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Charles d’Azérat, commando parachutiste : “Tout est subordonné à l’espérance du Ciel”

Charles d'Azérat, commando du CPA10.

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Cécile Séveirac - publié le 05/03/26
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Charles d’Azérat, officier des forces spéciales, livre à Aleteia un témoignage rare sur la réalité du métier de militaire, l’engagement, la foi et le sens du service à l’occasion de la sortie de son livre "À cœur ouvert. Récit d’un commando du CPA 10". Un entretien sans fard, à hauteur d’homme, avec l’un de ces chefs de guerre discrets qui portent l’espérance au sein de l’action.

Les cheveux sont coupés court et les joues sont lisses. La barbe des jours de mission a été rasée de près et l'uniforme d'apparat a remplacé le treillis kaki et les rangers. Le teint est hâlé, mais pas la moindre chance de déceler les années passées sous le soleil d'Afrique ou d'Orient, à affronter le danger, l'ennemi, la mort. Non, personne ne peut se douter que Charles d'Azérat (pseudonyme), 38 ans, est membre d'une unité d'élite de l'armée française : le Commando parachutiste de l’air n°10 (CPA 10). Cette unité des forces spéciales de l'armée de l'Air est une unité commando en charge de l’action spéciale directe (libération d’otages, neutralisation de cibles à haute valeur ajoutée) avec une spécificité liée à l’appui des opérations spéciales par des frappes aériennes. 

Nul besoin de l'uniforme, en revanche, pour entr'apercevoir la carrure de chef de guerre qui se dégage du lieutenant-colonel. Charles d'Azérat est respecté de ses hommes. Pourtant, ce respect n'était pas gagné d'avance. "Il a fallu le mériter", sourit le militaire.

À chaque mission, je demande l'intercession de saint Michel, et je confie chacun de mes opérateurs à leur ange gardien.

L'armée, pour Charles d'Azérat, n'est pas qu'une carrière. C'est une véritable vocation, nourrie dès le plus jeune âge. Petit, avec ses camarades de jeu et ses cousins, il aime endosser le rôle de guerrier, de soldat. L’histoire de France, peuplée de chevaliers — de Bayard à Roland, en passant par du Guesclin —, celle des rois et de leurs conquêtes, de Napoléon et ses grognards jusqu’aux Poilus des tranchées, nourrit son imaginaire et plus encore son désir profond de servir son pays. "Pour moi, il n'y avait qu'en servant les armes de la France que je pouvais devenir un chevalier des temps modernes. J'ai décidé de devenir militaire en assistant au défilé du 14 juillet à Paris. J'avais 7 ou 8 ans", se remémore-t-il. Son cousin lui fait remarquer, avec un brin d'appréhension, que devenir militaire est un métier bien dangereux. Ce à quoi répond le garçon, plein d'aplomb : "Moi, je commanderai des hommes, et je les mènerai au combat." C'est dit.

Être adoubé par ses hommes, son grand honneur

Cette ambition ne le quitte pas et mûrit au gré des années. Après une préparation scientifique au Prytanée militaire, Charles d'Azérat intègre l'école de l'Air en 2009. Initialement, le jeune homme visait plutôt Saint-Cyr (école des officiers de l'armée de Terre, NDLR). Mais la Providence sait bien où le garçon tout feu tout flamme va pleinement s'accomplir. Quatre ans plus tard en 2013, il intègre le CPA 10, "héritier des premiers parachutistes et premières actions spéciales françaises de l'ère moderne et des commandos de chasse pendant la guerre d'Algérie".

Nous sommes censés être des témoins du Christ partout et tout le temps. Être un bon officier c’est bien, mais ça ne suffit pas. Tout est subordonné à l’espérance du Ciel.

Là, le jeune lieutenant doit faire ses preuves et prouver qu'il est digne de commander ces guerriers parachutistes au caractère plus trempé que l'acier. "Ils avaient tous 15 ans d'ancienneté, fait cinq fois l'Afghanistan... récupérer un jeune officier sans aucune expérience de la guerre, ça ne leur a pas plu. Alors ils m'ont dit droit dans les yeux que je ne serai que leur chef d'apparat", se souvient Charles d'Azérat. "Bien pris", comme on dit dans l'armée. L'officier ne se vexe pas. Au contraire, il jubile. Enfin un défi à la hauteur de son idéal. "Je voulais être chef, mais pour ça, il me fallait être adoubé", résume-t-il. Quoi de mieux pour celui qui, toute sa vie, a choisi d'être guidé par l'exigence de l'idéal chevaleresque ? Il travaille d’arrache-pied à l'entraînement, multiplie les efforts, fait plus que les autres. Progressivement, il est adopté comme "membre de la meute". C'est en 2014 qu'il devient leur chef, en Centrafrique, à l'épreuve du feu. Avec ses hommes, il parvient à prendre l'état-major d'un groupe armé à Bangui, sous un déluge de feu et une fin de combat arme au poing. Une mission périlleuse, et surtout d'une grande violence. "J'avais fait mon baptême du feu. L'objectif était atteint, j'avais mené mes hommes, et je n'en ai perdu aucun", relate Charles d'Azérat.

