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“Une mort pour une vie nouvelle” : les sœurs de la Merci-Dieu font leurs adieux à leur monastère

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Les sœurs cisterciennes de la Merci-Dieu.

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Clotilde Fournier - publié le 10/03/26
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Installées à une vingtaine de kilomètres au nord du Mans, dans le petit village de Saint-Jean-d’Assé, les sœurs cisterciennes de la Merci-Dieu s’apprêtent à quitter les murs de leur monastère que leur communauté habitait depuis 1969. Un lieu de vie monacale niché au cœur d’un magnifique écrin de verdure de 6 hectares en bord de Sarthe, propice au silence et à la vie de prière, mais devenu trop difficile à entretenir. Une messe d’action de grâce est prévue le 27 juin.

Les sœurs cisterciennes du monastère de la Merci-Dieu de Saint-Jean-d’Assé, au nord du Mans (Sarthe) avaient annoncé leur départ en février. Une messe d’action de grâce sera célébrée le 27 juin. Et quelle action ! Les origines de la communauté remontent à l’entre-deux-guerres où trois jeunes filles cherchaient alors le moyen de fonder un foyer de vie contemplative. Suivies par le curé de Notre-Dame-de-la-Treille à Lille puis par Dom Vital Lehodey (figure mystique qui fut abbé du monastère trappiste de Bricquebec dans la Manche, auteur des Voies de l’oraison mentale), et enfin par son successeur, dom Marie-Joseph Marquis, elles ont essuyé plusieurs déconvenues avant que la jeune communauté ne fasse enfin ses premiers pas à Blainville-sur-Mer près de Coutances. Elles restèrent là pendant vingt ans. Puis les sept sœurs que comptait la communauté durent quitter la Manche et se virent proposer par l’évêque de la Sarthe un bâtiment vieux de cinq siècles qui fut une ferme avant d’abriter une communauté de carmélites apostoliques qui l’avaient aménagé pour… sept sœurs. Aucune des religieuses qui forment la communauté d’aujourd’hui n’a connu ces débuts sinueux puisqu’elles sont toutes entrées à partir de 1973. Mais elles gardent vivante leur histoire, et les trois jeunes fondatrices sont enterrées à la Merci-Dieu.

Pour subvenir à leurs besoins, les sœurs eurent l’idée de monter un atelier de tissage de vêtements liturgiques. "Dom Vital ayant beaucoup insisté sur les liens de prière de la Communauté avec les prêtres, il sembla tout indiqué de travailler pour le renouvellement du vêtement liturgique. Ce ne fut pas facile, car les écoles de tissage n’existaient pas en France", explique l’une des sœurs. Leur talent et leur savoir-faire furent récompensés puisque deux sœurs ont été honorées du titre de "meilleur ouvrier de France".

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Monastère de la Merci-Dieu, diocèse du Mans.

Les raisons du départ des religieuses sont les mêmes que dans toutes les communautés qui s’éteignent : pas de novices (qui restent) et un nombre de sœurs en bonne santé s’amenuisant. La charge de tenir une telle maison est devenue beaucoup trop lourde pour elles. "Pendant un an, le diocèse nous a proposé de bénéficier d’un accompagnement à la manière ignacienne, ce qui nous a permis de réaliser en douceur qu’il était temps de partir".

Le départ et ses préparatifs n’en restent pas moins très douloureux pour ces religieuses qui, dans leur humble quotidien offert au Christ ont tout partagé ensemble. "Humainement c’est très difficile de partir. Mais c’est une mort pour une vie nouvelle, pour se réinventer", témoigne une sœur. "Notre congrégation diocésaine de la Merci-Dieu vivra jusqu’à la mort de la dernière sœur." Plusieurs sœurs très âgées vont rejoindre un EPAHD, les autres rejoindront d’autres communautés. Chacune est libre d’organiser son départ selon ses desseins.

Nous trouvions chez elle une ambiance simple, communautaire et recueillie.

Changement difficile pour les religieuses, mais aussi pour les catholiques des environs qui se faisaient affectueusement appelés "les paroissiens de la Merci-Dieu" par les sœurs. Pour ces personnes le monastère était un lieu de ressourcement spirituel qui rendait possible le renouvellement de leur relation à Dieu. "Nous trouvions chez elle une ambiance simple, communautaire et recueillie", confie une habituée. "Nous sentions quand même que la situation évoluait vers quelque chose de plus difficile."

En effet, l’âge d’une majorité des sœurs a rendu la gestion matérielle du lieu de plus en plus ardu pour la communauté, mais le manque de prêtres dans le diocèse de la Sarthe a également touché les sœurs qui, après la mort de leur aumônier en 2018, n’ont pas toujours pu bénéficier de la messe quotidienne.

Une messe d'action de grâce le 27 juin

"Nous avons été conduits en Sarthe par la Providence", témoigne un couple très proche de la Merci-Dieu. "Nous avons trouvé près des sœurs un exemple de fidélité à sa vocation, un lieu sobre où venir prier à l’écart et un vrai paratonnerre spirituel. Ces sœurs sont aussi un signe visible de la présence de Dieu ici, au milieu d’une campagne truffée de pratiques ésotériques", continue le couple.

Après avoir annoncé le départ des sœurs le 17 février dernier, le diocèse informe qu’une messe de clôture sera célébrée le 27 juin prochain. La future destination du lieu n’est pas connue. "Le projet de réhabilitation en est à ses balbutiements", indique le directeur de la communication du diocèse. Les habitués de la Merci-Dieu "espèrent que le diocèse trouvera une réponse aux besoins spirituels de la région."

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