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Aux sources de la légitimation de la violence politique

Rassemblement antifasciste le 18 février 2025 à Paris après l’agression à l’arme blanche d’un homme membre du collectif Young Struggle et adhérent à la CGT.

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Louis Daufresne - publié le 26/02/26
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Le journaliste Louis Daufresne décrypte la mécanique de la violence politique à l’origine de la mort du jeune Quentin Deranque à Lyon le 14 février, et sa légitimation.

Depuis le lynchage de Quentin à Lyon, le mot "antifascisme" fuse dans les media, sans qu’on daigne s’arrêter sur sa définition. Celle-ci ne va pas de soi. Le mot a quand même vieilli, convenons-en. C’est comme si on parlait toujours du combat anticommuniste, daté de la Guerre froide. Cela fait belle lurette que les régimes fascistes, casqués et bottés, n’existent plus. En 1968, de jeunes bourgeois scandaient "CRS-SS" mais qui croyait à cet amalgame de potache ? On se méprit toutefois sur la puissance de feu de ce slogan. La mort de Malik Oussékine en 1986 réactiva la haine anti-flics. Aujourd’hui, l’expression "violence policière" est banale, alors qu’assimiler des forces de l’ordre aux fauteurs de troubles est un oxymore républicain.

Renverser l’oppression

À quoi sert l’antifascisme ? C’est tout simple : à légitimer la violence, moteur de la lutte des classes, carburant du chaos. L’antifascisme traverse une bonne partie de la gauche dont il est un trait d’union. Ce rapport incestueux à la violence s’enracine dans la Révolution. L’idée, c’est qu’il y a toujours une Bastille à prendre. Sous la Révolution, les mots font les choses ; on s’enivre de parole ; on croit refaire le monde par une "déclaration". Une lame retranche la tête du corps social, quel symbole ! L’échafaud est aux idées ce que le bûcher fut à la foi. Au nom de la vertu, un pur trouve toujours un plus pur pour l’épurer et ainsi de suite. Cette mécanique dévore tout, injecte cette conflictualité si chère à l’extrême-gauche. Une idéologie cannibale se met en place, programme l’élimination de l’autre, à la fois nécessaire et inévitable. Qui fait obstacle au sens de l’histoire est écrasé. 

Si le fascisme est l’incarnation du mal absolu, l’antifascisme place automatiquement ses militants dans le camp du bien et, dès lors, tout est permis pour le défendre.

Le marxisme arrive là-dessus en dogmatisant : le renversement des structures oppressives justifie la violence. Les exploités ne sont-ils pas en état de légitime défense si le capital leur suce le sang ? Leur violence ne fait que répondre à une violence première, structurelle, implacable. Ce cycle se poursuit dans les années soixante, avec le concept de Pierre Bourdieu de "violence symbolique", oxymore explosif. Comme pour des veaux en batterie, on va inoculer dans le cerveau de millions de jeunes l’idée qu’"un ordre social inégalitaire [est] structuré sur des rapports de domination, intériorisés par les groupes inférieurs", écrit Paul Sugy dans Le Figaro. Suivant cette logique, la violence subie ou présumée devient d’autant plus forte et intolérable qu’elle est non-physique, invisible, perpétuée "insidieusement [par] l’éducation ou la culture". Cette rhétorique métastase avec la "violence systémique" et le cortège infini de discriminations qu’elle invite à éliminer. De sorte que, ajoute Paul Sugy, "cette approche intellectuelle crée les conditions d’une violence que la gauche, en fait de combattre, en réalité propage". Cet engrenage rend fous les esprits qui en sont captifs.

Le camp du bien

L’antifascisme devient alors le nom d’un phénomène pathologique. Il n’a rien à voir avec l’antifascisme historique, quand les SS quadrillaient les rues et que la Kommandantur faisait sa loi. De nos jours, il ressemble à une guerre de religion. L’antifascisme plonge dans l’inconscient inquisiteur de l’Église catholique. Son langage, plein de fureur et d’incantation, fait penser au rituel de l’exorcisme. Il commande de traquer la bête immonde, ce nouveau Satan, et de la brûler en place de grève.

Quelle est la recette de l’antifascisme ? Surtout ne jamais le définir ; la mécanique se gripperait.

Les antifas ne cessent de se prévaloir de l’autodéfense. À la vérité, ils ne croient pas si bien dire. Si le fascisme est l’incarnation du mal absolu, l’antifascisme place automatiquement ses militants dans le camp du bien et, dès lors, tout est permis pour le défendre. Cette idée est le pilier central de la nef intellectuelle de cette gauche, laquelle est une gigantesque entreprise de privatisation. Cette ultra-gauche préempte le bien, dit ce qu’il est admissible de penser. Elle seule touche les dividendes de cette entreprise. Elle seule s’arroge le droit de les redistribuer par l’État qu’elle contrôle.

Un totem freudien

L’antifascisme ne date pas d’hier. Les régimes communistes l’usèrent jusqu’à la corde. En Allemagne de l’Est, le rideau de fer portait le nom de "mur antifasciste". Il protégeait le paradis socialiste de l’impérialisme occidental. Ce mensonge justifiait l’encagement, l’encasernement et l’embrigadement de millions d’âmes. Au nom de l’antifascisme, on écrabouilla toute liberté. Quelle est la recette de l’antifascisme ? Surtout ne jamais le définir ; la mécanique se gripperait. Le mot fonctionne comme un totem freudien, une sorte de point de fixation invisible et obsessionnel et surtout ambivalent car, en toute honnêteté, les antifas répliquent ce qu’ils exècrent. Rien que l’étiquette "jeune garde" sort tout droit de l’esthétique militariste des années trente. Curieuse et mystérieuse posture que d’exister seulement à travers ce qu’on se promet d’anéantir.

Que regrettent les antifas avec la mort de Quentin ? Que les réseaux sociaux aient filmé la scène, que le lynchage soit indéniable et contredise un narratif vertueux. Ce qu’on a vu à Lyon ne s’est pas passé depuis 1934, les images rappelant la guerre de rue en Allemagne. Et cette image tue. 

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