Si aujourd’hui Nelly Gillant, 48 ans, a un accent canadien prononcé, elle est pourtant née et a grandi en France, à Châlons-sur-Marne (Marne). À l’âge de 9 ans et demi, sa vie bascule : atteinte par une dépression sévère, sa mère met fin à ses jours. "Elle essayait par toutes sortes de techniques de s'en sortir. Malheureusement, la maladie a eu raison d'elle", raconte-t-elle à Aleteia. S’ensuivent la perte tragique du commerce de son père, un déménagement dans une cité de HLM et un manque de moyens financiers. "Je n’ai jamais reçu d’éducation chrétienne, j’étais baptisée par tradition. Chez nous, nous étions plus ouverts à la spiritualité au sens large, explique Nelly Gillant. Mais je me raccrochais quand même à Dieu : je savais qu'il y avait un être suprême qui pouvait m'aider à traverser les difficultés". Malgré son jeune âge et l’absence d’éducation chrétienne, elle est persuadée qu’il existe un au-delà. Alors, quand le petit ami de sa grande sœur lui propose de parler avec sa mère disparue en invoquant son esprit, elle accepte immédiatement, sans mesurer ce que cela implique. Un parcours qu'elle raconte dans son ouvrage Vers toi reviendront les égarés (ed. Artège), avant d’y dévoiler la rencontre qui a bouleversé sa vie : celle avec le Christ.
Le début de fascination pour les pratiques ésotériques
Au départ, c’est pour dialoguer avec sa mère qu’elle se lance dans l’ésotérisme. Mais ce qui ressemble d’abord à un jeu ou à une manière de faire son deuil devient rapidement une fascination. "J’étais attirée par le pouvoir et l'instantanéité. Dès qu’on posait une question à ces forces supérieures, il y avait une réponse immédiate. C’était surnaturel, puissant, extraordinaire. Ça me donnait de la valeur et de l’importance de savoir que je pouvais dialoguer avec des puissances supérieures." Parfois, ces pratiques vont très loin. Comme la fois où, adolescente, elle invoque des esprits sombres et sent des ombres venir sur elle et l’oppresser. Mais chaque fois, de petites sonnettes d’alarme résonnent en elle et l’empêchent de basculer totalement du côté obscur. "Le Seigneur respectait ma soif d’exploration (...) quand il voyait que j’allais trop loin, il ramenait sa petite brebis, et j’entendais sa voix", écrit-elle dans son ouvrage. Une voix qu’elle refusera pourtant de suivre pendant longtemps. "J'ai besoin d'apprendre par l'expérience. Quand je voyais quelque chose de grave, je fermais les portes, mais j’en ouvrais d’autres derrière", explique-t-elle, tout en reconnaissant avoir "toujours eu la sensation d'être une enfant bénie et protégée par Dieu". Ainsi, si à plusieurs reprises, elle tente d’abandonner sa quête spirituelle, sa soif du spirituel finit toujours par reprendre le dessus.
C'était une course pour avoir toujours plus de pouvoir ou pour atteindre cette espèce d'ascension, d'union avec le divin.
En 1995, après avoir obtenu son baccalauréat, elle décide de partir s’installer en Guadeloupe par amour. Elle a 18 ans et se lance, curieuse, dans les découvertes spirituelles que lui offre l’île paradisiaque : une secte japonaise, Mahikari, un gourou indien, Sathya Saï Baba… Après douze ans passés en Guadeloupe et une relation amoureuse douloureuse, elle décide de repartir à zéro au Québec, où elle part rejoindre une amie. Sur les conseils de cette dernière, elle y ouvre un petit cabinet de voyance. Avec le temps, elle se forme à l’hypnose, puis découvre le Reiki, jusqu’à en devenir maître. Si aujourd’hui elle remet en cause ces pratiques, elle affirme qu’à l’époque elle était convaincue d’aider les gens. "Dans le Reiki, il y a quelque chose d'instantané. On se fait initier, on reçoit des symboles occultes qui nous donnent une énergie de pouvoir et permettent des guérisons physiques, psychologiques, émotionnelles ou spirituelles. Quand je voyais les résultats sur mes clients, souvent immédiats, c’était très gratifiant, valorisant, fascinant. Je ne voyais pas le mal, seulement le bien", témoigne-t-elle. Si elle se sentait puissante à l’époque, elle reconnaît aussi avoir vécu "une espèce de fausse humilité" : "On sait que ce n'est pas nous qui agissons : on est un médium, un canal par lequel une énergie supérieure est transmise. Mais c'est un métier qui valorise énormément l’ego, inconsciemment ou consciemment, car on est adulés par les clients."
