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Que faire contre le démon de la bougeotte ? La réponse des Pères du Désert

5 min de lecture
Que faire contre le démon de la bougeotte ?

Crédit : Shutterstock

Que nous disent les Pères du Désert pour guider notre vie spirituelle, dans les circonstances très concrètes de notre vie ? Quand le démon de la bougeotte nous empêche de prendre une décision et de nous y tenir, que faire… ou ne pas faire ? Se retirer dans sa chambre pour prendre le temps de prier et de réfléchir, tel est le conseil de ce moine du désert à son jeune frère.

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Je ne vous dirai pas son nom, car le moine dont nous parle l’extrait n. 278 des Apophtegmes est resté anonyme. Nous savons tout juste que l’aventure se déroule dans un désert qu’on appelle "Les Cellules" (Kellia), à 60 km au sud d’Alexandrie, à l’ouest du Delta du Nil. Le site commence à se peupler d’ermites du vivant de saint Antoine au IVe siècle. 

Le moine en question est particulièrement vulnérable à l’instabilité. Il faut dire que le monachisme égyptien de cette époque présentait un modèle où rien n’était fixé à l’avance, où n’existaient encore ni règle fixe, ni emploi du temps programmé. Avec la seule consigne de "prier sans cesse", les premiers moines pouvaient rester des jours et des jours dans leur cellule et mener leur vie à leur guise, sans qu’on les aperçoive à autre chose qu’à la célébration du dimanche ; mais ils pouvaient aussi se déplacer, rendre visite à un ancien ou encore travailler à une tâche qui occupait leurs mains sans réclamer trop d’attention (la confection des nattes, par exemple). 

Arrivera-t-il jamais à destination ?

Cette grande liberté présentait aussi des risques, et l’on voit que notre moine a bien failli s’y perdre :

"Aux Cellules, un frère fit tremper des branches de palmier, puis s’assit pour faire des cordes ; ses pensées lui suggérèrent alors d'aller chez l'un des anciens pour le visiter. Là-dessus, il se mit à réfléchir : “J'irai dans quelques jours.” Une seconde fois, il se mit à penser : “Mais si je dois mourir d'ici-là, que faut-il faire ? Je vais lui parler tout de suite, à cause des chaleurs.” Il se reprit : “Non, ce n'est pas le moment maintenant ; lorsque tu auras coupé le jonc pour les nattes, ce sera le moment.” Il se dit encore : “Allons, j'étends ces palmes et j'y vais.” Puis il se ravisa : “Mais il fait bon, aujourd'hui !” Et il se leva, laissa les palmes dans l'eau, prit sa mélote [peau de brebis, Ndlr] et partit."

Ce qui se présente au frère, c’est d’abord le souci de son âme (visiter un grand ancien pour faire le point avec lui), à moins que ce ne soit de la curiosité. Il se met donc en route, mais voilà qu’il hésite : il va remettre le projet à plus tard, sans doute parce qu’il se sent fatigué et qu’il veut prendre un peu de repos. Puis il revient à sa première idée, avec la crainte de la mort qui pourrait le surprendre sans qu’il se soit ouvert de ses péchés auprès de l’ancien. Ce qui l’arrête encore, c’est une petite opportunité qui se présente et qu’il pense pouvoir régler rapidement avant de partir : couper les joncs pour les nattes. Comme c’est sans doute plus compliqué que ce qu’il ne le prévoyait, il veut s’en tenir à étendre les palmes. Mais il ne va pas partir, car il sent que les chaleurs ont baissé. Il va se donner un moment de bon temps et il se rhabille. Arrivera-t-il jamais à destination ?

Où trouver la paix

Un autre ancien qui habite à proximité va lui remettre un peu de plomb dans la tête. Il l’arrête dans sa course et l’invite à retourner dans sa cellule : "Il avait pour voisin de cellule un ancien qui lisait dans les cœurs ; lorsque cet ancien le vit partir à fond de train, il lui cria : “Prisonnier, prisonnier, où cours-tu ? Viens ici, près de moi.”" Quand il fut arrivé, l'ancien lui dit : "Retourne dans ta cellule." Le frère lui raconta alors les fluctuations qu'il avait subi dans ses pensées, puis retourna à sa cellule. Il y entra et se prosterna en faisant une métanie [geste de pénitence, Ndlr]. 

Après avoir raconté ses hésitations, ses résolutions non suivies d’effets, bref toute la pagaille qui règne dans son cœur, notre moine comprend qu’il n’avait pas à chercher bien loin la paix : il avait sa cellule, lieu de l’intériorité et de l’union à Dieu et il a même un père spirituel à sa porte !

La défaite des démons

C’est alors que les démons signent leur défaite en faisant leur numéro habituel, avant de partir : "Il se relevait, quand les démons se mirent soudain à pousser de grands cris : “Tu nous a vaincus, moine, tu nous a vaincus.” La natte sur laquelle il s'était prosterné parut prendre feu, et les démons s'évanouirent en fumée : c'est ainsi que le frère apprit à connaître leurs tours" (Apophtegmes, n. 278).

Prenons-en de la graine : commençons par prier et par réfléchir avant d’agir !