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Que reste-t-il donc aujourd’hui de l’esprit de résistance ?

6 min de lecture
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Crédit : Aleteia

Michel Cool.

Dans le film "Les Enfants de la Résistance", c’est l’esprit d’enfance qui fait preuve de courage et de justice, là où les adultes se laissent gagner par la lassitude. La résistance n’est pas l’apanage des héros, rappelle l’écrivain Michel Cool, mais l’affaire de tous.

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Le film de Christophe Barratier, Les Enfants de la Résistance, actuellement sur les écrans, nous tend un miroir. Celui d’une France où en 1940, trois enfants, François, Eusèbe et Lisa, incarnent le courage ordinaire, la lutte contre la passivité, et la solidarité avec les opprimés. Ces valeurs ont, hier, sauvé l’honneur de notre pays vaincu, occupé et persécuté. Aujourd’hui, ces mêmes valeurs, que sont-elles devenues ? Elles semblent a priori se dissoudre dans un pays classé parmi les plus pessimistes au monde, où la démocratie tremble sous les coups de boutoir de forces politiques confondant radicalité et virulence, et où le soutien populaire à l’Ukraine, symbole depuis quatre ans de la résistance armée contre un envahisseur menaçant l'Europe, s’effrite sous le poids de la lassitude. Que reste-t-il donc aujourd'hui de l’esprit de résistance exalté par ce long métrage adapté d'une BD best-seller en Belgique et en France ?

Résistants de l’âge tendre

Les trois adolescents du film ne témoignent pas d'un courage héroïque, mais d'une obstination déterminée par un sens aigu de la justice. Ils agissent malgré la trouille ambiante, parce qu'ils sont dirigés par ce qu'ils croient juste. Après avoir réussi un premier sabotage, ils progressent en faisant croire à l’existence d’un réseau clandestin bien organisé portant le nom évocateur de "Lynx". But de leur stratagème ? Inciter les habitants de leur village à quitter leur défaitisme face à l’occupant nazi. Ces résistants de l'âge tendre sont sortis de l'imagination du réalisateur. Mais ils lui ont été inspirés par des personnages vrais : sous l'Occupation, des mineurs ont réellement défié l'occupant, en y sacrifiant même leur vie. 

En 2026, ce courage ordinaire serait-il en perte de vitesse ? Deux Français sur trois se déclaraient pessimistes au début de l'année, et plus de huit sur dix s'inquiétaient de l'avenir du pays. Selon ces enquêtes d'opinion, qui alimentent le fonds de commerce des « oiseaux de mauvais augure » décriés jadis par le pape Jean XXIII, le courage se mesurerait aujourd'hui moins à l’aune de l’action qu’à celle du fatalisme.

Solidarité avec les opprimés

Le film de Barratier oppose la résistance des enfants à la résignation veule des adultes. Cette apologie de l'esprit d'enfance en actes fait penser à ce mot bouleversant de Georges Bernanos : "Ma certitude profonde est que la part du monde encore susceptible de rachat n'appartient qu'aux enfants, aux héros et aux martyrs." En 2026, ce type d'engagement existe encore et c'est là une immense raison d'espérer. Mais il est aussi souvent détourné à des fins plus obscures. La France se déchire entre deux extrêmes : d’un côté, une gauche de rupture qui appelle à la stratégie du conflit permanent et à un communautarisme entaché d'antisémitisme ; de l’autre, une droite nationaliste et populiste qui instrumentalise la peur de l’immigration et de l’insécurité. Résultat de cette bipolarisation fracassante : la violence politique devient banale. Les manifestations dégénèrent, les discours de haine se multiplient, et le dialogue démocratique s’efface devant "la force brute" du verbe ou du coup de poing.

La solidarité avec les opprimés, victimes de la barbarie, est fortement mise en scène dans Les Enfants de la Résistance. André Malraux, l'écrivain, le résistant et le ministre de la Culture dont on célèbrera, en novembre prochain, le 50e anniversaire de la mort, disait : "La France n'a jamais été plus grande que lorsqu'elle parlait pour tous les hommes." Cette citation aurait pu servir de légende aux images du film montrant les enfants organisant l'évasion d'un prisonnier d'origine africaine. Qu'est-il devenu cet idéal d'une France grande pour les autres ? Après quatre ans de guerre, la solidarité des Français avec l'Ukraine, victime de l'invasion russe, passerait pour la première fois sous la barre des 50% indiquait un récent sondage. Non par adhésion à Vladimir Poutine, mais plutôt par "lassitude". Comme si la France, épuisée, renonçait devant l’Histoire. Pourtant, deux tiers des sondés refusent que l’Union européenne "baisse les bras", surtout après le lâchage de l'Ukraine par les États-Unis : un paradoxe qui révèle une tension entre l’aspiration à la justice et le reflux de l’engagement.

L’affaire de tous

Avec ce film, Christophe Barratier insiste sur la transmission comme acte de résistance. Or, en 2026, la France semble ne plus savoir bien comment transmettre son histoire. Les programmes scolaires sont diversement appréciés, voire contestés. La mémoire de la Seconde Guerre mondiale s’estompe avec la disparition des derniers témoins, et les jeunes générations se voient hériter d’un pays qui se déchire sur son passé colonial, sur la Révolution ou encore sur ses racines judéo-chrétiennes. Alors que la guerre semble s'installer durablement sur le continent européen, l’idée de sacrifice pour défendre la liberté est devenu impensable après 80 ans de paix et de confort. On se souvient de l'émotion provoquée par le général Fabien Mandon, chef d'état-major des Armées, quand il avait évoqué « la force d'âme » dont il faut savoir faire preuve dans les moments difficiles ...

Pour autant, les valeurs représentées dans Les Enfants de la Résistance ne sont pas mortes. Elles sont étouffées par le pessimisme, la virulence et l'amnésie ambiants. Elles résistent là où on ne les entend et où on ne les voit pas : dans la vie associative, les initiatives locales, les gestes de solidarité quotidienne, etc. Le film nous rappelle cette vérité simple et rassurante : la résistance n’est pas l’apanage des héros, mais l’affaire de tous. Demandons-nous alors si, comme François, Eusèbe et Lisa, nous ne sommes pas tous des résistants qui s’ignorent ? "La résistance c'est un état d'esprit", déclare Christophe Barratier. Il n'est jamais trop tard pour changer l'état d'esprit d'un pays qui se complait à broyer du noir. Comment ? Peut-être, en commençant nous-mêmes à changer le nôtre. C'est une question de lucidité et de volonté. Et pour un chrétien, c'est un devoir d'espérance.

Pratique

Les Enfants de la Résistance, film de Christophe Barratier, février 2026, actuellement en salles.