Une année de césure pas comme les autres. Depuis 2015, le système français facilite la pratique de la césure en cours d’études supérieures. L’objectif ? Acquérir de nouvelles compétences grâce à une expérience personnelle, associative ou professionnelle.
Selon une étude du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq) publiée en février 2025, 6% des jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 ont pratiqué une année de césure. Cette dernière permet, avec l’autorisation du chef d’établissement, de suspendre son cursus pendant un semestre ou une année universitaire tout en restant inscrit dans l’établissement d’origine, la place étant garantie au retour. Elle peut consister en un contrat de travail, un service civique, une création d’entreprise, un stage ou encore une activité bénévole... Chez Fidesco, en 2025, sur les 59 volontaires envoyés aux quatre coins du monde, 7 sont ainsi partis dans le cadre d’une césure.
Identifier le bon moment
Jeanne en a fait l’expérience en 2021. Une fois sa licence de mathématiques en poche, elle a demandé à son université, l’Université catholique de l’Ouest (UCO), de partir un an en VSI avec l’ONG de solidarité internationale. Sa demande a été acceptée, sa place en Master réservée et elle a intégré le Master MEEF après un an passé à Pattaya, en Thaïlande. Dans cette station balnéaire connue pour le tourisme sexuel, elle a exercé comme professeur d’allemand auprès de femmes vulnérables. Elle est aujourd’hui, à 25 ans, enseignante dans une classe de CE1-CM2. "Depuis mes 12-13 ans, j’avais envie de partir et de donner un an. J’ai longuement réfléchi au meilleur moment : partir avant ma licence, j’aurais été trop jeune, et il aurait été compliqué de partir après le Master car cela aurait signifié demander une disponibilité sans avoir encore commencé à travailler", explique la jeune femme.

Une analyse partagée par beaucoup d’étudiants. "45% de nos étudiants partent entre la licence et le master", abonde Marie Cousseau, secrétaire générale chez Intercordia, un organisme de formation, partenaire de Fidesco, qui accompagne et valorise une année de césure diplômante (DU de solidarité internationale). "Rares sont ceux qui partent tout de suite après le bac", précise-t-elle.
Jean quant à lui, étudiant à l’Ecole Polytechnique, est parti en mission entre la troisième et la quatrième année. "J’avais depuis longtemps en tête le désir de donner une année, et quand j’ai réalisé que j’allais prolonger mes études en me lançant dans une thèse, je me suis dit : "il faut que je parte maintenant ! C’est maintenant ou jamais !", confie-t-il. Jean a justifié sa demande auprès de son établissement en inscrivant son projet dans un volontariat de solidarité internationale (VSI) avec Fidesco. Dispositif du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le VSI assure de nombreuses garanties : prise en charge des frais de mission, indemnité mensuelle, couverture sociale complète … Jean a été envoyé par Fidesco au sein d’ANAK-Tnk, une association aux Philippines qui accueille et accompagne les enfants des rues à Manille, en tant qu’assistant comptable et responsable informatique.
Une ouverture sur le monde
"Aux Etats-Unis, les jeunes Américains font des "gap years", c’est très courant, l’objectif étant de gagner en maturité", explique Jean Robin, directeur de Fidesco de 2004 à 2014. Selon lui, les césures devraient être davantage mises en avant. "Quand ils rentrent, les jeunes, dans la grande majorité des cas, reviennent bouleversés, non pas qu’ils aient grandement contribué à développer le pays dans lequel ils étaient volontaires, mais parce qu’ils ont fait une expérience humaine très forte, leur regard sur le monde, sur l’étranger, a changé, et cela est très utile aujourd’hui, dans un monde de plus en plus communautariste", souligne Jean Robin. "Dans une université, il y a un univers ! Il y a un vrai enjeu à quitter nos universités et à aller voir au-delà de nos frontières - car- il n’y a d’avenir que dans le partenariat entre les peuples. Plus les jeunes partiront à l’étranger et plus ils seront à même de construire des ponts – et non des murs - entre les peuples", assure l’ancien directeur de Fidesco, aujourd’hui directeur du recrutement international à l'Université Catholique de l'Ouest.
Une maturité dont témoigne également Marie Cousseau. "C’est ce que j’aime dans mon métier ! Voir la différence de maturité entre le premier coup de fil des étudiants et leur retour de mission, c’est extraordinaire, ils ont pris une assurance incroyable, leur regard sur le monde a évolué, ils ont fait l’expérience d’une réalité autre que la leur", souligne la secrétaire générale d’Intercordia. Un autre bienfait, visible dès le retour, réside dans une meilleure connaissance de soi. "Ils se découvrent des capacités qu’ils n’imaginaient pas, mais aussi leurs limites, et cela a une influence sur la suite de leur parcours, cette expérience confirme leur choix de départ ou au contraire les pousse parfois à se réorienter."
Des fruits à long terme
Jeanne témoigne ainsi de la manière dont former et accompagner les femmes en situation de précarité à Pattaya a contribué à changer son regard. "Cette année m’a appris à me détacher de ma manière de voir les choses et de regarder plus haut, plus loin que ce que ma petite personne voyait au premier regard", confie-t-elle. Une manière d’appréhender son prochain qui l’aide encore aujourd’hui en tant que professeur des écoles.
Quant à Jean, il tire de l’expérience de la misère une sacrée leçon : "Quand on côtoie de si près la misère, on arrête de s’apitoyer sur soi, car les enfants des rues, eux, ne s’apitoient pas sur leur sort". Si aujourd’hui, Jean, 30 ans, est ingénieur dans une startup qui développe des produits pharmaceutiques, il n’a pas pour autant mis de côté ses engagements auprès des plus démunis. "A mon retour à Paris, j’avais le désir de m’investir auprès de ceux qui sont dans le besoin, et avec la paroisse, j’ai accompagné des personnes immigrées, je voulais rester dans le concret, dans l’action", confie-t-il.
Ainsi, parfois, suspendre ses études, c’est choisir d’apprendre autrement. À l’heure où beaucoup d’étudiants cherchent du sens à leur parcours, partir en mission pendant son année de césure apparaît moins comme une pause que comme un engagement structurant. Et si, au fond, la vraie question n’était pas "Est-ce le bon moment pour partir ?", mais "Suis-je prêt à me laisser transformer ?"
Pratique :
Pour tout savoir sur la mission, inscrivez-vous à la prochaine rencontre Fidesco en visio, le 31 mars !
En partenariat avec Fidesco









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