Dans son message de carême, Léon XIV invite les catholiques à jeûner de nourriture mais aussi "par la langue", en évitant les mots "qui blessent". Il serait judicieux non seulement de réduire sa participation aux ragots, mais aussi d'être plus conscients de la façon dont ceux-ci vous influencent. La frontière entre être informé et colporter des ragots est si mince qu'il est difficile de savoir où elle se situe. Comment savoir si ce que je dis ou ce que j'entends est nuisible ?
Savoir distinguer ce qui informe de ce qui nuît
On croit souvent que répandre des commérages consiste à partager des informations fausses sur une personne ou à exagérer la vérité. Cependant, le commérage consiste aussi à partager des informations tout à fait vraies ! Il est courant de penser que, tant que l'on ne calomnie pas et que l’on dit la vérité, le fait de parler de quelqu'un d'autre n'a pas beaucoup d'importance… En réalité, le commérage consiste à parler des autres en leur absence, avec des paroles vraies ou fausses, mais d’une manière qui les rabaisse, les juge ou qui sont susceptibles de nuire à leur réputation et à leur dignité.

Chacun a ses opinions sur à peu près tout et tout le monde. Des opinions sur les célébrités, sur les politiciens, sur le Saint-Père, sur des prêtres, sur des collègues… et souvent, un nombre incroyablement élevé de ces opinions ne reposent que sur des intuitions vagues, des ragots, des jugements d’autres personnes, des commentaires sans fondement lus sur les réseaux. Il est courant d’avoir souvent un préjugé sur quelqu’un, avant même de l’avoir rencontré, à cause d’opinions injustes entendues d’autres personnes. C’est ainsi que des opinions négatives peuvent se former, des réputations se ternir, des relations se détériorer.
Déterminer exactement le moment où l’on tombe dans le commérage est un vrai casse-tête. Est-ce que c'est un commérage que de me confier à mon conjoint au sujet d'une journée difficile au travail et de la façon dont un collègue m'a agacé ? De parler à ma mère d'une préoccupation commune concernant un autre membre de la famille ? Ou de discuter avec mon meilleur ami d'un problème que j'ai avec quelqu’un d’autre ? Voici quelques repères pour y voir plus clair :
1Les commérages sont motivés par la négativité

Lorsqu’une information est partagée dans le but de dénigrer quelqu'un et de le juger, il s'agit de commérages. Toute discussion qui nuit inutilement à la réputation de quelqu'un entre dans cette catégorie.
2Les commérages sont sélectifs
On tombe dans les commérages lorsque l’on sélectionne certains faits, qu’on en écarte d’autres et qu’on présente la réalité de manière partiale… et partielle. Ces ragots alimentent les divisions, sans chercher à comprendre l’ensemble des circonstances ni les intentions des personnes concernées.
3Le commérage entraîne un sentiment de culpabilité

Il n’est pas toujours facile de reconnaître le commérage lorsqu’on y prend part. Cependant, un sentiment de gêne, de malaise ou de culpabilité persistant après une conversation peut être un signe révélateur. La conscience, même de façon confuse, vous avertit lorsque vos paroles ont dépassé les limites.
4Les commérages sont liés à une curiosité excessive

S’immiscer dans la vie des autres n’est pas sain. Tout ne mérite pas d’être connu, et tout ne doit pas être commenté. Chacun a déjà suffisamment à faire avec ses propres péchés sans avoir à examiner ceux des autres.
5Les commérages peuvent se dissimuler sous de bonnes intentions
Ils prennent parfois une apparence vertueuse. Par exemple, une demande de prière pour une personne qui “traverse une période difficile”, sous la forme d'un message amical et “charitable”, peut devenir un commérage intrusif sur sa vie privée. En fin de compte, partager ce qui ne vous appartient pas reste du commérage, même sous couvert de bonnes intentions.
En définitive, qu’est-ce qui n’est pas du commérage ?
Il ne s’agit pas de commérage lorsque l’on se confie à une personne digne de confiance, capable de garder la discrétion, et qui ne partagera pas l'information, dans le but d’être aidée dans une situation difficile.
Ce n'est pas non plus du commérage lorsque le motif du partage est de rechercher sincèrement des conseils et des solutions positives. La parole est parfois nécessaire pour retrouver son contrôle émotionnel, afin de passer d'une réaction extrême à une perspective plus précise et rationnelle.
Le besoin de bons conseils et d’avis éclairé sur certaines situations délicates est normal, et dans ce cadre-là, parler d’une tierce personne n’est plus de l’ordre du ragot. Toutefois, ces discussions doivent toujours chercher à résoudre une situation difficile, à comprendre l’autre, et les paroles doivent rester bienveillantes. En effet, la parole a un pouvoir considérable : elle peut façonner une réputation, construire ou détruire des relations, diviser ou unir. Que vos paroles préservent la dignité de ceux dont vous parlez, en gardant à l’esprit que chaque personne est créée à l’image de Dieu !










