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Guerre en Iran : vers un remodelage complet du Moyen-Orient

Téhéran (Iran), 3 mars 2026.

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Jean-Baptiste Noé - publié le 03/03/26
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En frappant massivement l’Iran, Israël et les États-Unis poursuivent le remodelage du Moyen-Orient en cours depuis l’attaque du 7 octobre 2023, analyse le géopolitologue Jean-Baptiste Noé. Privé de ses alliés, l’Iran est de plus en plus isolé.

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L’armada américaine convoquée dans le Golfe est entrée en action ce samedi 28 février. L’attaque, soudaine et coordonnée avec Israël a d’abord frappé les dirigeants iraniens, décapitant l’État : l’ayatollah Ali Khamenei, mais aussi de nombreux officiers généraux, ministres et chefs de service ont été tués, prouvant à quel point l’Iran est infiltré par le Mossad et la CIA, qui ont été capables de trouver et de transmettre un renseignement humain et technique précieux. Donald Trump a prévu au moins "quatre semaines de guerre", mais on sait ce qu’il en est des promesses de guerre courte. L’attaque contre l’Iran est un moment de plus dans la grande recomposition du Moyen-Orient, ouverte par l’attaque du 7 octobre 2023.

L’Iran et les autres

Depuis cette date et l’attaque subie, Israël est en guerre existentielle contre le Hamas et le Hezbollah, très largement détruits, sans être éradiqué, notamment dans la bande de Gaza. La Syrie de Bachar el-Assad, alliée de l’Iran, est tombée et, au Yémen, les Houthis, bras armés de l’Iran en mer Rouge, sont attaqués et contenus par l’Arabie saoudite. 

Si c’est Israël qui attaque, cela se fait avec l’assentiment des pays arabes de la région —Arabie saoudite, pays du Golfe, Irak —qui voient dans l’Iran un danger permanent pour la stabilité et donc la prospérité du Moyen-Orient. Les pays du Golfe sont engagés dans un développement économique de grande envergure, dont les hydrocarbures ne sont que l’un des piliers. Le Dubaï réel est très loin de la caricature donnée par quelques influenceurs. C’est une ville industrielle, qui comporte des chantiers navals majeurs, une plateforme entre l’Asie et l’Europe, un lieu d’échanges économiques et financiers. 

Projets de développement

Les pays du Golfe vivent aussi du tourisme, notamment à Oman, où les richesses naturelles sont mises en valeur et où se développe l’hôtellerie de luxe ; c’est aussi le cas en Arabie saoudite et aux Émirats, avec des pôles de tourisme culturel (Louvre, musée Gougenheim) et des sorties nature dans le désert. Ces pays veulent quitter les haillons pour les millions ; ils veulent offrir à leur population un développement économique et un mode de vie occidental. Les projets iraniens de développement de l’arme nucléaire, l’épée de Damoclès de la guerre perpétuelle, le soutien apporté par l’Iran aux organisations terroristes et aux guérillas gênent particulièrement les pays arabes dans leurs projets de développement. 

La stratégie iranienne du chaos

Or, en choisissant la stratégie du chaos, qui consiste à bombarder les aéroports de Dubaï et d’Abou Dhabi, les terminaux de gaz et de pétrole, à bloquer les flux du détroit d’Ormuz, l’Iran s’attaque directement à ses voisins arabes, et pas seulement à Israël et aux États-Unis. Ce qui accélère son isolement et le soutien, même tacite, apporté par les Arabes à Washington et à Tel-Aviv. D’autant que, pour eux, la "cause palestinienne" n’est absolument pas un sujet. 

Sans adhérer en totalité à la politique de Benjamin Netanyahou, les pays arabes de la région ne sont donc nullement mécontents d’être débarrassés de la menace iranienne. Et donc de soutenir le remodelage en cours. 

Iran : un changement impossible

Il n’y aura pas de changement de régime en Iran. Ce sont les militaires qui tiennent le pays, notamment les Gardiens de la Révolution, pas l’ayatollah "guide suprême", qui n’est qu’une figure visible. Aucun changement de régime ne peut se faire par des bombardements. Quant à la diaspora iranienne, si elle souhaite un autre Iran, il est bien évident que ce n’est pas en manifestant à Paris ou à Londres que l’on peut prendre le pouvoir à Téhéran. Pour prendre le pouvoir, il faut une organisation armée et structurée et tenir le terrain. Ce qui n’est nullement le cas de la diaspora. Mais ce qui pourrait être le cas des Kurdes, des Baloutches ou des Azéris, non pour prendre le contrôle de l’Iran, mais pour dépecer le pays et gagner en autonomie. Or de cet éclatement iranien, aucun pays de la zone ne veut. Le plus probable est donc la mise en place de nouveaux dirigeants, qui acceptent de s’entendre avec les États-Unis et qui renoncent définitivement à l’arme nucléaire, en donnant des garanties de ce désarmement. Cela satisferait à la fois les États-Unis et les pays arabes, ainsi que la Chine et l’Inde, principaux acheteurs du pétrole qui passe par Ormuz, et donc directement concernés par cette guerre. Si un tel accord était trouvé, ce serait un remodelage de plus dans la région.

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