Mercredi 4 mars, beaucoup attendaient un appel du pape Léon XIV au terme de l’audience générale, cinq jours après le déclenchement de la nouvelle guerre en Iran et son embrasement à tout le Moyen-Orient. Mais le Pape a gardé le silence. Quelques heures plus tard, c’est son secrétaire d’État Pietro Parolin qui prenait la parole dans les médias du Vatican, pour dénoncer une "dégradation du droit international" et exprimer l’opposition nette du Saint-Siège à la "guerre préventive". "Il n'y a pas de morts de première ou de seconde classe, et personne n'a un droit à la vie supérieur à celui d’un autre simplement parce qu'il est né sur un continent plutôt qu'un autre ou dans un pays particulier", insistait aussi le ‘Premier ministre’ du Vatican, appelant inlassablement au dialogue. La presse reprenait aussitôt les propos de l’Italien exprimant officiellement la position du micro-État sur une situation internationale assombrissant les colonnes des journaux.
Deux semaines plus tôt, le cardinal Parolin annonçait que le Saint-Siège ne ferait pas partie du Conseil de paix proposé par Donald Trump. Il pointait du doigt "certains points critiques qui devraient être résolus" et "trouver des explications". En décembre, le prélat au poste de secrétaire d’État depuis 2013 aurait également tenté de jouer un rôle de médiateur dans la crise vénézuélienne. D’après des révélations du Washington Post, l’homme à la calotte pourpre aurait tenté de convaincre les États-Unis d’accepter l’exfiltration du président vénézuélien Nicolás Maduro vers la Russie – avant sa capture par un commando américain le 3 janvier.
Une ligne plus classique
Cette fuite d’information n’avait pas été démentie par le Saint-Siège, laissant entrevoir le rôle actif du cardinal Parolin dans la géopolitique mondiale. Par la suite, le secrétaire d’État avait mené le 6 janvier une conversation téléphonique avec son homologue états-unien Marco Rubio dans le but d’améliorer "la situation humanitaire, en particulier au Venezuela", et de promouvoir "la paix et la liberté religieuse à l’échelle mondiale" – avait indiqué la diplomatie américaine. Les faits d’armes de son Premier ministre n’empêchent pas le pape de s’exprimer aussi lorsqu’il le souhaite : mardi soir, il s’est ainsi arrêté spontanément devant les caméras de télévision qui l’attendaient à sa sortie de Castel Gandolfo, désireux d’exhorter publiquement à la paix. Dimanche aussi lors de l’angélus, il s’est inquiété d’un "abîme irréparable" après les attaques en Iran.
Mais depuis son élection, le pontife américano-péruvien manifeste une ligne de conduite classique, laissant à sa diplomatie son champ d’action, parfois diminué sous le pontificat précédent. Il arrivait en effet à François de provoquer une rencontre en court-circuitant sa secrétairerie d’État, comme sa visite impromptue à l’ambassade russe au premier jour de l’invasion militaire de Moscou en Ukraine. L’Argentin était imprévisible et pouvait, sortant de son texte, lancer des appels spontanés qui n’étaient pas passés par le filtre de ses collaborateurs, au risque de causer quelques incidents.
La méthode Léon XIV
"Chaque pape donne une touche personnelle. Leurs attitudes diverses viennent de leurs origines diverses. François était de culture argentine, avait vécu un régime de dictatures, et avec son bagage historique, il gouvernait dans un style un peu confus", souligne un ambassadeur en poste près le Saint-Siège. Léon XIV en revanche est "plus prudent, on voit aussi sa formation en mathématiques, il ‘calcule’ avant de parler", ajoute ce diplomate européen, voyant dans leurs caractères la source de leur approche différente vis-à-vis de la secrétairerie d’État.
À Rome, on explique aussi la prudence du 267e pape par la singularité de la diplomatie vaticane : "Le Saint-Siège est très différent des autres nations, glisse un observateur. Il ne s’agit pas d’un État avec son territoire, mais sa ‘population’ est présente partout sur le globe. La ligne de l’Église a toujours suivi la prudence, la neutralité, le souci de laisser la porte à toutes les parties, car prendre position peut créer des dommages aux catholiques dans les pays en conflit".









