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Liban, triste Liban, déchiré par des belligérants qui mettent à feu et à sang un territoire qui n’est pas le leur. Liban occupé, envahi par des nations étrangères qui viennent régler leurs comptes sur ce beau territoire levantin. Liban des guerres. Toute ma vie, j’ai écouté, observé les échos du Liban : guerre de 1975 à 1990, déchirements d’un conflit civil, reprise des conflits dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, invasions ou occupations des Syriens, d’Israël, massacres de Sabra et Chatila, attentat du Drakkar, explosion du port de Beyrouth… tout se mélange dans ma mémoire, ce n’est que tristesse, désolation.
L’ombre des cèdres bibliques
Aujourd’hui encore, le Liban est sous le feu de puissances étrangères, l’Iran réglant ses comptes avec Israël et Tsahal ripostant. Exil, déplacements, peurs et destructions. Le Liban, les Libanais subissent à nouveau la haine des étrangers, les bombes aléatoires qui tombent au hasard des populations. Que devient le Liban des Phéniciens ? que devient cette terre qui reçut les pas du Christ et revendique la localisation de Cana ? comment le message du pape de la paix, Léon XIV, retentit encore dans le cœur des Libanais et de leurs voisins ?
Que devient cette terre où coulaient le lait et le miel, cette plaine où les vignes prennent leur pourpre au sang des cœurs, les monts du Grand Liban et l’ombre des cèdres bibliques, que devient la voix de saint Charbel, des chrétiens et des multiples religions ?
Pourquoi ?
Le Liban est à nouveau attaqué, blessé, crucifié. Si les Libanais sont replongés dans l’incertitude, l’angoisse des lendemains de danger, il faut se demander pourquoi. Pourquoi ce sacrifice d’un peuple qui n’a toujours aspiré qu’à la paix et dont les politiques internes et les puissances étrangères n’ont propagé que la guerre ? Pourquoi cet acharnement, est-ce qu’un jour on leur fichera la paix, on les laissera vivre, commercer, pécher, cultiver leur vigne, lancer des projets de la tech et accueillir les touristes du monde assoiffés de connaître l’un des cœurs de la civilisation universelle ?
Le Liban vit un carême de plusieurs décennies. Le nôtre peut être un carême d’amitié, de prière, de compassion avec et pour ce peuple aimé qui croit en un avenir meilleur avec fermeté, avec une constante espérance.
Pourquoi l’Iran des mollahs et leurs alliés du Hezbollah continuent à prendre le Liban pour une sorte de porte-avions dirigé contre Israël, arme aveugle qui tire aussi bien sur la proche Galilée que sur les terres du sud-Liban ? Pourquoi Israël riposte avec tant de violence et d’aveuglement, visant le dirigeant du Hezbollah lâchement planqué dans une installation civile, avec de terribles conséquences, des morts, des innocents morts pour une cause qui n’est pas la leur, pour une guerre que n’est pas la leur ?
Une constante espérance
Mon esprit s’embrouille, ma mémoire et le présent se confondent, guerre d’hier, feu d’aujourd’hui, souffrance d’un peuple. Mauvaise conscience aussi. J’écris dans le calme d’une résidence française, au cœur d’un pays qui se déchire aussi, mais avec les armes de la pensée et s’acharne à perdre sa culture, autrement, sournoisement. J’observe ce Liban aimé, si proche par la culture, l’histoire et la conjugaison des civilisations, si loin par la réalité d’une guerre incessante.
Tout cela pourquoi ? Nous le savons : pour le pouvoir, pour l’accès aux énergies nécessaires au développement de l’ultra-capitalisme de la Chine, des États-Unis, de l’Europe et du monde. Je contemple autour de moi les objets consommés, les modes de vie, nos habitudes françaises, notre consommation. Ne sommes-nous pas, malgré nous, un peu complices ? Le Liban vit un carême de plusieurs décennies. Le nôtre peut être un carême d’amitié, de prière, de compassion avec et pour ce peuple aimé qui croit en un avenir meilleur avec fermeté, avec une constante espérance. C’est ainsi qu’il survit, qu’il vit, qu’il donne espoir au monde qui ne sait pas le regarder, qui ne sait pas écouter.










