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Que faire quand un ado prend trop de risques ?

Que faire quand l’ado prend trop de risques ?
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Anna Ashkova - publié le 03/03/26
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Entre quête de sensations fortes, pression du groupe et besoin d’autonomie, l’adolescence est une période où les limites sont souvent mises à l’épreuve. Comment poser un cadre sécurisant sans étouffer son enfant ni briser sa relation avec lui ?

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Vitesse excessive en scooter, défis sur les réseaux sociaux, mensonges pour aller en soirée, premières cigarettes "pour voir"… À l’adolescence, certains comportements donnent des sueurs froides aux parents. Comment réagir sans briser sa relation avec son enfant ?

Solange d'Regel, médiatrice pour couples et familles, coach parentale et éducatrice en vie affective rappelle d’abord une évidence souvent oubliée : l’adolescence est une période de transformation majeure. "Le cerveau n’atteint sa pleine maturité qu’autour de 20-25 ans. Les fonctions liées à l’anticipation, à la planification et au contrôle des impulsions sont encore en construction", précise-t-elle, ajoutant que "la puberté bouleverse aussi le corps et intensifie les émotions". Résultat : les décisions d’un ado sont plus souvent guidées par son ressenti immédiat que par une réflexion posée.

À cela s’ajoute un besoin d’appartenance extrêmement fort. "Le regard des autres va être important et va beaucoup influencer l’adolescent”. C’est pourquoi, comme le souligne encore Solange d'Regel, "un adolescent seul n’agit pas toujours de la même manière que quand il est en groupe". Sous l’effet de la dynamique collective, la prise de risque peut donc s’amplifier. Tester les limites fait aussi partie du processus : il s’agit de vérifier le cadre transmis par les parents, de s’en éloigner un peu pour mieux construire sa propre identité.

La co-construction d'un cadre

Hélène, mère de Lucas, 15 ans, raconte avoir vécu ce basculement comme une rupture. "Enfant, il était prudent. Et puis, d’un coup, il s’est mis à faire du skate sans protections, à suivre des copains qui séchaient les cours", soupire-t-elle. Face aux prises de risque, certains parents resserrent brutalement les règles. D’autres, découragés, lâchent prise. C’est le cas de Pauline, qui a proposé à sa fille Louise de fumer sa première cigarette avec elle plutôt qu’avec des copains.

Or, l’enjeu n’est pas de choisir entre autorité rigide et permissivité totale. "Le cadre reste indispensable", explique Solange d'Regel, précisant que les trois piliers pour avoir une bonne alliance éducative avec son ado sont justement un cadre ferme et sécurisant ; la reconnaissance car l'ado a besoin d'être valorisé parce qu’il vit une période où l'estime de soi est fragilisée, et puis, le troisième pilier c’est la co-construction. "Ce dernier pilier est souvent oublié par les parents, pourtant, il est très important", insiste la spécialiste, proposant d’associer l’adolescent à l’élaboration des règles. "Cela change profondément la dynamique. Il ne subit plus le cadre mais participe à sa construction".

L’enjeu est d’amener le jeune à réfléchir aux conséquences !

Quand un adolescent prend le bus seul pour la première fois, il ne s’agit pas seulement de dire oui ou non. Il s’agit d’anticiper ensemble : combien de temps dure le trajet, que faire en cas de retard, qui prévenir en cas de problème. "La liberté est réelle, mais elle est pensée et encadrée", note encore Solange d'Regel. De la même manière, une sortie à la plage ou une soirée entre amis peut être autorisée à condition d’échanger en amont sur les horaires, les personnes présentes, la conduite à tenir si le programme change. C’est ce qu’a fait Georges avec son fils Paul de 16 ans : "Nous avons bâti notre relation sur une confiance mutuelle. Quand il sort, je sais avec qui il est et nous avons établi ensemble un couvre-feu qui convient à tout le monde. Si les plans de ses amis changent comme la fois où ils sont partis à la fête foraine et ont finalement décidé d’aller chez un copain, il m’appelle pour me prévenir. On ne se cache rien ! S’il ne se sent pas à l’aise à une fête, il m'envoie un message et je viens le chercher, sans lui mettre la honte devant ses amis, bien sûr."

