Le père Pierre el-Raï, prêtre maronite du village de Qlayaa, au Sud-Liban, a été tué dans un bombardement israélien ce lundi 9 mars. Quatre autres personnes ont été blessées, selon l'Œuvre d'Orient. Un premier tir d'artillerie aurait été tiré dans l'après-midi, blessant le couple propriétaire de la maison, selon le journal L'Orient Le Jour. Le père el-Raï a perdu la vie lors d'un second tir, et a succombé à une hémorragie trop importante.
Prêtre du diocèse de Tyr, il était "très ancré, dévoué à sa communauté et se rendait toujours disponible" décrit à Aleteia Vincent Gelot, responsable pays pour l'Œuvre d'Orient. "Nous avions organisé avec lui un convoi humanitaire en 2024, au moment de la guerre. Déjà à l'époque, les chrétiens étaient en grande majorité restés sur place. Les jeunes des villages avaient empêché le Hezbollah d'arriver dans leur ville."
La présence du Hezbollah dans le village à l'heure actuelle est encore incertaine, explique Vincent Gelot. Ce dernier est formel : "Les chrétiens n'ont jamais pris part à ce conflit d'une quelconque manière et ils paient une fois de plus le prix du sang. Ici à Qlayaa, ils ont toujours fait le maximum pour empêcher l'intrusion des milices armées et du Hezbollah." Dans le village d’Aalma el Chaab, un autre chrétien, Sami Ghafari, 70 ans, a également été tué, selon l'Aide à l'Eglise en détresse.
Dans un message diffusé par le Bureau de presse du Saint-Siège dans la soirée, le pape Léon XIV a tenu à exprimer sa "profonde douleur pour les victimes des bombardements de ces jours-ci au Moyen-Orient", en particulier le père Pierre el-Raï. Dans ce bref message, le Pape exprime sa compassion "pour les si nombreux innocents, parmi lesquels de nombreux enfants, et pour ceux qui leur prêtent secours, comme le père Pierre el-Raï, prêtre maronite tué cet après-midi à Qlayaa".
Menacés de disparition
Depuis la reprise des hostilités au Proche-Orient fin février 2026, le Liban est plongé dans une crise profonde, victime collatérale de la confrontation régionale opposant Israël, l’Iran et leurs alliés. Le sud du pays, frontalier d’Israël, est particulièrement exposé entre bombardements, tirs d’artillerie et déplacements massifs de population. Le dernier bilan fait état de plus de 394 morts et plus de 500. 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Qlayaa fait partie des villages chrétiens du sud du pays ayant refusé l'ordre d'évacuation de l'armée israélienne quelques jours auparavant dans le contexte de la guerre avec le Hezbollah. Le prêtre maronite avait ainsi annoncé publiquement devant l'église du village que les chrétiens ne quitteraient pas les lieux, et qu'ils y resteraient sans arme, pacifiquement. Une quinzaine d'autres villages chrétiens, à l'image de Alma al-Shaab, Rmeish ou Ein Ebel, se battent pour continuer à exister sur ces terres que le Christ lui-même a foulées.
Si ces villages disposent pour le moment d'assez de vivres, l'accès par les routes est rendu de plus en plus difficile par les bombardements. L'armée libanaise quasi absente au sud, les chrétiens se retrouvent seuls au monde pour survivre. Pris en étau entre Israël et le Hezbollah, ils refusent de disparaître et d'abandonner leurs terres. Car la disparition, martèle Vincent Gelot, est bien ce qui les guette. "Ces populations ont déjà été déplacées plusieurs fois ces cinquante dernières années. Cette fois-ci, ils savent que s'ils partent, ils ne pourront jamais revenir. Il y a un risque réel d'annexion par l'armée israélienne. C'est inacceptable", témoigne Vincent Gelot qui rappelle que partout au Moyen-Orient, la minorité chrétienne est menacée d'extinction. "La communauté internationale ne fait pas assez pour la protéger. Et si cette fin devait arriver, ce ne serait pas seulement une perte pour le Moyen-Orient. Les chrétiens d'Orient sont nos racines."









