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Ce dont l’interprète de Joe le Taxi ne fait pas mystère, c’est sa proximité avec ses parents. Depuis toujours, Vanessa Paradis ne manque pas une occasion de leur rendre hommage : des parents incroyables, formidables, merveilleux, aimants, sublimes (sic), grâce auxquels elle dit avoir eu "une enfance extraordinaire" dans la paisible ville de Villiers-sur-Marne, en région parisienne.
Pas un album qu’elle ne dédie à ce couple très uni qui a su bâtir autour de Vanessa et Alysson, sa cadette de 11 ans, un foyer soudé. Voyez par exemple Variations sur le même t’aime (1990) : "Corinne et André, loin des yeux, jamais loin du cœur. Pense à vous et vous aime très fort" ou Bliss (2000) : "Merci à Maman, Papa et Lilou, mes racines et la sève." Dans la chanson "Les Acrobates" (2000), Vanessa Paradis présente son clan comme sa colonne vertébrale, la source de son équilibre : "Quand j’oublie comment je m’appelle et le reste / C’est vers vous que je guide mes pas."
Mon père, ce héros
Aussi n’est-on pas étonné qu’elle consacre à son père, mort en 2017 d’un cancer généralisé, une des chansons de son dernier album "Le retour des beaux jours", fruit d’une collaboration avec son grand ami le chanteur Étienne Daho. Que n’a-t-elle loué les qualités de ce père artiste "passionné, hyper cultivé, pudique, très drôle et bon vivant" (Vogue, décembre 2015- janvier 2016), "ne voyant jamais le mal chez les autres" (Elle hors-série Icone, février 2021). Mais que sait-on au juste de "l’idole" (sic) de notre chanteuse nationale ?
Peu de choses sinon qu’il était un autodidacte issu du monde ouvrier, qui parvint, à force de travail, à bâtir une solide fortune : sculpteur décorateur (on lui doit l’invention de la poutre en polyuréthane et la création de décors pour Disneyland Paris), il acquiert au début des années 1990 à Saint-Rémy-de-la-Vanne (Seine-et-Marne) une imposante propriété de cinq hectares traversée par sept sources qu’il réhabilite pour en faire un lieu de réception et un restaurant axé sur des soirées musicales. D’où le nom du septième album de la star Les Sources (2018).
Père et fille étaient très proches : il lui a enseigné le dessin et l’aquarelle, l’a initiée à la pêche, lui a transmis son amour de la musique. À l’âge de raison, tandis qu’il gratte sa guitare, la petite Vanessa fait ses gammes sur des airs traditionnels (Aux marches du palais) ou populaires (Le p’tit bonheur de Félix Leclerc). Lors de ses premiers pas de chanteuse, elle lui pique ses vêtements : le sweat orange du clip de Joe le taxi et la veste en jean de la pochette du 45 tours.
C’est, dit-elle, l’amour vigilant de ses parents qui lui a permis de ne pas perdre pied dans l’univers frelaté du show-biz et de garder la tête haute face aux violentes critiques dont elle fit l’objet au début de sa carrière. Invitée d’honneur du magazine Vogue en 2016, elle confie aimer par-dessus tout "parler au bord de la rivière avec [s]on père".
Ainsi imagine-t-on l’ampleur de sa peine lors de la disparition de ce dernier, âgé seulement de 74 ans, en 2017.
La prière, antidote au chagrin
Pudique à l’extrême sur sa vie privée, la chanteuse s’est bien gardée d’en faire état dans la presse ou les réseaux sociaux (sur lesquels elle choisit de ne pas s’exposer). En revanche, elle a souhaité dans son huitième album sorti il y a quelques mois, qu’Etienne Daho lui compose une chanson en mémoire de son cher disparu. Ce morceau intimiste, où cordes et cors voisinent avec des notes de piano, relate l’apaisement ressenti par Vanessa après une prière au creux d’une nuit de détresse emplie du souvenir de l’absent : seule dans la forêt, elle s’abandonne à la beauté de la nuit, à la chaleur de son chien et à la certitude d’une présence : "Mes prières ouvrent une porte dans la nuit/Quand l'absence est si lourde à porter/Plus d'armes pour lutter/Que l'on n'a plus une larme pour pleurer (…) Que mon chant, que mon élégie/Cette étrange mélodie/Lui parvienne au paradis/À lui le tout premier homme de ma vie."
Si ses fans, avertis de sa tendre affection pour son père, ne seront pas surpris de voir Vanessa lui dédier une ballade, peut-être seront-ils étonnés qu’elle évoque sa foi en l’au-delà.
Car la chanteuse s’ouvre rarement sur cette question. On sait que sa mère, sa complice de toujours, a grandi chez les sœurs et fait baptiser ses filles. On sait moins que Vanessa Paradis croit en "Dieu et aux anges" (Elle, 17 mars 1997), tant elle est peu interrogée sur le sujet. Mais en fouillant dans ses interviews, on trouve ça et là quelques allusions à ses certitudes les plus intimes. Ne dit-elle pas, par exemple, en évoquant son agent de cinéma Marceline Lenoir, aujourd’hui décédée : "Elle veille depuis là-haut maintenant" ? La chanson Elégie ne dit pas autre chose : les êtres aimés survivent à la mort dans un ailleurs d’où ils nous protègent. Comment l’ignorer quand on s’appelle Paradis ?









