Il est toujours hasardeux de tirer des conclusions d’une élection avant que le second tour ait eu lieu. Les électeurs, même dans les élections locales, aiment à déjouer les pronostics et la fatalité. Pour autant, quelques remarques peuvent être faites dès à présent.
Une bonne participation
La première est que les Français, censés désespérer de la politique, ne désespèrent pas encore de leur maire. Le taux de participation aux élections municipales reste élevé. Il est en 2026 supérieur de dix points à celui de 2020 marqué par la crise sanitaire. Il est certes inférieur, mais pas tant que cela, à celui de 2014, de 2008 ou de 2001 : il reste de l’ordre de 60%. Ce taux est élevé quand on sait que dans les deux tiers des communes (23.700 exactement), il n’y avait qu’une seule liste et donc aucun imprévu. La décision d’appliquer le principe de la liste bloquée aux plus petites communes n’a pas non plus découragé les citoyens de participer à la liturgie électorale. On observe seulement, et c’est parfaitement logique, une hausse du nombre des bulletins nuls dans les communes rurales. Les électeurs des petites communes ont manifesté de la mauvaise humeur à découvrir qu’on les privait du droit de panacher leur vote. À coups d’épingle, la démocratie élective continue sa régression. Les Français le sentent et le déplorent. Paris l’ignore.
Un vote de ressentiment
La deuxième remarque est que, en particulier dans les grandes villes et chez les jeunes, le "vote sincère" tend à l’emporter sur le "vote utile". Une génération morale et désemparée ne vote plus pour désigner un responsable local dont elle ignore la mission et dont elle n’attend rien, mais pour exprimer un ressenti. Ce ressenti donne une image des bons sentiments du moment. Ces temps-ci, c’est la colère contre le système qu’il convient d’exprimer. Cette mode morale qui, comme toutes les modes, est appelée à se démoder, imprègne les résultats dans les métropoles. Cela donne des scores élevés pour LFI notamment, qui se place presque partout devant la gauche classique. Au premier tour, les électeurs ont voté d’instinct. Au second, voteront-ils de de raison ? Il est trop tôt pour le dire.
L’oubli des principes
On peut cependant le penser, et c’est une troisième chose à noter. La raison électorale, on l’a compris en écoutant les déclarations politiques de dimanche soir, consiste à faire oublier les principes qu’elle énonce. À l’approche du pouvoir, ne restent que les calculs. Tartuffe prend le pouvoir. On a entendu des responsables de la vieille gauche clamer à la télévision qu’il n’y aurait pas d’accord national avec "les extrêmes" pour aussitôt suggérer que cela n’empêchera nullement les accords locaux. De qui se moque-t-on ? La France insoumise a fait un score élevé : elle devance partout la gauche classique. Les vieilles alliances vont donc se reconstituer, comme d’habitude. Dès dimanche soir, les bien-pensants commençaient à vendre leurs principes pour un plat de lentilles.
Des maires populaires
Quatrième leçon de ce premier tour : beaucoup de sortants sont reconduits. Le maire reste un homme ou une femme politique populaire, même s’il est désormais constamment insulté dans l’exercice de ses fonctions. L’émiettement des collectivités locales possède un effet brise-lame précieux en temps de désarroi. Les élans d’émotion se fracassent sur la diversité des réalités locales. Des maires considérés depuis Paris comme de dangereux extrémistes, à Perpignan, Béziers où Fréjus, sont massivement réélus dès le premier tour. Les bons gestionnaires tiennent à distance les rêveurs : on le voit dans de grandes villes comme Toulouse. Le réalisme des électeurs finit par l’emporter. Les idéologues confirment qu’au fond, ils n’aiment pas le suffrage universel. Les Français qui sont un peuple intelligent leur répondent en votant.
Un second tour utile ?
Enfin, on a noté dimanche soir que la droite modérée tenait plutôt bien ses positions. Bruno Retailleau a relevé ce succès avec la prudence qui s’imposait. Il a aussi clairement énoncé un principe d’action : barrer la route à tout prix au parti des antisémites, des racistes et des violents, ainsi qu’à leurs complices. Manière pour lui de préparer un second tour utile sans renoncer à cette idée que la politique est d’abord une éthique et le vote l’expression d’une sincérité.








