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[REPORTAGE] Sur le chantier du Jugement dernier dans la Chapelle Sixtine

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Camille Dalmas - publié le 02/03/26
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Un impressionnant chantier de restauration est actuellement en cours sur le Jugement dernier dans la chapelle Sixtine. Aleteia a eu l’occasion unique de grimper dans l'échafaudage pour contempler le chef-d’œuvre de Michel-Ange.

Ce samedi matin, les Musées du Vatican sont tirés de leur sommeil par quelques journalistes accrédités, accueillis avant l'arrivée des visiteurs par le silence sacré de la chapelle Sixtine. Le crépitement des premiers obturateurs rompt vite le calme, au grand dam d'une employée qui maugrée en tirant son chariot. Elle n'a pas eu le temps d'achever le nettoyage du pavement cosmatesque ; un tapis colorés de marbres à la splendeur presque dédaignée, tant les regards sont irrésistiblement aimantés vers le haut, par les merveilles de Michel-Ange et de ses brillants confrères du XVIe siècle. Au fond de la chapelle, engloutissant l'autel, un échafaudage impressionnant, haut de six étages, a été dressé pour procéder à la restauration de la fresque du Jugement dernier. L'installation est recouverte d'une toile reproduisant en haute définition l'image de la fresque, qui laisse entrevoir la solide structure métallique où s'activent, depuis de début du mois de février, une dizaine d'employés du département de restauration des Musées du Vatican.

Foto digitale
Chapelle Sixtine, Jugement dernier, l’échafaudage avec la couverture qui reproduit la fresque.

Derrière la porte du chantier, une fois endossé un casque de sécurité obligatoire, on peut gravir quelques marches et découvrir le chef d'œuvre de Michel-Ange à portée de main. Mètre par mètre, au fil des étages, surgissent les corps convulsés des damnés et des monstres des enfers, puis, peu à peu, un entrelacs d'hommes et femmes dont la chair dénudée oscille entre la chute et la rédemption ; plus haut, des représentations de vertus antiques et chrétiennes, des sages, des saints, des anges.

Chapelle Sixtine, Jugement universel, détail du groupe autour de Minos : visibles les essais d’élimination de la patine blanchâtre et la récupération du clair-obscur original.

Et enfin au sixième étage, la figure auréolée du Christ ressuscité qui domine toute la fresque, et qui révèle quelques secrets habituellement invisibles, notamment de fins stigmates aux mains et au côté. Au dernier étage, l'échafaudage s'arrête à quelques mètres de la voûte de la chapelle, autre chef d'œuvre de Buonarotti, peint quelques années avant le Jugement Dernier. Indiquant la paroi, Fabrizio Biferali, conservateur du département d'art des XVe et XVIe siècles des Musées du Vatican, explique pourquoi cet impressionnant chantier – financé par des grands donateurs américains – a été lancé. Une légère pellicule blanche de "lactate de calcium" - une matière organique issue de substances que l'être humain relâche en transpirant - recouvre l'ensemble de la fresque.

Chapelle Sixtine, Jugement universel, détail du Christ pendant l’enlèvement des dépôts superficiels.

Le coupable : le flux de millions de visiteurs qui viennent admirer la chapelle depuis des années – 25.000 visiteurs par jour, indique Barbara Jatta, directrice des Musées. Huit heures sonnent et des centaines d'entre eux, venant de pays du monde entier, commencent à défiler en bas. Pendant les travaux, leur nombre est strictement contrôlé par les Musées, soucieux de laisser leurs employés travailler dans une atmosphère sereine et sûre. Le chantier en cours n'est pas une première, mais il n'a "rien à voir" avec le précédent, réalisé dans les années 1980-1990 pour restaurer l'ensemble de la chapelle Sixtine, souligne Paolo Violini, responsable du laboratoire de restauration des peintures des Musées du Vatican. Sur la paroi, quelques carrés noircis ont été conservés pour rappeler l'ampleur de l'opération réalisée à l'époque. La salle du conclave des papes avait retrouvé toutes ses couleurs, mais au prix des quelques polémiques qui avaient agité le petit monde de la restauration, certains jugeant l'intervention excessive. Cette fois-ci, la méthode employée par les équipes des Musées ne devrait pas faire débat. Elle consiste à l'aplat délicat d'un petit carré de feuille de papier japonais, presque transparent, sur la fresque, puis au passage tout aussi prudent d'un pinceau imbibée d'eau déminéralisée. En quelques minutes, le papier absorbe alors la patine blanchâtre, et est retiré. L'opération a déjà été réalisée sur une grande partie de la paroi et devrait être terminée dans un mois, pour le lancement de la Semaine sainte. "C'est un chantier moins lourd que d'autres, mais toutefois nécessaire pour préserver le Jugement dernier", assure Fabrizio Biferali, qui se dit honoré d'inscrire ce petit geste dans l'histoire de la peinture et de la restauration. "Et puis quelle émotion d'avoir le temps de voir cette œuvre de si près... Nous savons que nous avons le plus bureau du monde !", confie-t-il, littéralement comme métaphoriquement aux anges.

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