La guerre en Iran concerne directement la France, qui est engagée depuis plusieurs années dans des opérations militaires, notamment navales. La France est aussi engagée par des accords de défense, précise le géopolitologue Jean-Baptiste Noé, où sont en jeu sa crédibilité en tant que partenaire politique et militaire.
La France est-elle spectatrice ou déjà impliquée dans la guerre qui secoue le Moyen-Orient ? Le conflit peut sembler lointain. Pourtant, Paris est déjà engagé dans la région, par ses opérations militaires et ses accords de défense. La guerre en Iran concerne directement la France, et pas seulement à cause de l’augmentation des prix du pétrole et du gaz. Déjà, à l’automne 2024, la marine française est intervenue dans une longue mission en mer Rouge afin de faire cesser les attaques de drones que les Houthis, soutiens et proxys de l’Iran, menaient contre les bateaux de transport. Une mission qui avait pour finalité de rétablir la libre circulation sur les mers, de restaurer le commerce mondial et de protéger l’Égypte, fragilisée par la baisse du trafic maritime dans le canal de Suez.
Autre théâtre d’opération des armées françaises : le Liban, dans le cadre d’une mission de l’ONU. Une opération qui vise à sécuriser les territoires et à limiter l’extension du Hamas et du Hezbollah, eux aussi soutenus par l’Iran. Sans être engagées directement contre l’Iran, les armées françaises, Terre, Air et Marine, mènent donc des opérations régulières contre les bras armés du régime de Téhéran.
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Accords de défense
À quoi s’ajoutent des accords de défense avec la totalité des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG). Résumons-les brièvement. Les Émirats-arabes unis d'abord. Il s'agit du partenariat le plus structuré. Un accord de défense est signé en 1995 et révisé en 2009. Il autorise une présence militaire française permanente avec la base aérienne d'Al Dhafra et la base navale de Port Zayed à Abu Dhabi, seules bases militaires françaises dans la région du Golfe. À ces accords strictement militaires s’ajoutent des intérêts économiques dans l’industrie de la défense, puisque les Émirats sont l’un des principaux clients du Rafale. Arabie saoudite : accord de coopération en matière d'armements. L’Arabie achète régulièrement du matériel français, notamment des chars Leclerc et des missiles. Qatar : des accords de défense ont été signés en 1994. C’est un pays client du Rafale et une coopération existe aussi dans le renseignement et la formation militaire.
Le Koweït ensuite. Là aussi, des accords de coopération militaire et des ventes d'armements, notamment des hélicoptères Airbus, des Rafale et des missiles. Avec le Bahreïn, il s'agit d'un accord de défense et de coopération navale. La France y dispose également d'une présence légère. Concernant Oman, la France a des relations de défense moins formalisées, mais des coopérations navales dans le cadre de la surveillance du détroit d'Ormuz.
Crédibilité morale
Ces pays du Golfe se trouvant sous le feu des ripostes iraniennes, la France se doit d’honorer ses engagements de défense et donc de les aider dans leur protection civile et militaire. C’est une question de respect des accords internationaux signés et de crédit moral. Si l’État français ne respectait pas ses engagements, ce serait une décrédibilisation complète pour la France, mais aussi pour les entreprises françaises, y compris celles qui ne travaillent pas dans le monde de la défense. Les pays du Golfe sont des débouchés importants pour de nombreuses entreprises industrielles, que ce soit dans l’agroalimentaire, le luxe, l’automobile, l’informatique. En contribuant à protéger les pays du Golfe, la France protège l’économie de ces pays ainsi que les marchés et les accords commerciaux des entreprises françaises. En essayant de trouver une résolution au conflit, Paris aide également à trouver une issue au pic énergétique qui se crée à cause de cette guerre.
Golfe et Europe
Le soutien militaire français se manifeste notamment avec le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle au large de Chypre, un État qui est membre de l’Union européenne et qui est le pays européen le plus avancé vers l’Orient, puisque situé face au Liban. Dans l’extension du conflit en cours, Chypre se retrouve sous le feu de la riposte iranienne. Là aussi, la France s’affirme comme puissance militaire européenne majeure, seule capable à ce jour de déployer une telle force navale. D’autant que le Royaume-Uni, faute d’investissement et par lacune budgétaire, voit sa flotte réduite à une portion de plus en plus faible.
L’invasion de l’Ukraine hier, la guerre en Iran aujourd'hui démontre à quel point il est essentiel de disposer d’une armée moderne et compétente, non seulement dans sa version terrestre, mais aussi dans ses composantes marines et aériennes. C’est un enjeu de sécurité, de respect des contrats et des accords signés, de protection de l’économie et des industries françaises. Une armée coûte cher, en matériel et en homme. Mais lors des grandes crises mondiales, elle se révèle essentielle pour protéger les mondes civils et les alliés.