Ce travail d’anticipation répond à deux besoins différents : rassurer le parent et permettre à l’ado d’avoir une certaine autonomie. "Les parents cherchent avant tout la sécurité et vont donc avoir besoin d'être informés de tout, tandis que l'ado, lui, est à la recherche d'appartenance, il a besoin et envie de s'amuser. Si on ne verbalise pas ses besoins et ses sentiments avec lui, il ne va pas comprendre les règles qu’on lui impose et aura l'impression que le parent est là pour l'embêter. C’est pourquoi la co-construction est si importante !", explique Solange d'Regel. Ainsi, lorsque ces besoins sont exprimés clairement, la règle n’apparaît plus comme une contrainte arbitraire, mais comme un compromis.

Transformer la "situation bombe" en "situation cadeau"

Geoffroy, père de Claire, 17 ans, se souvient du soir où il a découvert que sa fille n’était pas chez l’amie prévue, mais à une fête. "J’ai explosé. Pour moi, c’était un mensonge inacceptable." La sanction est tombée immédiatement : plus de sorties pendant six mois ! Pour X, ces situations doivent être des occasions précieuses pour discuter avec son ado. "Maëlle Challan Belval parle de question bombe qu'on transforme en question cadeau, moi je transforme ça, situation bombe, en situation cadeau. Une bêtise peut devenir un levier d’apprentissage si elle est accompagnée d’un dialogue", sourit-elle, invitant les parents à interroger l’enfant sur ses sentiments et pensés au moment de la transgression des règles. Selon la spécialiste, la sanction doit avoir lieu uniquement après cette phase de compréhension. Sans cela, le risque est d’abîmer sa relation avec son ado. 

mom makes peace with daughter

L’adolescence est aussi l’âge des premières expérimentations notamment autour de la drogue et de l’alcool, même si les chiffres récents montrent une évolution plutôt encourageante. Selon la dernière enquête de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), publiée le 25 février, 7,7% des collégiens et 30,6% des lycéens déclarent avoir déjà fumé, mais le tabagisme quotidien ne concerne plus que 0,9% des collégiens et 5,6% des lycéens. L’expérimentation du cannabis est également en baisse, autour de 16% des adolescents interrogés. L’alcool, en revanche, reste largement répandu : environ un collégien sur deux et près de sept lycéens sur dix disent en avoir déjà consommé. Si ces données montrent que certaines conduites à risque diminuent, elles demeurent bien présentes et méritent d’être abordées par les parents. "L’enjeu est d’amener le jeune à réfléchir aux conséquences", déclare Solange d'Regel, qui ajoute que cette réflexion vaut aussi pour les questions de consentement. "Un consentement libre et éclairé suppose l’absence de pression et une conscience claire des conséquences de ses actes", précise-t-elle. Les faits divers ou l’actualité peuvent également servir de point d’appui pour ouvrir ces discussions sans viser directement son propre enfant. "Parler d’une situation extérieure permet parfois d’aborder des sujets sensibles plus sereinement", précise encore Solange d'Regel.

Toutes les conduites à risque ne sont pas alarmantes. Elles participent même à la construction de l’autonomie. En revanche, lorsque la mise en danger est répétée, que les conduites addictives s’installent, que l’isolement s’accentue ou que l’humeur change brutalement, il est important de consulter un spécialiste. 

Ainsi, la prise de risque fait partie du chemin vers l’âge adulte. Elle permet de se différencier, d’explorer, d’apprendre. Le rôle du parent n’est donc pas de supprimer tout danger, mais d’accompagner, de contenir et surtout de dialoguer avec son ado. Écouter ne signifie pas céder, tout comme poser des limites ne signifie pas briser la confiance. C’est dans cet équilibre, parfois fragile mais essentiel, que se construit peu à peu une autonomie solide et responsable.

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