Qu’y a-t-il de plus naturellement conforme à l’Évangile, comme mandat politique, que celui de maire ? Se tenir, au milieu de la communauté dans laquelle on vit, à l’écoute, au service du bien commun. Le maire n’est-il pas le "ministre" par excellence, c’est-à-dire "celui qui sert" ? J’écoute Sylvie qui s’engage sur une liste dans sa commune. Enseignante jeune retraitée, tellement attentive à ce que chacun puisse exprimer ce qu’il porte, si désireuse de réfléchir avec tous pour avancer vers des solutions qui fassent progresser.
Une subsidiarité souvent faussée
Je rencontre Matthieu, dans l’enthousiasme de ses 35 ans, qui évoque tout ce qu’il faudrait améliorer dans la ville où il se présente pour aménager une place publique plus ouverte, pour promouvoir la petite cité auprès des jeunes familles afin qu’elle ne dépérisse pas et que les vieux se réjouissent de voir revenir les jeunes. J’entends aussi toutes les contraintes, parfois délirantes, dans lesquels ils seront pris s’ils sont élus. Les réglementations administratives qui ne cessent de se reproduire, presque plus rapidement que les rats des sous-sols, les « délégations » qui leur sont officiellement confiées afin de manifester le désir de décentraliser, sans que pour autant les moyens de les mener à bien le leur permettent. Ainsi va notre beau pays où l’État demeure la seule puissance possible et où la subsidiarité est souvent faussée et affichée comme un décor Potemkine.
La question des églises
Parmi les nombreux dossiers qui leurs reviennent, il y a les églises et les lieux de culte qui, depuis plus d’un siècle, après avoir été confisqués par l’État, sont à la charge des communes. Pour le meilleur ou pour le pire. Elles posent aujourd’hui, ces églises, une question immense. Dans un pays où pendant des décennies le taux de fréquentation n’a cessé de diminuer mais où l’on observe cependant depuis ces dernières années un vrai frémissement d’intérêt et de fréquentation, quid de l’entretien de ces milliers de bâtiments ? Dans les plus petites communes où l’impôt rentre modestement, qui décide du changement de chaudière ou du recouvrement d’un toit lorsque plus un habitant du village ne met les pieds dans l’église ? Et que d’ailleurs il n’y a plus de curé résident ? Surtout si le clerc doit « gérer » des dizaines d’autres églises ou chapelles appartenant toutes à des mairies différentes !
Tous les clochers n’ont pas l’aura de Notre-Dame de Paris : qui se soucie de celui de La Belliole dans l’Yonne par exemple ? Serait-il imaginable que, lors d’un congrès des maires de France, par exemple, soit évoquée cette question, et que la discussion s’amorce entre représentants des cultes et édiles ? Que faire de nos églises ? Elles composent ce patrimoine mémorial d’une nation que son Histoire ne cesse de tourmenter. Elles disent un récit qui continue de s’écrire et qui ne peut être ni figé dans le passé ni nié sottement.
L’enjeu de la quête spirituelle
Être au service, être ministre, c’est se soucier du bien commun. Il n’y a pas de bien commun durable et donc possible si la quête spirituelle des hommes est méprisée ou ignorée. Il ne s’agit pas pour les maires de la promouvoir mais de permettre son expression. Dans le contexte pluri-religieux qui est le nôtre, dans les hystéries identitaires qui cherchent à casser la société, cette mission est essentielle et redoutable.
Sylvie, Matthieu et tous les autres n’y suffiront pas si nous ne nous engageons pas à leurs côtés. En les portant dans nos prières. Mais aussi, en contribuant localement pour que ce sujet soit discuté d’une manière constructive et honnête, de part et d’autre. La gestion du patrimoine religieux ne saurait constituer l’alpha et l’oméga du travail municipal. Il en est cependant un marqueur en ce sens qu’il dit quelque chose du désir des autorités publiques de vouloir œuvrer à l’épanouissement de la personne humaine. En ne nous regardant pas d’abord comme consommateur, utilisateur, usager, mais comme un homme, une femme qui désirent, qui aspirent, qui rêvent et qui espèrent.








