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À Sumatra, les Capucins incarnent Laudato Si’ face aux catastrophes écologiques

7 min de lecture
Les Capucins posent avant de se rendre à la messe.

Crédit : Courtesy | Indonesian Capuchins

Les Capucins posent avant de se rendre à la messe.

Après le passage dévastateur du cyclone Senyar sur l’île indonésienne de Sumatra fin 2025, les frères capucins se sont engagés aux côtés des communautés victimes de la déforestation et des catastrophes naturelles. Aleteia a rencontré le père Pardosi dont l’action, nourrie par Laudato Si’, illustre comment la foi peut devenir moteur de mobilisation écologique et sociale.

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Les capucins indonésiens à l’école de Saint François. Fin novembre 2025, le cyclone Senyar a frappé l’île indonésienne de Sumatra, provoquant de graves inondations et des glissements de terrain qui ont déplacé un demi-million de familles, endommagé des habitations, des terres agricoles et des infrastructures locales. 

Les habitants des régions touchées affirment que des décennies de déforestation et d’activités industrielles liées aux secteurs de la pâte à papier, de l’huile de palme et des mines ont aggravé les destructions, en dépouillant les collines de leurs arbres, en drainant les protections naturelles et en perturbant le cours des rivières, laissant l’eau de pluie sans issue. Lorsque le cyclone Senyar est arrivé, la terre était moins apte à absorber les fortes précipitations, les rivières ont débordé plus rapidement et les pentes se sont effondrées plus facilement, exposant les communautés à des inondations et des glissements de terrain qui auraient pu être moins graves.

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Aleteia s’est entretenu avec le père capucin  Supriyadi Pardosi du Bureau franciscain Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC) de l’archidiocèse de Medan, au nord de Sumatra. Pour les frères travaillant dans la région, la catastrophe a révélé l’ampleur de l’urgence. Elle a mis en lumière le coût humain des dégâts environnementaux à long terme. "Quand je suis allé sur le site du sinistre , explique-t-il,  j’ai cru, même si aucun de nous ne s’y attendait, que Dieu nous aidait dans notre lutte pour appeler à la protection de la nature et de l’environnement à travers cet événement." Les inondations, dit-il, ont confirmé ce que les frères avaient observé depuis des années : des atteintes à l’environnement qui vont de pair avec la souffrance humaine.

Laudato Si’ vécu au quotidien

Cette conviction fait écho à l’idée centrale de Laudato Si’, l’encyclique du pape François de 2015 sur la sauvegarde de la création. Décrit comme un texte environnemental, celui-ci repose sur une vision relationnelle de la vie humaine. Il explique que la détérioration des forêts, des rivières et des sols nuit inévitablement aux personnes, en particulier aux pauvres et aux vulnérables. Le pape François appelle cela "l’écologie intégrale", une manière de reconnaître que l’injustice sociale et les dégâts écologiques sont inséparables et exigent une responsabilité morale.

Des Capucins mènent une manifestation contre les principales sociétés de pâte à papier et minières de Sumatra.
Des Capucins mènent une manifestation contre les principales sociétés de pâte à papier et minières de Sumatra.

À Sumatra, cette vision s’est incarnée concrètement. Le bureau JPIC, dirigé par les Capucins, s’est exprimé sans relâche contre l’exploitation croissante de l’environnement à Sumatra, soulignant la nécessité de protéger les droits des communautés autochtones et de préserver les écosystèmes naturels. L’ordre capucin a également organisé et mené de grandes manifestations publiques en juin 2025, qui se sont intensifiées après les inondations de novembre. Soutenus par une forte mobilisation, les frères ont adressé leurs appels aux agences gouvernementales régionales. Ils ont demandé des comptes et la fermeture de "PT Toba Pulp Lestari", une entreprise de pâte à papier longtemps critiquée par les communautés locales pour la déforestation et son impact sur la vie rurale autour de ses sites. Le père Pardosi évoque aussi une série d’inondations récurrentes près de Harian–Samosir en novembre 2023, de Simallopuk en décembre 2023 et de Parapat en mars 2025, toutes proches des sites d’exploitation de la société.

