Quand la guerre éclate à nouveau, que faire ? Si nous ne pouvons influer directement pour la paix dans le monde, suggère notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, nous pouvons créer des lieux de paix autour de nous, à proximité.
Regardons un tableau pointilliste de près, à quelques centimètres de la toile. Il n’a aucun sens, des points de couleurs, les uns à côté des autres, cela n’a pas de sens. Reculons pas à pas et une image, un paysage, une scène de la vie se révèle à nos yeux. Nous sommes aujourd’hui dans la situation de celui qui regarde le monde selon ce tableau pointilliste et c’est une œuvre inquiétante. Pire, l’image que nous avons est terrifiante, sidérante. Nous ne pouvions penser que des attaques au couteau se multiplieraient, que l’antisémitisme actif reverrait le jour, que des politiques inciteraient à la haine, à la violence, sans compassion pour des victimes qui ne sont pas dans leur camp.
La consommation qui tue
Nous n’aurions jamais imaginé une guerre en Ukraine aussi longue, l’horreur du 7 octobre et l’horreur des représailles. Et voici que nous nous sommes réveillés samedi 28 février au son des explosions de bombes et de missiles sur l’Iran, et depuis en Israël et dans les pays du golfe. Que d’angoisses nouvelles subies dans nos villes, dans nos bourgs, dans nos campagnes !
C’est la consommation qui pollue nos esprits nos intelligences et nos âmes. Il est temps de hiérarchiser les priorités.
Beaucoup a été dit et je ne commenterai pas cette actualité changeante, mais deux constantes sont à prendre en compte pour limiter les peurs et reprendre courage et sérénité. La première réalité est le pouvoir de l’argent. Si l’Iran n’avait pas de ressources énergétiques, le monde se moquerait de son sort, et peu importe si des mollahs furieux imposent une loi sanguinaire à leur peuple sous le joug ! Mais l’économie du monde repose sur l’énergie. Pour pouvoir consommer, il faut du pétrole et du gaz, quoi qu’en disent les écologistes bien-pensants, et c’est la consommation effrénée qui tue lors des guerres, aliène les esprits et renverse les priorités. C’est la consommation qui pollue nos esprits nos intelligences et nos âmes. Il est temps de hiérarchiser les priorités.
Parties prenantes
La deuxième réalité se regarde comme notre tableau pointilliste. Nous sommes ce point dans la grande représentation du monde et nous avons autant d’importance que les autres points de couleurs. Nous sommes partie prenante de la réalité mondiale. À partir de ce constat, que faire ? Prier pour la paix dans le monde, oui, prier plus, plus souvent, plus densément comme d’humbles femmes nous ont encouragé à le faire en temps de guerre : Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous. Nous pouvons, nous devons aussi agir. Le petit point que nous représentons est entouré d’autres points de couleurs de formes différentes : ce sont nos familles, nos amis, nos collègues de bureau ou d’atelier, nos partenaires d’association ou de paroisse. Il existe aussi des points voisins que l’on ne connaît pas, parce qu’ils ne sont pas dans notre cercle ou parce que l’on s’en méfie : ils n’ont pas nos convictions, notre culture. La métaphore pointilliste montre une toile ouverte, pas de citadelle, tous les points sont liés, quelles que soient les différences subtiles que le peintre a données.
Une solution pour sauver le monde
Nos relations avec les autres sont parfois simples et agréables, tendues aussi selon les circonstances. Faire la paix avec les petits points qui nous entourent, tous, entretenir des relations saines et dépasser les petits conflits sans importance, voilà un terrain de sérénité. Si nous ne pouvons influer directement pour la paix dans le monde, nous pouvons créer des lieux de paix autour de nous, à proximité.
Et c’est en réalité une solution pour sauver le monde. Si tous les petits points vivaient en harmonie, nous pourrions nous reculer pour admirer le tableau, il aurait repris des couleurs tendres et harmonieuses, il aurait cette faculté des grandes œuvres de créer le beau intemporel. Un peu naïf, me direz-vous ? Oui, certainement, mais après tout n’est-ce pas ce que nous lisons et méditons dans l’Évangile : "Laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis tu reviendras présenter ton offrande" (Mt 5, 23).












