située dans le diocèse de Fort Wayne - South Bend, dans lequel 700 catéchumènes seront baptisés à Pâques. Ce chiffre représente une progression spectaculaire par rapport aux années précédentes, à l’échelle d’un territoire comptant environ 160.000 catholiques.
D’une façon étonnante, le plus grand pays musulman du monde, l’Indonésie, est aussi l’un des plus dynamiques quant aux vocations religieuses au sein de l’Église catholique.
Même la très sécularisée et libérale New York voit ses églises se remplir, au point que le prestigieux New York Times a décidé de lancer une rubrique dédiée à l’actualité du fait religieux. Une jeunesse en quête de repères et d’idéaux s’y exprime sans complexe, dans un contexte de pluralisme religieux et idéologique. Le nombre de baptêmes de jeunes et d’adultes progresse également au Royaume-Uni et même en Belgique et aux Pays-Bas et en Allemagne, pays pourtant marqués par une sécularisation radicale depuis plusieurs décennies.
Dans la lointaine Australie, Mgr Anthony Fisher, archevêque de Sydney, a lui aussi remarqué un rebond de la participation des jeunes à la vie sacramentelle, témoignant par ailleurs d’une nette progression des entrées au séminaire. Celui qui pourrait faire partie des prochains cardinaux créés par Léon XIV espère recevoir le Pape à l’occasion du Congrès eucharistique international de 2028, et faire ainsi de l’Australie un modèle de dynamisme, à l’image des vastes espaces du Pacifique qui constituent aujourd’hui l’un des principaux pôles de croissance du christianisme. D’une façon étonnante, le plus grand pays musulman du monde, l’Indonésie, est aussi l’un des plus dynamiques quant aux vocations religieuses au sein de l’Église catholique. Une preuve qu’en de nombreuses terres du monde, proches ou lointaines, les jeunes ressentent encore la soif de Dieu.









