Retour sur le film-événement de ce début d’année, "Les Dimanches", phénomène en Espagne, meilleur film de la semaine en France à son lancement et toujours en salle. Ainara, jeune fille de 17 ans, est attirée par la vie monastique. Avec une rare délicatesse, le film montre que la foi n'est pas l'adhésion à une doctrine mais une rencontre personnelle décisive avec Dieu.
Les films chrétiens abondent ces temps-ci dans les salles de cinéma avec plus ou moins de succès, mais toujours avec un accueil plutôt favorable, un petit miracle dans le contexte de sécularisation accélérée de notre société. Les films Libres, Sacerdoce et Baroudeurs du Christ ont été remarqués, avec une mention spéciale pour Sacré-Cœur qui a connu un retentissement inattendu. Il s'agit d’œuvres engagées qui ont surtout séduit ceux qui étaient déjà convaincus mais elles ont certainement touché d'autres spectateurs plus éloignés de la religion. Rien de tel pour Les Dimanches, film espagnol de la réalisatrice Alauda Ruiz de Azùa sorti sur les écrans français le 11 février dernier, après avoir connu un triomphe en Espagne et l'attribution de cinq Goya, l'équivalent hispanique des César.
Une démarche de discernement
Moins remarqué chez nous, s'agissant d'une production étrangère bien que codistribuée par une société française, Les Dimanches est pourtant l'un des meilleurs films de ces dernières années. Il offre aussi la plus claire et la plus fine présentation de la foi, bien que ou parce que réalisée par une auteure ne se considérant pas comme catholique. C'est sans doute pour cela que l’œuvre est convaincante car elle ne suppose aucun prérequis ni une inclination à la spiritualité pour entrer dans son histoire et dans son mystère.
Le film présente effectivement une famille espagnole de Bilbao dans la quotidienneté de sa vie soudain bousculée par un événement imprévu. Ainara, jeune fille de 17 ans, orpheline de sa mère, issue d'un milieu plutôt aisé et catholique de tradition, annonce à son père et à sa tante, qui se comporte en mère de substitution, sa volonté d'engager une démarche de discernement en vue de devenir religieuse dans un couvent où elle vient d'effectuer une retraite, avec la classe de son école catholique. Alors que le père, surtout préoccupé par ses problèmes financiers, n'y voit pas vraiment d'inconvénient, sa tante, athée tout en se voulant respectueuse des convictions de l'adolescente, lui conseille de poursuivre d'abord des études universitaires afin d'élargir ses connaissances et, surtout, de se confronter au monde.
Une rencontre décisive
Contrairement à sa parentèle bavarde et passablement agitée, la jeune fille demeure au contraire d'une grande intériorité propice à l'écoute. Bien qu'un peu ébranlée par les propos de sa tante au point d'amorcer une brève relation amoureuse avec un camarade de sa chorale, Ainara, davantage convaincue par les arguments de la mère supérieure du couvent, finit par prendre le voile.
En fait, ce que le film explique avec une rare délicatesse, est que la foi n'est pas l'adhésion à une doctrine mais une rencontre décisive avec Dieu, de même que la vocation religieuse n'est pas le résultat d'une démarche venant de soi mais la réponse à un appel. Ce qui emporte la décision de la jeune lycéenne est son échange avec la mère supérieure qui, en réponse à ses doutes quant à la véracité de cet appel, lui dit que, si elle le reçoit réellement, "elle le saura". C'est aux obsèques de sa grand-mère qu'elle le saura effectivement quand son visage va soudain s'éclairer et rayonner, ne laissant plus de place au doute. On ne peut qu'être confondu par la remarquable — on serait tenté de dire divine — interprétation de la jeune Blanca Soroa, littéralement habitée par son personnage.
Le choix du renoncement
Quand la lourde porte du couvent se ferme derrière Ainara et la mère supérieure manifestement ravie, le spectateur ne peut malgré tout réprimer une crainte sur le risque d'enfermement de cette jeune fille à la fois forte et frêle dans son nouvel univers, certes propice au dépassement mais néanmoins clos. Rien de plus ne sera dit à ce sujet mais la fin du film nous montre la tante d'Anaira, révulsée par la décision de sa nièce au point de la déshériter, regarder son conjoint, dont elle voudrait se séparer, et leur fils, nous faisant comprendre qu'elle sera incapable de les quitter.
Les prisons ne sont pas forcément derrière les grilles du cloître. Elles sont plutôt en nous-mêmes. Tout choix est un renoncement. L'accepter n'est-il pas déjà un premier pas dans la libre voie du Salut ?
Pratique :












