La Bible évoque le Cinnamone dès le Livre de l’Exode en ces termes : "Procure-toi aussi du baume de première qualité ; de la myrrhe fluide, cinq cents sicles ; du cinnamome aromatique, la moitié, soit deux cent cinquante ; du roseau aromatique, deux cent cinquante" (Ex 30,23). Nommée qinnâmôn en hébreu, l’huile aromatique du Cinnamone provient de son écorce intérieure ; de couleur brune, elle sera enroulée lors de son commerce pour donner ce que l’on appelle la "cannelle". Guère connu sous les latitudes occidentales, le cinnamome est ainsi un arbuste aromatique de la famille des Lauracées, incluant le camphrier et le cannelier. Considéré comme un arbuste, le cinnamome peut cependant atteindre tout de même plusieurs mètres.
Le doux parfum du cinnamone
Originaire d’Asie et de l’Inde, les extraits de cinnamome, cinnamomum verum ou cannelier de Ceylan, furent très tôt importés en Terre promise, notamment par les Phéniciens, dès le XIe s. av. J.-C. Cette essence évoquée notamment au Livre de l’Exode servait à préparer l’huile sainte du Temple pour la consécration des prêtres et des objets du culte. Le Livre des Proverbes nous apprend également qu’on en aspergeait même les lits avec de la myrrhe et de l’aloès (Pr 7,17). Le Livre de Ben Sira le Sage (Si 24,15) confirme cela et nous précise que le cinnamome produisait les plus fins arômes des arbres à encens et atteignait des prix très élevés… C’est en raison de ses vertus aromatiques très appréciées que le cinnamome est cité au Cantique des Cantiques en ces termes : "Tes formes élancées : un paradis de grenades aux fruits délicieux, le nard et le cypre, le nard et le safran, cannelle, cinnamome, et tous les arbres à encens, la myrrhe et l’aloès, tous les plus fins arômes" (Ct 4,14).
Pureté et sagesse, les autres vertus du cinnamome
Grégoire de Nysse rapporte dans ses "Homélies sur le Cantique des cantiques" que cet arbuste avait aussi des vertus purificatrices et antiseptiques. Pour ces raisons, ce Père de l’Église n’a pas hésité à rapprocher le cinnamome de l’âme apaisée et éveillée des personnes sages, à l’opposé des passionnés "brûlants de désir". Le Père de l’Église donne ainsi une interprétation extensive du Cantique des cantiques en retenant une interprétation allant au-delà de la grande sensualité suggérée traditionnellement par le texte, pour privilégier une dimension plus spirituelle de ce poème d’amour où les plus beaux parfums sont convoqués afin de magnifier la pureté divine. Les beautés de la création sont, en effet, pour Grégoire de Nysse, toutes réunies dans le texte biblique comme un parallèle du développement de l’âme du croyant. Un enseignement quelque peu oublié par l’écrivain Théophile Gautier dans son "Guide de l’amateur au Musée du Louvre" : "La Madeleine, prosternée plutôt qu'agenouillée, dans une pose d'amoureuse adoration, essuie, avec son opulente chevelure, d'un blond vénitien, les pieds du Christ, placé à l'angle de la table, et qu'elle vient d'oindre de myrrhe et de cinname" (p.44)…