Quand la quête spirituelle devient une impasse
Après avoir atteint le niveau suprême du Reiki au bout de plusieurs années, Nelly Gillant n’est toujours pas rassasiée. "J'allais de branche en branche, de technique en technique. C'était une course pour avoir toujours plus de pouvoir ou pour atteindre cette espèce d'ascension, d'union avec le divin." Elle s’initie au Kundalini Yoga de Babaji pour atteindre un niveau énergétique supérieur censé permettre de maîtriser les éléments. Elle rend aussi visite au célèbre médium John of God. Mais plus elle avance dans cette quête, plus elle perd son identité. "J’ai eu aussi des sonnettes d'alarme. Mes patients commençaient à avoir des convulsions, des cris. J’ai senti que ça allait vraiment aller trop loin."
À partir du moment où l’on ouvre son cœur et son esprit à la parole de Jésus, le Seigneur devient un chemin d'espérance, de vie, de joie, de paix et de libération
Très douce, souriante et apaisante avec ses clients, elle devient stressée, voire agressive à la maison. Sa famille passe au second plan. L’électrochoc survient lorsque son mari, Stéphane, jusque-là très patient face à sa quête spirituelle, lui fait remarquer que ce serait bien si elle pouvait être aussi gentille avec lui et leur fille qu’elle l’est avec ses patients. "C’est là que j'ai vraiment senti que j'étais en décalage", confesse Nelly Gillant.
Si le Christ reste indirectement présent dans sa vie — chapelets et croix côtoient pierres guérisseuses dans ses affaires — elle vit une véritable conversion lors d’une rencontre biblique à laquelle elle assiste sur le conseil d’une amie. Un verset la bouleverse profondément : "Il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus" (1 Tm 2, 5). C’est ainsi qu’elle fait sa rencontre avec le Christ : "J'ai compris que tout ce que j'avais cherché pendant vingt ans n'était pas la vérité. Il y a eu comme une révélation". Elle comprend aussi que sa quête spirituelle a ouvert des portes qui ont laissé entrer des esprits démoniaques.
Rencontre avec le Christ et la nouvelle vie
Son cheminement commence dans l’Église protestante, où des pasteurs prient pour sa délivrance. Mais toujours en quête de vérité, elle estime finalement la trouver dans l’Église catholique, où elle a été baptisée enfant. "J’y ai rencontré la Vierge, et elle a terminé de me délivrer en me menant au sacrement de la confession et à l’Eucharistie." Sur ce chemin, elle n’est pas seule. Son mari l’accompagne. Ensemble, ils se marient religieusement et décident de baptiser leur fille Abigail. Si la plupart de ses anciens collègues voient sa conversion d’un mauvais œil, son amie Linda — qui l’avait initiée au Reiki — vit elle aussi une conversion. "Elle est revenue au catholicisme quinze jours après ma conversion", se réjouit Nelly Gillant.
Aujourd’hui, Nelly mène une nouvelle vie professionnelle dans le milieu scolaire et se dit soulagée de ne plus être en quête permanente. "Je ressens la paix d'être enfin enracinée. Je vis une véritable libération, une délivrance et une guérison." Si elle comprend l’attrait du New Age et des nombreuses pratiques spirituelles orientales, elle met en garde contre le piège de se sentir ancré dans une fausse vérité. "Il faut parfois vivre un moment de basculement et de remise en question pour comprendre qu’il ne s’agit pas de la vérité, qu'il existe une autre issue, un autre chemin. À partir du moment où l’on ouvre son cœur et son esprit à la parole de Jésus, le Seigneur devient un chemin d'espérance, de vie, de joie, de paix et de libération", conclut-elle. "Il a toujours été là pour moi. Il ne m'a jamais abandonnée, même si moi je l'ai renié à plusieurs reprises. Merci Seigneur de m'avoir sauvée."
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