C'est l'image d'une véritable résurrection que renvoie la petite église de Lambruisse. Dans cette commune microscopique des Alpes-de-Haute-Provence où vivent 86 âmes, l'église Notre-Dame de l'Assomption domine le village niché dans une nature verdoyante et montagneuse. Fermée au public pendant plus de 15 ans, elle a pourtant rouvert ses portes samedi 21 février dans un enthousiasme et une ferveur renouvelés. "Au moins 150 personnes étaient présentes, personne ne s'y attendait !", s'étonnent de concert le père Léo Adrianus, curé de la paroisse, et le maire sortant Robert Martorano.
Ce dernier ne cache pas sa satisfaction de voir ce chantier enfin achevé. "Je suis fier que les Lambruissiens aient de nouveau leur église, même si cela a pris du temps", confie-t-il à Aleteia. Fermée depuis 2011 après un arrêté de péril, la petite église du XVIe siècle qui surplombe le hameau était en triste état. Bâtie sur un sol argileux, ses fondations se sont fragilisées au fil du temps au point de créer un risque d'effondrement. Mais Robert Martorano ne l'entend pas de cette oreille. Élu conseiller municipal en 2008, puis maire six ans plus tard après son départ à la retraite, l'édile a fait de la restauration de l'église sa priorité. "Plusieurs anciens du village - qui ont presque tous disparu depuis -, m'ont fait part de leur peine de la voir fermée et dégradée. J'en ai fait une promesse", poursuit l'élu.
L'Eglise accompagne les gens de la naissance jusqu'à la mort, et les églises sont les lieux privilégiés de cette réalité. C'est toujours encourageant de voir une église rénovée.
Robert Martorano contacte l'architecte des Bâtiments de France du département. Le verdict est sans appel : si rien n'est fait dans les cinq ans, c'en est fini de l'église de Lambruisse. Le chantier est estimé à 500.000 euros. Avec l'association de sauvegarde de l'église, le maire parvient à rassembler les subventions pour lancer une première phase de travaux en 2017, puis une seconde, afin de rénover l'intérieur très endommagé de l'édifice. Peinture, parquet, vitraux, mobilier liturgique, tout y passe.
"L'avant/après est époustouflant", s'enthousiasme quant à lui le père Léo Adrianus, venu célébrer la messe de réouverture en compagnie de Mgr Gobilliard, évêque de Digne, Riez et Sisteron. Arrivé dans le diocèse en septembre 2024, le prêtre fait de son mieux pour servir les 68 clochers dont il a la charge. S'il ne peut donc pas célébrer la messe à Lambruisse tous les dimanches, le père Léo se réjouit déjà de pouvoir y venir une fois par mois. "Je tourne autant que possible dans les villages, et je viens même s'il n'y a qu'un seul paroissien pour assister à la messe. Tant qu'il y a quelqu'un, je suis là", poursuit le prêtre.
"Âme du village"
Avant sa fermeture, la petite église, comme beaucoup dans les campagnes, n'accueillait déjà que très occasionnellement la messe. Mais elle était essentielle pour les habitants, assure le maire. "On y célébrait quelques baptêmes, des mariages parfois, et des enterrements. Les gens d'ici ne sont pas très pratiquants", reconnaît-il, avant d'ajouter malgré tout que l'église, "c'est l'âme du village, comme l'a dit le sous-préfet lors de la réouverture." Samedi 21 février, tous les habitants étaient pourtant au rendez-vous pour la messe d'inauguration, célébrée aussi en présence de maires des villages alentour et du sous-préfet de Castellane.
Une joie que partage sans conteste Mgr Gobilliard. "C'est la troisième église que j'inaugure en six mois ! Cela montre un attachement profond des Français à leurs églises. Je remarque que quand la population met la main à la pâte, quand il y a une vraie volonté, les projets de restauration avancent", note l'évêque. Plus tôt dans l'année, l'évêque de Digne a en effet consacré l'autel de l'église de Saint-Barthélemy (sur la commune de Faucon-du-Caire), que les habitants ont reconstruite sans aucune subvention, et a inauguré celle de Poil dédiée à Saint-Laurent.

Pour l'évêque, laisser ces églises ouvertes est primordial afin de permettre à ceux qui le souhaitent d'entrer. "Les habitants ont besoin de ce lieu. Même en l’absence d’eucharistie, le laisser ouvert à tous est primordial pour permettre la prière et la rencontre avec Dieu", relève encore Mgr Gobilliard. Robert Martorano n'est pas de cet avis : de crainte de voir l'église dégradée ou volée, il la laissera fermée en attendant que le père Léo Adrianus vienne y célébrer la messe. "Nous sommes peu d'habitants, mais il y a beaucoup de passage. Je crains des visites malveillantes", explique le maire.
"On peut espérer que ça donne envie aux gens de venir plus régulièrement à la messe. Dans tous les cas, après quinze années, les sacrements vont pouvoir revenir dans ce village. L'Église accompagne les gens de la naissance jusqu'à la mort, et les églises sont les lieux privilégiés de cette réalité. C'est toujours encourageant de voir une église rénovée", constate quant à lui le père Léo. Mgr Gobilliard, pour sa part, voit dans cet élan bien davantage qu’un simple attachement aux pierres. "Et même si c'était le cas, ce serait déjà un bon début. Ils peuvent ainsi découvrir que cet édifice est l'écrin d'une réalité plus grande, qui nous dépasse tous. L'église est un lieu de conversion et de transformation. Dans mon diocèse, je constate que les valeurs chrétiennes ne sont plus dissociées de la foi : il existe désormais une véritable démarche personnelle et spirituelle qui prend de l’ampleur. "








![{"rendered":"[EN IMAGES] L’\u00e9glise de Lambruisse rouvre ses portes apr\u00e8s 15 ans de fermeture"}](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2026/02/eglise-lambruisse-inauguration-2.jpg?w=1200?resize=620,372&q=75)

