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Guerre en Ukraine : la paix au point mort

UKRAINIAN-MEMORIAL-KIEV-AFP

Une femme se recueillant devant un mémorial en hommage au soldats ukrainiens morts au combat, Kiev (Ukraine), février 2024.

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Jean-Baptiste Noé - publié le 26/02/26
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Quatre ans après le déclenchement de la guerre, la paix en Ukraine est au point mort et aucune issue immédiate ne semble possible, analyse le géopolitologue Jean-Baptiste Noé. Les combats ont transformé l’Ukraine et la façon de mener la guerre. 

La guerre entre la Russie et l’Ukraine ressemble à beaucoup d’autres : ce devait être une guerre courte, une simple "opération spéciale", comme la Russie en a menée en Géorgie et en Crimée. En lançant les hostilités le 24 février 2022, Vladimir Poutine et son entourage proche n’imaginaient pas que le conflit durerait encore quatre ans plus tard. Ni que la Russie serait mise en échec, bloquée sur le front du Donbass. Si la ligne de front a peu évolué depuis le printemps 2022, donnant une impression de stagnation, la pratique de la guerre a connu des transformations majeures. 

L’usage des drones est l’un de ces grands changements. Omniprésents sur le champ de bataille, ils ont contraint les belligérants à adapter leur sécurité, pour s’en protéger, et leurs chaînes de production, pour en produire à grande échelle. Deuxième élément majeur de cette guerre, la perte du contrôle du ciel et de la mer par l’armée russe. Très bonne pour l’infanterie et l’artillerie, la Russie a perdu la maîtrise du ciel dès le début de la guerre et, en mer Noire, s’est vue infliger plusieurs revers par une Ukraine pourtant démunie de flotte. 

Nouvelles ramifications

Troisième enseignement majeur : la capacité d’un peuple à affronter la guerre et à se mobiliser pour la conduire. Bien que très largement inférieure en nombre et en armes, l’Ukraine est parvenue à tenir tête à la Russie, à mobiliser une vaste coalition internationale autour d’elle, et à maintenir le souffle de l’aide chez ses alliés, en dépit de nombreuses tensions et des moments de découragement. Sans cette aide, l’Ukraine n’aurait pas pu tenir aussi longtemps. Mais pour tenir, il lui faut aussi plus que de l’aide : une volonté et une force de résistance, qui s’est révélée tout au long du conflit. 

Quatrième enseignement : la localisation d’un conflit et ses ramifications mondiales. Depuis février 2022, la guerre se limite à la partie Est de l’Ukraine, avec des attaques russes dans la profondeur, notamment à Kiev. Mais il n’y a pas eu d’embrasement généralisé ni d’extension géographique des combats. En revanche, ce conflit local a tissé des ramifications mondiales. Alliés de l’Ukraine, en Europe et aux États-Unis, alliés de la Russie, en Corée du Nord et en Biélorussie. À quoi s’ajoutent des pays tiers, comme l’Arménie, qui fournit des pièces détachées à la Russie, et des pays d’Afrique, où Moscou mène des recrutements de soldats. 

Cinquième enseignement : l’impossibilité à trouver un accord de paix. Le retour de Donald Trump et la rencontre en Alaska en juillet 2025 n’ont rien changé. Les Russes se montrent inflexibles et refusent tout accord. Tant que les deux pays tiennent, qu’aucun front ne rompt, il semble peu probable qu’un accord soit possible. Chacun compte et espère sur l’effondrement et la rupture de l’autre, qui, pour l’instant, ne vient pas. 

Échec de la paix

Léon XIV a évoqué le "peuple ukrainien torturé". Il s’est aussi désolé de l’impossibilité de trouver la voie de la paix : "La paix ne peut pas être remise à plus tard. […] C’est un besoin urgent qui doit trouver sa place dans les cœurs et se traduire par des décisions responsables." Mais si la diplomatie vaticane s’active pour tenter de trouver une issue à cette guerre, force est de constater que, pour l’instant, toutes les parties ont échoué. Les mots de la diplomatie butent sur la réalité des armes, les volontés de paix sur les refus des dignitaires. Dans quelques semaines, cette guerre aura duré plus longtemps que la Seconde Guerre mondiale. Si les conséquences du conflit sont bien moins grandes pour la redéfinition du monde, la simple "opération spéciale" devenue guerre longue a transformé la vision géopolitique de l’Europe et son rapport à l’adversité et à la guerre.

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