Si le post-partum est accompagné de la joie de découvrir son enfant, il reste souvent une période ambivalente et chargée de de difficultés. "Les suites de couches sont très peu évoquées alors que c’est le moment le plus compliqué à surmonter par la maman", affirme auprès d'Aleteia Anna Roy, sage-femme et intervenante dans l’émission La Maison des maternelles (France 2). Saignements, hémorroïdes ou fuites urinaires… Autant de maux désagréables qui suivent un accouchement et durent environ six à huit semaines. "La jeune maman doit se faire aider par un entourage bienveillant, poursuit la sage-femme. Elle a besoin d’être protégée et ne doit pas être sollicitée par autre chose que son bébé".
Dans de nombreuses cultures d’Asie et d’Afrique, ce soutien est inscrit dans le rituel du mois d’or : quarante jours durant lesquels la mère se repose, récupère et crée du lien avec son bébé, pendant que sa famille prend soin d’elle. Longtemps perçu comme une tradition lointaine, il se réinvente et prend aujourd'hui diverses formes : un congé paternité prolongé, une organisation familiale anticipée ou des petits gestes tendres au quotidien. L’objectif étant de prendre soin de la mère tant physiquement que socialement et émotionnellement.
Le rôle essentiel des pères
Pendant cette période particulière, la présence du père peut transformer l’expérience du post-partum. Samuel a découvert cette tradition avec son épouse, d’origine marocaine : "Au Maroc, la femme reste au lit sans rien faire et toute la famille est aux petits soins. Je sais que ce qui a manqué à ma femme après l’accouchement, c’est sa famille. Je l’ai donc entourée d’attentions durant mon mois de congé paternité en faisant les courses, en cuisinant et en me levant la nuit pour donner le biberon à notre fille."
Carmen, issue du Cameroun, évoque également cette tradition familiale. "Au Cameroun, la femme qui accouche est prise en charge par sa mère, ses tantes, ses cousines. Elle ne fait rien et allaite uniquement son bébé. Mon mari le savait et même si nous habitons en France durant mon congé maternité, il n’a cessé de me montrer des petits signes d’attention : petits déjeuners au lit, un massage dans un institut, une sortie en amoureux… C’était superbe de se sentir toujours au centre de l’attention, même si notre bébé restait la prunelle de nos yeux." Son époux, Philippe, avoue que c’était tout à fait naturel pour lui de prendre soin de son épouse durant cette période difficile : "Je voyais qu’elle manquait de sommeil, que ce n’était pas toujours simple d’allaiter et qu’elle pouvait avoir des petits coups de mou. Elle avait besoin qu’on prenne soin d’elle comme elle prenait soin de notre enfant." Il n’a d’ailleurs pas hésité à prolonger son congé paternité par quelques jours de vacances supplémentaires et des jours de télétravail pour rester auprès de sa femme et de son fils.
Pour Jean, le congé paternité est un "moment béni".
Sans même connaître la tradition du mois d’or, de nombreux hommes s’approprient naturellement ce rôle protecteur et attentionné auprès de leurs épouses, adaptant leur quotidien pour soutenir la jeune maman. Morgane, mère de trois enfants dont des jumelles, témoigne de la présence particulière de son époux à ses côtés le mois suivant ses accouchements.
"Jean fait à peu près tout dans la maison : cuisine, intendance, ménage… Je ne change d’ailleurs quasiment pas de couches le premier mois de vie de mes enfants, c’est Jean qui le fait. S’il n'était pas là et pas aussi impliqué, je n'aurais pas pu avoir autant d’enfants." Quant à Jean, il considère son rôle comme tout à fait normal et aide son épouse de bon cœur, même si ce n’est pas facile tous les jours. "Il est mon roc, la fondation de notre foyer, sur lequel je peux m’appuyer," sourit Morgane. Pour Jean, le congé paternité est un "moment béni". La petite famille en profite généralement pour se retrouver, partir en vacances et souffler un peu. "Je comprends pourquoi on qualifie cette période du mois d’or car ce sont des moments très doux," glisse Morgane.
Ainsi, il n’y a pas de règles strictes en la matière, chaque famille s’adapte à sa manière. Qu’il s’agisse d’un congé prolongé, des tâches partagées ou des rituels quotidiens de bien-être, l’objectif reste de permettre à la jeune mère de se remettre pleinement et de profiter de son bébé sans être accaparée par d’autres sollicitations. Adopter le mois d’or, ce n’est donc pas copier une tradition étrangère, c’est simplement offrir à la jeune maman le temps et le soutien qu’elle mérite.