L'importance de la "base arrière"

Il faut dire que tous étaient sous bonne garde : avant de partir pour prendre d'assaut leur cible, Charles d'Azérat avait demandé la protection de saint Michel, patron des parachutistes. "À chaque mission, je demande son intercession, et je confie chacun de mes opérateurs à leur ange gardien. Pour le moment, je n'ai perdu aucun homme sous mon commandement." La foi n'est pas un mot vague pour le lieutenant-colonel. "C'est central, primordial", confie-t-il. "En mission, quand je n’avais pas la messe, je lisais mes textes à haute voix à ceux qui voulaient les entendre. Au-delà de ça, être chrétien est dans l'attitude et la façon d'être. Notre foi doit être incarnée, en étant un exemple pour les autres", affirme le militaire. "Notre société a rendu la question de la foi domestique. Or, nous sommes censés être des témoins du Christ partout et tout le temps. Me concernant, être un bon officier c’est bien, mais ça ne suffit pas. Tout est subordonné à l’espérance du Ciel."

À Ouagadougou, lors d'une mission de libération d'otages.

Charles d'Azérat parle d'autant mieux de l'espérance du Ciel qu'il côtoie la mort de très près. Avant de partir, il laisse à son épouse, Aude, un certain nombre d'instructions et met en ordre la paperasse administrative : "Je lui facilite la vie pour que, si je meurs, elle n'ait pas à gérer ces détails en plus du chagrin", commente sobrement Charles d'Azérat. Dépouillé de son alliance et de sa médaille de baptême, il part muni de son seul scapulaire. "Je prépare un beau repas, un repas de fête, et j’offre des cadeaux à tous. On sort l’argenterie et on savoure ces instants précieux. C’est important pour moi, comme si c’était le dernier souvenir que je laisserais. On va à la messe et on prend une photo."

La mort, compagne de toutes les missions

Cela pourrait paraître sordide pour beaucoup. Pourtant, lui comme son épouse et ses enfants sont habitués à ce rituel. Depuis le début de sa carrière, la famille d'Azérat assure avec patience et dévouement le rôle de base arrière. Charles d'Azérat ne cache pas son admiration sans faille pour son épouse. "Aude, c’est la gratuité, l’amour à l’état pur. C’est ma grande dame, celle qui détient la noblesse de cœur, la vraie. Chaque jour, elle me pousse à donner le meilleur de moi-même dès le réveil", confie-t-il. "Je n’aurais jamais été aussi bon dans mon métier si je n’avais pas été marié avec elle. Ma vocation première, c’est d’être époux, ensuite père de famille, et enfin militaire. Les Grecs avaient défini un triptyque : corps, âme, esprit. Pour moi, cela se traduit ainsi : foi, famille, patrie."

Des amis morts au combat, blessés, souffrant de choc post-traumatique, viennent lui rappeler à plusieurs reprises que cette vie terrestre n'est qu'un passage. L'officier s'étonne du paradoxe d'une société qui rejette la mort sur le champ de bataille, mais la planifie dans les hôpitaux. "Il y a un vrai manque de résilience face à la violence qui peut pourtant frapper un pays à tout moment. La moindre goutte de sang effraie, mais à côté, on s'apprête à légaliser euthanasie et suicide assisté", déplore-t-il.

Malgré le constat d’une jeunesse souvent perçue comme éloignée du service de la nation, Charles d’Azérat refuse de céder au pessimisme. "Je crois en la capacité de la jeunesse à retrouver le sens du bien commun, le chemin de la morale chrétienne et la recherche permanente de la vérité". Et pour cela, "nous chrétiens, devons montrer l'exemple". Sa conviction profonde se résume dans cette phrase du Christ : "Vous êtes le sel de la terre." (Mt 5,13) Une invitation à la jeunesse à retrouver sa vocation et à devenir, envers et contre tout, la force vive et lumineuse de la société.

Pratique

À cœur ouvert - Récit d'un commando du CPA 10, Charles d’Azérat, Mareuil éditions, 21 euros.
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