À 30 ans, Pauline Wald avait l’impression d’être arrivée au bout d’un chemin… qui n’était pas vraiment le sien. Bonne élève, passée par une école de commerce, elle travaillait depuis sept ans dans le secteur bancaire à Paris. Tout semblait tracé. Mais derrière ce parcours sans faute, quelque chose se fissure lentement, inexorablement. "J’étais en train de faire un burn-out. Je ne savais absolument pas quoi faire de ma vie", raconte-t-elle à Aleteia. C’est à ce moment-là qu’elle entend parler du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. La réaction est immédiate, presque physique. "Quand on m’en a parlé, j’ai eu des frissons. J’ai vraiment ressenti un appel intérieur."
Quelques mois plus tard, elle quitte son travail et décide de se mettre en marche pour tenter de répondre à une question simple, mais vertigineuse : qui suis-je vraiment ? "J’avais l’impression d’avoir suivi toute ma vie ce qui était attendu de moi par les autres. Je voulais comprendre quelle était ma vraie place", explique la jeune femme aujourd’hui âgée de 38 ans. Partie à pied depuis sa maison d’enfance en Alsace en août 2017, elle a marché quatre mois jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. De cette marche salvatrice, elle a tiré un touchant récit qu’elle partage dans son livre Marcher vers son essentiel (éd. Eyrolles) qui sort en version poche ce 12 mars.
Une marche pour se retrouver
"C’était la première fois que je partais vraiment avec un sac à dos en itinérance", se souvient Pauline Wald. Très vite pourtant, la marche agit comme un baume. "Je suis partie complètement perdue. Et pendant le chemin, j’ai vraiment ressenti une guérison s’installer. Mentalement déjà : mes pensées s’apaisaient. J’avais l’esprit de plus en plus clair." La solitude, déroutante au début, devient peu à peu un espace intérieur pour la jeune femme. "Je n’avais jamais connu le silence comme ça. Le fait d’avoir du temps, de marcher seule… ça m’a reconnectée à moi-même."

Avec en moyenne environ cinq heures de marche quotidienne, elle s’offrait de nombreuses pauses qui sont rapidement devenues des moments précieux. "J’aimais m’asseoir dans une forêt, écouter les oiseaux, contempler la nature. Tout ce pour quoi je n’avais jamais le temps avant", se souvient-elle. Le soir, dans les auberges, son temps s’étire entre lecture, écriture mais surtout des discussions avec d’autres pèlerins. "Beaucoup étaient là parce qu’ils traversaient une période difficile : burn-out, deuil, dépression…" Certaines rencontres restent à jamais gravées dans son cœur, comme sa soirée passée dans le gîte La Tour des Anglais, à Saint-Chély-d'Aubrac (Occitanie), en compagnie de Marie-Leïla et de son époux. "On a simplement préparé à manger ensemble. Mais j’ai senti une vraie écoute. J’ai pu parler de ma fatigue, de mes doutes", raconte Pauline Wald. Touchée par son histoire, Marie-Leïla lui offre une médaille miraculeuse. "Cette médaille m’a suivie tout au long du chemin… et je l’ai encore aujourd’hui."
Une foi retrouvée
Marcher quatre mois n’est pas anodin. La pluie, la fatigue, les douleurs dans les jambes… et surtout les questions se bousculent dans l’esprit et poussent à abandonner. "Par moments, je me demandais : mais à quoi ça sert de suivre une coquille Saint-Jacques pendant des kilomètres ?", confie la jeune femme, avouant avoir sérieusement pensé à arrêter à plusieurs reprises. Un jour, après presque deux mois de marche, épuisée et découragée, elle demande un signe à l’apôtre Jacques : "Je lui ai dit : je marche vers ta sépulture, alors donne-moi un signe clair. Est-ce que je dois continuer ou arrêter?". Le soir même, dans un gîte, un hôte lui tend une coquille de Saint-Jacques en lui demandant de la déposer à Saint-Jacques-de-Compostelle. "Pour moi, il n’y avait pas de signe plus clair que je devais continuer à marcher."
"J’ai eu des moments d’anxiété très forte. J’ai pleuré, j’ai crié pour extérioriser mes émotions. Je pensais à l’avenir, au travail, à l’argent…" Mais peu à peu, elle arrive à se recentrer en focalisant son attention sur ses pieds, sa respiration, le paysage… "La marche est devenue une expérience méditative", raconte-t-elle, ajoutant qu’elle a aussi beaucoup écrit dans ses carnets pour se sentir moins seule.
Je me sens beaucoup plus croyante depuis le chemin de Compostelle.
Sur le chemin, sa foi, longtemps mise de côté, refait surface. "J’ai reçu tous les sacrements quand j’étais jeune mais j’avais complètement laissé ça derrière moi à l’adolescence." Pourtant, au fil des kilomètres, quelque chose se rouvre. Elle se sent aidée et moins seule. La Vierge Marie prend une place particulière dans ce retour spirituel et la prière de l’abandon de Charles de Foucauld, découverte juste avant d'emprunter le chemin de Compostelle, devient son rempart. "Dans un monde où tout va de plus en plus vite, la seule façon de vivre aujourd’hui, c’est de s’abandonner à la volonté divine", explique-t-elle aujourd’hui, ajoutant qu’elle prie toujours cette prière lors des moments de doute ou de prise de décision. "Je me sens beaucoup plus croyante depuis le chemin de Compostelle", confie-t-elle encore, ajoutant que c’est aussi sa foi retrouvée qui l’aide à vivre le deuil de sa mère, décédée il y a un an.
Un livre, un film… et une nouvelle vie
C’est donc totalement renouvelée qu’elle arrive devant la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle au bout de 2.000 kilomètres parcourus. "Je me suis demandé : quelles sont les prochaines étapes ?" La réponse s’impose presque immédiatement : raconter cette aventure. Aujourd’hui, Pauline Wald partage cette expérience à travers un livre mais aussi un film qui parle d’une génération de pèlerins, prêts à questionner leurs habitudes, à s’ouvrir à l’inconnu et à la vie. Elle accompagne également des personnes qui souhaitent écrire leur propre récit autobiographique.
À ceux qui rêvent de partir à leur tour sur le chemin, elle donne quelques conseils simples. "Coupez votre téléphone le plus possible. Prenez un carnet et un stylo. Même si c’est difficile au début, la créativité finit par venir." Mais surtout : "Allez-y le cœur ouvert et sans jugement." Car, lorsqu’elle repense à son aventure, elle en mesure encore le caractère improbable : "Je dis souvent que c’est presque un miracle d’avoir marché 2.000 kilomètres… alors que je ne suis pas sportive."
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