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Un carême dans la joie : la joie d’être sauvé (4/6)

4 min de lecture
Pierre-Auguste-Renoir-La-Cueillette-des-fleurs

Crédit : Public domain

"La Cueillette des fleurs" de Pierre-Auguste Renoir.

Chaque semaine du carême, Aleteia publie des méditations de Martin Steffens issues du Compagnon de Carême 2026 de Magnificat. Martin Steffens est philosophe et auteur du livre "Ce qui nous fait humains. Une métaphysique des marges", qui invite chacun à vivre ce temps dans la joie. Quatrième occasion de se réjouir : le Salut nous est donné.

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Rends-moi la joie d’être sauvé ! (Ps 50). La formule a de quoi étonner. Car elle ne dit pas: "Sauve-moi !" Le salut, elle le tient pour donné. Ce qu’elle demande, c’est le goût de ce salut qui nous fut acquis – la saveur du Sauveur, si l’on veut… Ce que l’on désire ici, c’est une conscience plus vive d’un acquis sur lequel il semblerait qu’on puisse s’endormir. Rends-moi la joie d’être sauvé ! C’est comme un cri de sursaut: combien peu mesurons-nous la folie d’un tel don! Nous ne nous laissons pas assez saisir par cette bonne nouvelle : si humbles que nous soyons, nous n’avons pas été faits pour être finalement défaits, pour apparaître et seulement disparaître, enfouissant dans le silence de la mort les regrets d’une existence si vite passée. Au contraire : Dieu fait de nos vies balbutiées, esquissées, une histoire pour laquelle il prend parti. 

Comme ces moineaux qu’on vend pour deux sous et dont Jésus nous dit que pas un seul ne tombe à terre sans que [n]otre Père le veuille (Mt 10, 29), Dieu n’entend pas abandonner notre vie au pouvoir de la mort. Aussi tout ce qui fut vécu dans la charité est-il dès aujourd’hui inscrit en lettres d’or dans le Ciel. Nous le sentons d’ailleurs, qu’en nos moments de communion avec notre prochain, nous touchons à l’éternel. De cette bonne nouvelle, évidemment, tout chrétien est au courant… Au courant ? Mais ce courant ne passe pas toujours. Rarement il alimente ou charrie le tout de notre vie. Rends-moi la joie d’être sauvé…: supplier ainsi, c’est constater que nous nous contentons parfois de confesser notre foi machinalement, comme lors de la récitation du Credo. Or, ne pas éprouver la joie du salut est problématique : c’est croire que l’on sait déjà, qu’on domine le sujet. Ce faisant, on ignore qu’on ignore le salut et ce qu’il implique. 

Peut-on être sauvé sans en avoir la joie ?

La Bonne Nouvelle n’est plus ni bonne, ni nouvelle. Ce n’est plus que la vieille rengaine des chrétiens. La question alors se pose : peut-on être sauvé sans en avoir la joie ? En un sens oui, puisque l’amour de Dieu précède sa créature de très loin, qu’il l’enveloppe et l’accompagne, que celle-ci en soit consciente (comme au plus fort de notre prière) ou non (comme lorsque l’on dort ou que la tâche à accomplir absorbe notre faculté d’attention). Mais le parti pris en faveur de la joie, déclaré et délibéré, vient vérifier que cet amour, certes continuellement donné, est aujourd’hui reçu. 

En cela, la joie permet de poser un diagnostic : sa présence authentifie, au sein de notre vie, au cœur de nos épreuves, que nous vivons bel et bien du don de Dieu. La joie est le thermomètre de la vie intérieure : si la moindre contrariété vient à bout de notre allant, c’est qu’un repos plus prononcé sur le cœur de Jésus s’impose. Un couple se contenterait-il de vivre l’un à côté de l’autre dans un quotidien qu’a déserté toute complicité ? Ce serait trahir la promesse de son mariage. De même, dans la foi chrétienne, l’absence de joie ne doit jamais devenir la normalité. Si elle devait l’être, cette joie du salut, il faudrait la demander à Dieu, avec insistance. 

Pratique

Méditation extraite du Compagnon du Carême 2026, Magnificat, 4,9 euros.