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Le Moyen-Orient traverse une nouvelle phase de tensions depuis les bombardements menés dès le 28 février par les États-Unis et Israël en Iran. Au Liban et en Terre sainte, cette escalade aggrave une situation déjà fragile à plusieurs égards, mettant en difficulté les communautés chrétiennes, tant locales qu’internationales.
Au Liban, où les chrétiens représentent environ 40% de la population, la majorité étant des catholiques maronites, les conséquences sont immédiates. L’ambassadeur du Liban en France, Rabih Chaer, a quant à lui évoqué sur France Culture 65.000 déplacés, citant les dernières données du ministère libanais des Affaires sociales. Selon Caritas Liban, 56 villages ont été évacués et 221 frappes aériennes ont été recensées dans des zones comme Baalbek-Hermel, la Bekaa, Nabatiyeh, Saïda et Tyr. L’évacuation des populations du Sud-Liban, particulièrement touché par les échanges de tirs entre le Hezbollah et Israël, a provoqué un afflux vers le nord et vers Beyrouth, saturant les abris existants : sur 191 ouverts, 114 sont déjà complets. Face à cette situation chaotique, Caritas Liban a déclaré l’état d’urgence, activé sa cellule de réponse d’urgence et prévoit l’ouverture de 325 abris supplémentaires.
Les Églises locales jouent un rôle clé. À Tyr, dans le Sud-Liban, l’évêque melkite grec Georges Iskandar explique à l'Aide à l'Église en détresse (AED) que les bâtiments de l’Église servent déjà d’abris. "Les gens sont épuisés, ils craignent pour leurs enfants et leur avenir", souligne-t-il, rappelant le besoin urgent de sécurité, de scolarisation et de conditions de vie dignes. Environ 800 familles chrétiennes de son diocèse pourraient bientôt avoir besoin d'aide si la situation continue de s'aggraver, selon l'AED.

De son côté, l’Œuvre d’Orient qui accompagne les chrétiens d’Orient depuis plus de 170 ans mobilise ses réseaux d’hôpitaux, de dispensaires, d’écoles et d’œuvres sociales pour soutenir toutes les populations fragilisées, sans distinction religieuse. Dans un communiqué du 2 mars, l’association a rappelé la nécessité d’un engagement international pour la paix et la protection des populations civiles, en soulignant le rôle central du soutien matériel et spirituel dans un contexte d’angoisse et d’incertitude. "Dans toute la région, l’aide matérielle s’accompagne d’un soutien spirituel essentiel dans un contexte d’angoisse, d’incertitude et de peur pour l’avenir", assure ainsi l'organisation.
Consternation, incertitude, colère : Vincent Gelot, responsable pays Liban et Syrie pour l'Œuvre d'Orient, ne mâche pas ses mots. "Le niveau de violence est très élevé, avec une dizaine de morts et déplacements forcés de milliers de personnes du sud", confirme-t-il à Aleteia. Parmi les lieux concernés par ces déplacements de populations, le village de Qana, autrefois à majorité chrétienne et à l'histoire biblique importante. "Le Christ est passé par là pour aller à Tyr et à Saïda, qui apparaissent dans les Évangiles. C'est un lieu de vieille chrétienté, foulé par le Christ et ses apôtres, dont l'exode doit interpeller et toucher le cœur des chrétiens à travers le monde". D'autres villages, comme celui d'Alma el-Chaab majoritairement chrétien, refusent l'évacuation : 200 chrétiens et leurs prêtres refusent de quitter les lieux.
Avec son équipe et les partenaires de l'Œuvre d'Orient, Vincent Gelot dit avoir l'impression de "revivre le scénario de l'automne 2024, mais avec une ampleur démultipliée". "Les Libanais, chrétiens ou non, sont épuisés. On sort de six années de crise, ça n'en finit pas."