À l’école de Saint François

Pour certains catholiques, le plaidoyer écologique soulève des inquiétudes politiques. Le Capucin ne les élude pas : "Je ne nie pas cela," reconnaît-il, évoquant le rôle des permis gouvernementaux et des entreprises. "Mais ce n’est pas là que mes frères et moi concentrons notre attention. En tant que membre de l’Église catholique et franciscain, je ne peux pas rester silencieux face à cette destruction de l’environnement."

Des Capucins et des religieuses prient ensemble pour la justice sociale et environnementale.
Des Capucins et des religieuses prient ensemble pour la justice sociale et environnementale.

Ancrant sa motivation dans la foi, il confie : "Je ne suis guidé par personne, sauf par des idées et des convictions nées et façonnées par l’Évangile."  Pour le père Pardosi, saint François d’Assise n’est pas un modèle de protestation pour elle-même, mais d’attention profonde à la création, enracinée dans l’amour du Christ. "Par sa vie," ajoute-t-il, "saint François d’Assise a déployé la richesse et la profondeur de l’Évangile apporté par le Christ au monde."

Serviteurs, pas maîtres de la création

Vivre avec les communautés touchées par les inondations a transformé la manière dont le capucin comprend le soin apporté à la Création : "Nous sommes tous des créatures de Dieu, inséparables les uns des autres." S’appuyant sur la spiritualité franciscaine, il décrit l’homme non comme le maître de la terre, mais comme son membre le plus dépendant : "Nous sommes les plus petits et les plus pauvres des créatures de Dieu. Nous sommes les plus vulnérables. Nous devrions donc être à l’avant-garde de l’amour et du soin pour le reste de la Création."

Cette compréhension découle directement du charisme capucin : "Notre esprit de pauvreté, de proximité et de simplicité provient assurément de l’esprit de l’Évangile.  Nous ne sommes pas les premiers ni les plus grands de la création, mais plutôt l’inverse. Ainsi, dans cet esprit, nous sommes les serviteurs des autres créatures, pas leurs maîtres." Dans cette perspective, l’exploitation des terres et des ressources apparaît non seulement comme irresponsable, mais comme une négation de la vocation humaine elle-même.

Une détermination puisée dans la foi

S’exprimer n’a pas été sans coût. Le père Pardosi reconnaît que des catholiques, y compris des prêtres, l’ont mis en garde contre les critiques et les risques. Pourtant, il voit le silence comme un danger plus grand : "Si, parce que de nombreux catholiques se sentent dépassés par cette crise, je devais rester silencieux et ne pas lutter pour l’environnement, je contribuerais aux dégâts survenus." Sa détermination puise dans plusieurs sources : la foi, la tradition franciscaine et ses racines culturelles de Toba Batak (un groupe ethnique austronésien) façonnées par le respect de la terre et de la vie. Cette vision imprègne sa vie quotidienne : "Où que je sois, même comme prêtre, je cultive toujours la terre, je reste proche des animaux, je les salue et leur montre de l’attention."

Le 21 janvier 2025, l’une des revendications centrales des Capucins, la fermeture ou la révocation de la licence de l'entreprise "Toba Pulp Lestari", a été satisfaite, même si aucune condamnation judiciaire définitive n’a suivi et que la question de la responsabilité légale reste ouverte. Les autorités ont également révoqué les permis de vingt-sept autres sociétés liées à des infractions environnementales, plaçant les terres concernées sous gestion gouvernementale. Pour les frères, ces progrès sont importants mais ne constituent pas une réussite en soi. Pour eux, l’essentiel reste de maintenir une vigilance constante et une orientation morale claire, même quand les résultats sont partiels et les victoires incomplètes, et de continuer à soutenir les communautés et protéger les terres fragiles après les décisions officielles.