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Le talisman de Charlemagne, la relique qui traversa les empires

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Encolpion dit talisman de Charlemagne

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Caroline Becker - publié le 01/03/26
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Joyau mystique du IXe siècle, le talisman dit de Charlemagne — conservé aujourd’hui au Palais du Tau de Reims — est un reliquaire d’or abritant un fragment de la Vraie Croix. Objet de foi autant que de pouvoir, Aleteia revient sur l’incroyable épopée de ce bijou chargé de légendes, que l’on dit avoir été retrouvé autour du cou de l’empereur.

On raconte qu’en 1166, lorsque le tombeau de Charlemagne est ouvert à Aix-la-Chapelle par l’empereur Frédéric Barberousse, un éclat bleu perce la pénombre. Au cou du souverain reposerait un bijou : un pendentif d’or, rond et bombé, suspendu à une chaîne. La scène a la puissance d’une fresque médiévale. Le fondateur de l’Empire chrétien aurait conservé contre sa poitrine un talisman sacré.

Mais l’histoire, plus prudente, avance à pas mesurés. Aucun texte contemporain de Charlemagne — pas même la Vita Karoli Magni d’Éginhard — ne mentionne explicitement un tel objet. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que le reliquaire que nous appelons aujourd’hui "talisman de Charlemagne" est bien une œuvre carolingienne du IXe siècle.

Selon une tradition ancienne, il aurait été offert à Charlemagne par le calife Haroun ar-Rachid lors d’une ambassade en 801. Il s’inscrirait dans un ensemble diplomatique prestigieux comprenant notamment les clés du Saint-Sépulcre, le drapeau de Jérusalem, un cor de chasse en ivoire et un sabre. Le reliquaire aurait ensuite été conservé dans le trésor d’Aix-la-Chapelle, mais cette hypothèse demeure incertaine. Les sources n’évoquent qu’à partir du XIIe siècle un médaillon renfermant des cheveux de la Vierge et l’association explicite de l’objet à Charlemagne n’apparaît qu’au début du XVIIe siècle.

Un reliquaire plus qu’un talisman

Le mot "talisman" évoque la magie, la protection secrète, la victoire garantie. Pourtant, l’objet conservé aujourd’hui à Reims est d’abord un reliquaire portatif — un encolion. Mesurant à peine sept centimètres, ce bijou d’or repoussé, orné de grenats et d’émeraudes, présente deux faces bombées. Sur l’une, un cabochon de verre — issu d’une substitution datant probablement du XIXe siècle — laissant deviner une petite croix formée de fragments issus de la Vraie Croix. Sur l’autre, un saphir monumental d’un bleu gris profond, entouré de pierres précieuses venues de l’Inde ou du Sri Lanka.

Rien ici d’un gri-gri païen. Tout parle, au contraire, le langage théologique du Moyen Âge. Porter sur soi une relique, c’est porter une mémoire vivante : celle de la Passion du Christ. Dans la conception du pouvoir à l’époque carolingienne, l’empereur est défenseur de la foi. Il ne gouverne pas seul : il règne sous le regard du Christ. Porter une relique de la Croix au cou, c’est accepter que l’autorité humaine demeure soumise à la royauté divine. Et si l’on a voulu imaginer Charlemagne enseveli avec ce reliquaire, c’est peut-être parce qu’un empire né sous le signe de la Croix ne pouvait s’en séparer, même dans la mort.

De l’Empire carolingien à l’Empire napoléonien

Après plusieurs siècles d’ombre, l’histoire du talisman devient plus lisible au début du XIXe siècle, lorsque l’objet commence à circuler de main en main. À cette époque, Aix-la-Chapelle est intégrée au territoire français. Un nouvel empereur cherche alors à inscrire son règne dans la continuité des grandes figures du passé. Admirateur de Charlemagne, qu’il érige en modèle d’unité et de grandeur, Napoléon Bonaparte s’inscrit dans cet héritage. En 1804, quelques mois avant son sacre à Notre-Dame de Paris, le reliquaire est offert par l’évêque d’Aix-la-Chapelle à l’impératrice Joséphine de Beauharnais, lors d’une procession solennelle célébrant le retour des reliques restituées après la Révolution.

Après la mort de Joséphine, l’objet est transmis à sa fille Hortense de Beauharnais puis à son petit-fils Napoléon III. Le reliquaire quitte alors les trésors d’église pour les coffrets impériaux. Il traverse les salons, les exils et les bouleversements politiques. De signe spirituel, il devient emblème dynastique.

De l’exil à la transmission

Après la chute du Second Empire en 1870, l’impératrice Eugénie de Montijo part en exil en Angleterre, emportant avec elle le précieux talisman. En 1914, la Première Guerre mondiale frappe la France. La cathédrale Notre-Dame de Reims est bombardée ; le symbole du sacre des rois s’embrase sous les obus. Profondément marquée, Eugénie décide alors d’offrir le reliquaire à la cathédrale meurtrie. Le geste est fort : le bijou impérial retourne à l’Église et redevient pleinement une relique.

Aujourd’hui, le talisman repose à quelques pas de la cathédrale, au Palais du Tau. Son long voyage semble trouver ici son accomplissement. De la chapelle palatine d’Aix aux sacres rémois, l’objet relie deux mémoires de la royauté chrétienne et traverse, intact, plus d’un millénaire d’histoire.

Pratique

Le talisman de Charlemagne pourra être admiré par le grand public à l'occasion de la réouverture du Palais du Tau à l'hiver 2026/2027, qui présentera un parcours de visite consacré au sacre des souverains français.
Adresse : 2 Place du Cardinal Luçon, à Reims.
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