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Guerre en Iran : le risque d’un abîme irréparable

5 min de lecture
"Les jeunes, les exclus, les fidèles, les malades : tous seront rencontrés et, finalement, emmenés spirituellement vers ce qui sera l’aboutissement de ce voyage, la ville de Metz", commente le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille.

Crédit : Aleteia

Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, les chrétiens de France ne sont pas nombreux mais en nombre suffisant pour porter le message de paix de l’Évangile.

À propos de la guerre en Iran, le père Benoist de Sinety reprend les propos du pape Léon qui évoque le "risque d’un abîme irréparable".

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"Accepter de perdre ses enfants" : les mots avaient glacé bien des parents. C’était le 20 novembre dernier, le général chef d’état-major des Armées s’adressait alors aux maires réunis en congrès. Curieusement, certains de ceux qui ne trouvaient pas de mots assez durs pour les fustiger alors, dressent des lauriers aux leaders israéliens et américains depuis qu’ils ont pris en charge de tracer à coup de bombardements les nouvelles frontières géopolitiques du Proche et Moyen-Orient en attaquant l’Iran et le Liban.

Une catastrophe pour l’équilibre du monde

Le régime des mollahs, mis en place en 1979 avec l’appui tacite des Américains et des Français notamment, est sans doute l’un des pires au monde. Ses dirigeants barbus sont des criminels. Le courage et la résilience des Iraniens sont admirables et forcent le respect. "Qu’ils se soient réjouis lors de la mort des assassins de leur peuple et qu’ils remercient les États qui bombardent, ils en ont évidemment le droit et chacun, à leur place, agirait ainsi." Mais parce que nous ne sommes pas à leur place, il est utile aussi de réagir d’une manière qui ne soit pas qu’affective et sentimentale.

On ne déclare plus la guerre, on ne consulte plus son Parlement, on agit seul, en bande, en chef de bande. Non pour l’ordre, mais pour ses intérêts ou son ego.

Ce qui est en train de se passer est, à long terme, une catastrophe pour l’équilibre du monde. À court terme, une bouffée d’oxygène pour un peuple sans pour autant lui assurer un retour à la vie normale à moyen terme. Tant que la population iranienne ne pourra pas, de l’intérieur, prendre la main en passant par la rue, rien ne changera. Pour l’instant, ceux qui ont peur se terrent. Mais leurs abris sont profonds et ils sont nombreux : ils ressortiront donc lorsque les missiles à des centaines de milliers d’euros pièce auront fini de tomber. Et que se passera-t-il ?

Comme pour l’Irak il y a vingt ans

La propagande de l’US Army arrose les réseaux sociaux d’images de bombardements avec, en fond sonore, la musique endiablée de la Macarena. On se surprend à chantonner la chanson au rythme des explosions. "C’est toute l’indécence de ceux qui s’affranchissent des lois pour faire ce qu’ils veulent quand ils le veulent, au mépris des accords passés et des décisions prises." On ne déclare plus la guerre, on ne consulte plus son Parlement, on agit seul, en bande, en chef de bande. Non pour l’ordre, mais pour ses intérêts ou son ego.

Comme pour l’Irak il y a vingt ans, on invente des armes massives pour justifier l’attaque massive. On fait admirer au monde les coques des navires volants ou flottants et leur design de film de science-fiction. On parle de "cibles neutralisées", on "fait le job" sans jamais voir un visage humain. On exulte devant les bâtiments de gouvernements anéantis et des cadavres des chefs politiques qui y sont ensevelis : soit. Mais les mêmes lèvres qui se glorifient de cela auront-elles un jour l’humilité de demander pardon aux familles des dizaines de petites filles et de tous ceux qui sont morts avec elles dans le bombardement de l’école de Shajarah Tayyebeh, le même jour ? Aucune falsification de la réalité de la guerre en jeu vidéo ne pourra leurrer durablement.

Le risque d’un abîme irréparable

Dans un entretien à Vatican News, le cardinal Parolin, "premier ministre" du pape Léon, l’exprime avec force : "Ce déclin du droit international est véritablement inquiétant : la justice a été remplacée par la force. [...] Un monde multipolaire caractérisé par la primauté de la force et l’égocentrisme s’affirme dangereusement."

Le secrétaire d’État poursuit en faisant part de sa "profonde tristesse, car les peuples du Moyen-Orient, y compris les communautés chrétiennes déjà fragilisées, sont une fois de plus plongés dans l’horreur de la guerre, qui fauche brutalement des vies humaines, sème la destruction et entraîne des nations entières dans une spirale de violence aux conséquences incertaines. Dimanche dernier, lors de l’Angélus, le pape a évoqué une 'tragédie d’une ampleur considérable' et le risque d’un 'abîme irréparable'. Ces mots sont plus qu’éloquents pour décrire l’époque que nous traversons."

La prière des artisans de paix

Tant que les bombes s’écraseront et que les fanfares sonneront à Washington et à Jérusalem, tant que leur fracas et les mugissements des moteurs couvriront le hurlement des mourants, aucune voix ne pourra se faire entendre avec intelligence.

"Qu’au moins, ces bruits métalliques et froids ne fassent pas disparaître de nos âmes la parole d’Évangile par laquelle Jésus ordonne à Pierre de rengainer l’épée alors qu’il s’apprêtait à vivre la violence insensée de la croix." Et que, plus puissant que les cris, le silence de notre prière pour nos frères et sœurs qui meurent et qui tuent puisse susciter des artisans de paix et des bâtisseurs de justice pour le monde d’aujourd’hui.