Incertitude en Terre sainte
En Terre sainte, le niveau d'alerte est toujours à son maximum malgré une diminution des tirs de missiles depuis l'Iran. L’armée israélienne demeure prudente, et affirme que l’Iran dispose encore des capacités de tirer des missiles balistiques. L'état d'urgence est en vigueur, contraignant tous les commerces non essentiels à fermer. Les paroisses ont cessé leurs activités. "La situation est plus difficile qu'au moment de la guerre des douze jours en juin. Jérusalem est beaucoup plus visée même si les tirs sont interceptés", explique à Aleteia Pierre Lecaulle, responsable pays Terre sainte pour l'Œuvre d'Orient, actuellement à Jérusalem. Dans la Ville sainte, les chrétiens comme toute la population se mettent aux abris dès l'alerte donnée.
La situation est plus complexe en Palestine, où il n'existe pas de telles structures pour se protéger. Des débris sont tombés dans les villes de Taybeh, de Bethléem ou de Beit Sahour, sans faire de blessés pour le moment. Mais la situation la plus inquiétante concerne les chrétiens de Galilée du Nord, à la frontière du Liban, très mal protégés devant la menace des roquettes et autres missiles balistiques. "La région d'Haïfa notamment, reçoit aussi bien des tirs de l'Iran que depuis le Liban. Les villages n'ont pas encore été évacués, selon plusieurs prêtres que nous avons en contact, et les habitants n'ont pas le temps de s'abriter", poursuit Pierre Lecaulle. Certains prêtres ont célébré leurs messes seuls, "en visio", pour permettre aux chrétiens de cette région de rester abrités. "Les chrétiens ont le moral, mais ils sont lassés. On ne voit pas trop le bout du tunnel, même si tout le monde s'attendait à cette guerre", confie encore Pierre Lecaulle.
Malgré l'angoisse et l'incertitude des jours à suivre, les chrétiens d'Orient, tout comme ceux qui les accompagnent et les soutiennent, veulent garder ce qui les tient debout la nuit des temps : l'espérance.
Depuis le Liban, le Hezbollah continue de maintenir une pression malgré les représailles israéliennes, et ce en dépit de la décision du Conseil des ministres interdisant au proxy chiite toute activité militaire. Plusieurs espaces aériens de la région ont été fermés temporairement ou partiellement pour des raisons de sécurité, entraînant des annulations et des suspensions massives de vols commerciaux. De nombreuses compagnies aériennes internationales ont ainsi suspendu des liaisons vers et depuis Israël, le Liban, les Émirats arabes unis, le Qatar ou encore l’Arabie saoudite, jusqu'au début de la semaine prochaine, selon les opérateurs.
L'avenir incertain des pèlerinages
En Terre sainte où les pèlerinages reprenaient enfin du souffle après un véritable effondrement consécutif aux attaques du 7 octobre, les organisateurs avancent avec prudence. L’agence Terres de la Bible n’a actuellement aucun groupe sur place ; les derniers sont partis en janvier et février, et un prochain départ est prévu le 7 avril. Aujourd'hui, elle privilégie un scénario dit "réaliste", dans lequel les capacités de riposte iraniennes s’amenuisent, limitant les répliques contre Israël et permettant une réouverture progressive du trafic aérien d’ici trois semaines. "C’est surtout au niveau aérien que cela se joue : nous dépendons des compagnies", explique Anthony Giroud, responsable des pèlerinages, tout en constatant que "les clients, même stressés, gardent raison".
Chez Ictus Voyages, qui a repris les pèlerinages en novembre dernier, une dizaine de groupes sont concernés dans les prochaines semaines. L’agence indique suivre la situation au jour le jour avec ses correspondants locaux et les recommandations du Quai d’Orsay. "Tous les vols ne sont pas suspendus ; cela dépend des compagnies et des destinations. Pour Israël, il n’y a pas d’interruption durable à ce stade", précise-t-elle. Aucune annulation n’est donc actée pour l’instant, même si la situation reste évolutive.
Malgré l'angoisse et l'incertitude des jours à suivre, les chrétiens d'Orient, tout comme ceux qui les accompagnent et les soutiennent, veulent garder ce qui les tient debout depuis la nuit des temps : l'espérance. "Elle ne faiblit pas malgré l'épreuve, assure Pierre Lecaulle. Les chrétiens nous parlent beaucoup de leur foi, de la nécessité de prier, de garder contact entre eux. Il y a aussi une fraternité pour les populations voisines touchées par cette guerre qui frappe. Le désir de communion et d'unité demeure."










