Aller au contenu principal

Birmanie: le nouveau Parlement se réunit à l’ombre de la junte

5 min de lecture
parlement-Birmanie-.jpg

Crédit : Sai Aung MAIN / AFP

Des membres du Parlement birman assistent à une session de la troisième législature du Pyithu Hluttaw (Chambre des représentants) à Naypyidaw, le 16 mars 2026. Le Parlement birman s'est réuni ce jour-là pour la première fois depuis le coup d'État militaire de 2021.

Le Parlement de Birmanie s'est réuni ce lundi 16 mars pour la première fois depuis le coup d'État de 2021 alors que le parti pro-armée a remporté les élections législatives organisées en décembre et janvier. Le pays est toujours en proie à la guerre civile depuis le renversement de régime par la junte.

Partager sur :

Le Parlement birman s'est réuni lundi 16 mars pour la première fois depuis le coup d'État de 2021, avec une large majorité de députés favorables aux militaires, récemment élus lors d'un scrutin orchestré par la junte. Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (PUSD), pro-armée, a sans surprise largement remporté les élections législatives organisées en plusieurs phases en décembre et janvier.

La plupart des autres sièges des deux chambres du Parlement seront occupés par des membres des forces armées, qui en obtiennent automatiquement un quart en vertu d'une Constitution rédigée par des militaires. Les députés de la chambre basse ont ouvert le bal en choisissant lundi matin le député Nanda Kyaw Swar du PUSD comme président de séance. Ils ont ensuite élu Khin Yi, lui aussi du PUSD, au poste de président de la chambre basse.

Les précédentes législatives, en 2020, avaient vu une victoire écrasante du parti d'Aung San Suu Kyi, mais la junte a annulé les résultats, arrêté la lauréate du prix Nobel de la paix et dissous son parti, déclenchant une guerre civile. Les élections organisées en décembre et janvier, après cinq années de régime militaire, ont été marquées par une répression des voix dissidentes. Les listes étaient majoritairement composées de partis favorables à l'armée et les élections condamnées par de nombreux pays et observateurs internationaux.

Tandis que les députés projunte prenaient place dans l'enceinte du Parlement, des parlementaires en exil, issus du scrutin de 2020, ont tenu une session parallèle, affirmant que leur "gouvernement d'unité nationale" (NUG) autoproclamé demeurait le pouvoir légitime du pays. "Nous assistons à une tentative de tromper le peuple par une représentation frauduleuse issue de ces fausses élections", a lancé le président par intérim du NUG, Duwa Lashi La, lors de leur réunion en ligne.

Les responsables "du coup d'État cherche(nt) à obtenir une légitimité internationale par tous les moyens", a-t-il estimé, soulignant que la réunion du Parlement à Naypyidaw ne devait pas être considérée comme une "évolution politique normale". Des analystes estiment également que la nouvelle cohorte de députés n'est qu'une façade destinée à donner une apparence de légitimité au pouvoir militaire.

"Junte sous des habits civils"

Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, pourrait troquer son uniforme militaire contre le costume présidentiel lorsque le nouveau gouvernement prendra ses fonctions le mois prochain. Le président sera choisi par un vote des deux chambres du Parlement, dominées par des députés promilitaires ou issus de leurs rangs. "Il est impossible de deviner qui ce sera", a déclaré Khin Yi à l'AFP à l'issue de la séance.

Certains experts estiment cependant que Min Aung Hlaing pourrait rester à la tête de l'armée tout en contrôlant le gouvernement en coulisse. "Qui sait quel rôle il jouera? Mais il est évident qu'il sera aux commandes et que l'armée sera clairement aux commandes", a déclaré à l'AFP Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Birmanie.

"Ce sera une junte militaire avec des habits civils", a-t-il ajouté. L'armée a dirigé la Birmanie pendant la majeure partie de son histoire depuis son indépendance en 1948, en dehors d'un interlude démocratique d'une décennie (2011-2021), qui avait suscité une vague de réformes et d'optimisme pour l'avenir du pays d'Asie du Sud-Est. Les analystes estiment que le coup d'État de 2021 a été déclenché par l'inquiétude des militaires face à l'influence grandissante du mouvement populaire d'Aung San Suu Kyi. Le putsch a provoqué une guerre civile, des militants pro‑démocratie ayant pris les armes aux côtés de mouvements armés issus de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.

Cinq ans du coup d'Etat

Cinq ans après le coup d’État militaire du 1er février 2021 en Birmanie, le pays reste plongé dans une grave crise politique, humanitaire et sécuritaire. Plus de 3,5 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, soit 1,5 million de plus qu’en 2024, selon les Nations Unies. En Birmanie, les chrétiens représentent 6% de la population, dont 3% de catholiques. Ils sont localisés principalement au nord du pays où a lieu l’essentiel des combats entre la junte et les groupes armés. Les villages chrétiens et les églises sont régulièrement le théâtre d'affrontements d'une grande violence. Plusieurs églises ont été bombardées et incendiées, et un prêtre, le père Donald Martin, a été assassiné en février 2025 alors qu'il avait refusé de quitter son village, continuant d'y exercer son ministère.