Quel est le lien entre les élections et le carême ? Étonnamment, il y en a un, qui se résume en un mot. Les 15 et 22 mars, les Français vont voter pour les deux tours des municipales, et l’on parle de scrutin. Durant le carême, le plus souvent les 3e (8 mars), 4e (15 mars) et 5e (22 mars) dimanches, les paroisses accueillent leurs catéchumènes pour trois étapes vers le baptême, et l’on parle aussi de scrutins.
À vrai dire, cette proximité de vocabulaire tient à l’étymologie. Le verbe scrutor, en latin, signifie "rechercher", "enquêter", voire "fouiller". Par extension, scruter évoque le discernement. Celui que fait un électeur en vue du vote. Celui qu’opère le catéchumène en vue du choix radical qui se présente à lui : suivre le Christ. Ainsi passe-t-il par trois scrutins au cours des quarante jours qui le séparent de Pâques, entouré par la communauté ecclésiale. Le Guide pastoral du Rituel de l’initiation chrétienne des adultes explique l’objet de ces scrutins : mettre au jour "ce qu’il y a de faible, de malade et de mauvais, pour le guérir, et ce qu’il y a de bien, de bon et de saint, pour l’affermir".
À l’écoute de la Parole de Dieu
Ces trois moments structurent le carême. Temps de conversion et de combat spirituel, historiquement lié au catéchuménat, durant lequel on lit trois passages de l’évangile particulièrement adaptés à la catéchèse baptismale, et donc pour les futurs néophytes mais aussi pour tous les fidèles qui renouvelleront leurs promesses baptismales dans la nuit pascale : le troisième dimanche, pour le premier scrutin, l’épisode de la Samaritaine et la promesse de l’eau qui étanche toute soif ; le quatrième dimanche, l’épisode de l’aveugle-né et l’illumination de la foi ; le cinquième dimanche, l’épisode de la résurrection de Lazare et la victoire du Christ sur la mort. Plus précisément, ces péricopes sont celles de l’année A (l’actuelle), mais ils sont usuellement choisis lorsque des scrutins sont célébrés.
Dans la liturgie, les scrutins prennent place après l’homélie, qui a explicité le sens de l’évangile. Une fois les catéchumènes parvenus au seuil du chœur, le célébrant invite toute l’assemblée à prier pour eux, en silence puis avec des intentions. Suit la prière d’exorcisme, qui "n’est pas un rite d’expulsion" précise le rituel, mais qui a pour but de "demander pour [les catéchumènes] la force pour combattre, afin qu’ils soient libérés de la puissance du mal et des ténèbres et qu’à la suite du Christ, ils puissent avancer avec confiance vers le moment de la nouvelle naissance."
Une retraite spirituelle pour tous
Les scrutins sont donc des rencontres "salutaires" au sens le plus fort du terme, pour toute la communauté paroissiale. Est effectivement rappelé, grâce à ceux qui frappent à la porte de l’Église, que le carême est une retraite spirituelle, un entraînement pour vivre mieux de la grâce baptismale, pour se laisser convertir avec la Samaritaine, pour accueillir la vérité avec l’aveugle-né, passer de la mort à la vie avec Lazare. Un temps pour demander, avec le psalmiste : "Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée ; éprouve-moi, tu connaîtras mon cœur. Vois si je prends le chemin des idoles, et conduis-moi sur le chemin d’éternité" (Ps 138, 23-24).









