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Renoncer à ses projections sur ses enfants : mission (im)possible ?

Dad and son
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Marie Lucas - publié le 15/03/26
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Accompagner son enfant au moment de l'orientation est passionnant mais souvent difficile et angoissant. Entre une saine ambition et des projections qui l'empêchent d'avancer vers son propre choix, comment trouver la juste attitude ? Des parents et une conseillère d'orientation ouvrent des pistes de réflexion et donnent leurs conseils.

"Qu'elles soient sociales, spirituelles, affectives, scolaires, universitaires, tous les parents font des projections pour leurs enfants, c'est une manière de les aimer", assure Valérie, mère de trois grands enfants. Avoir un idéal pour son enfant, n'est-ce pas normal ? Les difficultés surgissent quand l'ambition se transforme en projections limitantes et enfermantes pour l'enfant, comme : "Mon fils, ma fille, tu seras médecin, comme ton père". D'ailleurs, sourit Christine Vaillant, conseillère d'orientation du Réseau Vocare, "ces filières ardemment souhaitées par les parents sont quasi toujours des filières dites d’excellence. Je n’ai jamais vu de parents qui se projetaient au travers d’un BTS !".

France, jeune grand-mère, explique avec lucidité : "Même sans projections parentales explicites, nous espérons que nos enfants resteront dans un certain cadre social et spirituel, dans lequel il y a tout de même de la place pour beaucoup de projets." Et pourtant, l'une de ses filles, Aurore, est sortie de ce cadre. Après une grande école de commerce et un doctorat en économie solidaire, en quête de sens, elle est partie dans différents pays en développement. Aujourd'hui, elle a choisi de faire sa vie en Amérique du Sud, avec un compagnon africain. De son côté, le fils de Valérie a arrêté ses études pour partir sillonner le monde. Contestataire, authentique, rebelle, il a déserté l'Église. Enfin, jeune fille très brillante, la fille d'Arthur a préféré s'inscrire dans une faculté de province, renonçant à la traditionnelle Prépa et aux grandes écoles parisiennes. Déception, acceptation, discussion, voilà ce que ces parents ont tous traversé. Honnêtes, ils avouent avoir d'abord réagi à ces chemins de traverse avec une surprise teintée d'inquiétude. "Notre fille est partie vraiment très loin de notre cadre culturel et spirituel, et ça bouscule forcément." "Il faut encaisser le choix d'un enfant qui semble aller dans le mur... enfin au premier abord", lancent tour à tour France et Arthur. Un choc qui souvent se transforme en déception : il faut faire le deuil du parcours classique et rassurant. 

Le temps de l’acceptation

Vient ensuite le temps de l'acceptation. Dans cette phase, les parents essaient de mettre du sens sur ce chemin qu'ils n'auraient jamais imaginé pour leur jeune. Valérie se souvient : "Très vite, j'ai vu le choix de notre fils comme une incroyable ouverture à d'autres réalités : amis différents, voyages formateurs... Je peux aussi témoigner que notre fils nous fait tous grandir, notamment sur le non-jugement et le respect de l'autre." La mère d'Aurore confirme : "Ma fille me fait faire un chemin d'ouverture incroyable et me rend bien plus humble dans ce que je crois et dans ma compréhension du monde." Elle est également en train de vivre un chemin d'ouverture vis-à-vis du compagnon de sa fille, "grâce à l'Esprit Saint !", confie-t-elle. Quant à Arthur, il a découvert des qualités de sa fille insoupçonnées : persévérance, capacité à sortir du cadre, goût de l'aventure, authenticité. "Je suis admirative de son goût de la justice, et de son horreur de l'élitisme caricatural." Il sourit et ajoute : "J'ai finalement choisi de lui faire confiance, et je m'aperçois que ce choix n'était pas aussi grave que je l'imaginais !"

Une écoute inconditionnelle

Enfin, la troisième étape traversée par les parents est la discussion avec leur jeune. L'écoute est primordiale, une écoute inconditionnelle, sans jugement, mais avec discernement. "Une amie coach m'a donné un jour cette clef : dans la discussion avec ta fille, tu enlèves ce réflexe de vouloir la diriger et d'avoir une projection sur elle. Tu écoutes sans donner l'impression que tu veux l'emmener quelque part", explique encore France. Garder la porte du dialogue ouverte, être présent quoiqu'il arrive, "et chercher ensemble une autre voie d'excellence", sourit Arthur. 

Christine Vaillant donne de son côté quelques conseils. "En amont, je recommande aux parents de raconter leur propre parcours étudiant et professionnel. Trop peu le font, et c'est dommage." Elle ajoute : "J'aime aussi rappeler aux pères stressés un peu 'old school' que le monde a changé et que les parcours professionnels monoblocs sont rares aujourd'hui !" Un conseil salutaire. Faire un travail sur toi peut aussi aider à débusquer certaines projections inconscientes, et à grandir dans l'estime de soi. Enfin, garder à l'esprit la fameuse citation attribuée à Einstein peut élargir le champ des possibles et inviter à sortir des sentiers battus : "Tout le monde est un génie, mais si tu juges un poisson à sa capacité de grimper aux arbres, il passera toute sa vie à penser qu’il est stupide". 

Ne tentez pas de les faire comme vous. Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier...

Valérie, dont le fils "aux cheveux un peu trop longs et au look un peu trop cool", a finalement terminé ses études et rejoint son père pour travailler avec lui dans son entreprise, conclut : "Je crois que notre rôle de parents consiste à guider nos jeunes, sans les mettre dans des cases, et surtout sans jamais leur couper les ailes." Un art difficile et une ligne de crête que Khalil Gibran, auteur de Le Prophète, évoquait déjà au début du XXe siècle : "Vos enfants ne sont pas vos enfants... Ils viennent à travers vous mais non de vous. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées... Ne tentez pas de les faire comme vous. Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier..."

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