En visite au Vatican jusqu’au 14 mars, les évêques nigérians ont alerté le pape Léon XIV sur la grave crise sécuritaire qui frappe leur pays. Enlèvements, attaques de villages et groupes armés plongent de larges régions du Nigeria dans une insécurité qui n’épargne ni chrétiens ni musulmans.
Ce sont les représentants d’une communauté en souffrance qui sont venus aviser de leur situation le Saint-Siège. Environ 70 évêques nigérians ont effectué leur visite ad limina durant les deux dernières semaines. Habituellement organisées tous les cinq ans - la dernière remonte néanmoins à 2018 pour les évêques nigérians - ces visites sont l’occasion pour le Saint-Siège de se tenir au courant de la situation des communautés locales.
Points d’orgue de cette session : des rencontres avec Léon XIV, le 6 et le 14 mars. La question de la sécurité des chrétiens, élément toujours abordé au cours des rencontres avec les différents dicastères romains et le pape, était cette fois-ci centrale. La situation sécuritaire du Nigeria est en effet extrêmement dégradée.
Depuis de longues années, la litanie des enlèvements, destructions de villages et assassinats touchant la communauté chrétienne du pays semble s’allonger sans fin. "C’est une situation très triste, difficile à comprendre et même à analyser", explique l’évêque nigérian Mgr Fortunatus Nwachukwu, secrétaire du dicastère pour l’Évangélisation. "Nous avons ce que j’appelle un ‘écran de fumée’ : une grande obscurité d’insécurité généralisée dans le pays." Le cardinal John Onaiyekan, archevêque émérite d’Abuja, qui a rencontré le pape le 14 mars, partage son inquiétude à Aleteia : "Personne n’est en sécurité au Nigeria aujourd’hui, qu’on soit chrétien ou musulman."
Le pays est, en effet, victime d’une grande instabilité : le nord est menacé par de nombreux groupes armés, certains se revendiquant clairement comme djihadistes, d’autres étant seulement des hors-la-loi réalisant des prises d’otages pour obtenir des rançons et ayant tout intérêt à entretenir ce climat d’insécurité. "Ces bandits agissent de manière indiscriminée contre les chrétiens ou les musulmans", confirme Mgr Nwachukwu.
Nous sommes venus porter la voix de tous les Nigérians qui souffrent et veulent vivre dans la paix, qu’ils soient chrétiens ou musulmans.
Une situation dramatique que les évêques n’ont pas manqué de rappeler au Pape, qui est lui-même bien au fait de la question. "Nous sommes venus porter la voix de tous les Nigérians qui souffrent et veulent vivre dans la paix, qu’ils soient chrétiens ou musulmans", explique le cardinal Onaiyekan, quelques heures après l’audience papale. Selon lui, Léon XIV, qui était venu à plusieurs reprises au Nigeria lorsqu’il était prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin entre 2001 et 2013, a une excellente connaissance de la situation. "Tout ce que nous lui avons dit, il le savait déjà", se réjouit-il.
Dès lors, qu’ont-ils demandé au pontife américano-péruvien ? "Nous l’avons surtout remercié, nous attendons de lui qu’il continue ce qu’il fait déjà : parler de nous, nous défendre et être ainsi un porte-parole du Nigeria." Il est en effet arrivé régulièrement que le pape alerte sur la situation au Nigeria lors de la prière de l’Angelus. Le cardinal Onaiyekan espère que ces prises de parole du Pape pousseront le gouvernement nigérian à enfin agir efficacement pour la sécurité de son peuple.
Des violences répétées
Face à l’impuissance des pouvoirs locaux à enrayer ces violences répétées, ce sont les États-Unis qui ont finalement agi. Dans un rapport annuel sur la liberté religieuse, une commission américaine avait qualifié la situation de "particulièrement préoccupante" après plusieurs prises de paroles de Donald Trump sur le sujet. En décembre 2025, les États-Unis ont même décidé de frapper de façon ciblée certains groupes armés du nord du pays pour enrayer leur action. Depuis, une « petite équipe » de militaires américains agirait dans le pays pour tenter de protéger les communautés chrétiennes.
Durant leur séjour à Rome, les évêques nigérians ont eu l’occasion de se recueillir sur les tombes des apôtres Pierre et Paul. Une expérience marquante. "Tous deux sont morts en martyr pour avoir annoncé l’Évangile et défendu leur liberté de suivre le Christ : cela m’a rappelé qu’en tant que chrétiens, notre vocation a toujours été de défendre notre liberté religieuse", conclut le cardinal Onaiyekan, visiblement déterminé à continuer de lutter pour ses ouailles.












