Le Bureau de presse du Saint-Siège a annoncé officiellement ce 25 février les trois prochains voyages internationaux de Léon XIV. Il se rendra notamment à Monaco le 28 mars pour sa première destination européenne hors d’Italie. Et si votre lecture allait plus loin ?
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Le Bureau de presse du Saint-Siège a annoncé officiellement ce 25 février 2026 les trois prochains voyages internationaux de Léon XIV. Le Pape se rendra d’abord à Monaco le 28 mars, pour sa première destination européenne hors d’Italie. Il effectuera ensuite une tournée dans quatre pays en Afrique, du 13 au 23 avril. Ce déplacement s'étendra à l’Algérie (Alger et Annaba) ; au Cameroun (Yaoundé, Bamenda et Douala) ; à l’Angola (Luanda, Muxima et Saurimo) ; et à la Guinée équatoriale (Malabo, Mongomo et Bata). Enfin, le pontife visitera l’Espagne du 6 au 12 juin. Il devrait se rendre dans les villes de Madrid, Barcelone, puis sur l’archipel des Canaries.
Le pape Léon XIV effectuera donc samedi 28 mars 2026 un voyage de quelques heures dans la Principauté de Monaco, a officiellement annoncé le Bureau de presse du Saint-Siège ce 25 février. Ce deuxième voyage apostolique du pontife américano-péruvien, après sa visite en Turquie et au Liban en fin d’année dernière et avant sa tournée du mois d’avril prochain en Afrique, représente un choix atypique mais s’inscrit dans une cohérence géopolitique. Le Saint-Siège et Monaco partagent en effet de nombreux sujets d’intérêts communs, de la protection de la vie humaine à celle des océans en passant par la promotion de la paix en Méditerranée.
De nombreux points communs
Le Pape, chef du plus petit État du monde, en visite dans le deuxième plus petit pays de la planète : l’image, à coup sûr, suscitera la curiosité. Une forme proche de "soft power" relie en effet ces deux États, disposant d’un poids significatif sur la scène internationale, malgré leur petite superficie.
Les points communs sont nombreux. Tout d’abord, avec Malte, la Principauté de Monaco est l’un des derniers pays d’Europe à conserver le catholicisme comme religion d’État. Ce paramètre conduit à des convergences entre le Saint-Siège et Monaco sur les questions bioéthiques, à contre-courant de nombreux États européens qui prennent des orientations contradictoires avec les positions de l’Église catholique sur les sujets touchant à la protection de la vie.
Ainsi, "la place qu’occupe la religion catholique" à Monaco a conduit le prince Albert, le 26 novembre 2025, à s’opposer à la promulgation d’une loi approuvée par le Conseil national, et qui aurait ouvert la voie à la légalisation de l’avortement, un sujet très sensible pour le Vatican. Cette décision du prince fait écho au refus du roi des Belges Baudouin de signer la loi légalisant l’avortement au Belgique en 1990. Celle-ci fut promulguée en raison d’une formule constitutionnelle prenant acte de l’empêchement temporaire du roi d’exercer ses fonctions, mais cet argument de l’opposition du roi avait été mis en valeur par le pape François dans le cadre de sa visite de septembre 2024 en Belgique, lorsqu’il a annoncé l’ouverture du procès en béatification de l’ancien souverain, décédé en 1993.
Monaco, un acteur du "concert des nations"
La protection des océans, et plus généralement la question écologique, constitue également un point de convergence entre le Saint-Siège et Monaco, qui avait accueilli en 2025 le "Forum sur l’économie bleue et la finance", en prologue à la conférence des Nations unies sur les océans, organisée à Nice quelques jours plus tard. Il est donc probable que le thème de la protection de l’environnement s’intègre dans les discours du pape à Monaco, tout comme la question délicate de l’éthique financière, dans un contexte d’effort d’ajustement des lois de la Principauté sur les règles du droit européen et international. Tout comme le Vatican, Monaco est astreint aux rapports du comité Moneyval, un organisme issu du Conseil de l’Europe.
Membre à part entière de nombreuses organisations internationales parmi lesquelles les Nations unies, Monaco dispose de leviers d’influence appréciés par le Vatican. Le soutien du prince Albert à la reconnaissance de l’État de Palestine proposée par la France en septembre 2025 s’est située en pleine convergence avec les positions du Saint-Siège sur la « solution à deux États ». Des sources diplomatiques indiquent que le Saint-Siège, qui ne dispose que du statut de membre observateur aux Nations unies et n’a donc pas de droit de vote, apprécie le fait que des petits États disposant du même pouvoir que des nations plus grandes puissent relayer des positions proches des siennes.
Méditerranée et dévotions populaires
Ce voyage peut aussi être compris comme une continuité des déplacements du pape François dans l’arc méditerranéen, notamment à Marseille en 2023 et à Ajaccio en 2024. Sur le plan religieux, Monaco compte parmi ses 40.000 habitants – dont près de 10.000 citoyens monégasques – une importante population catholique, attachée aux dévotions populaires, comme la célébration de la Sainte Dévote, qui donne souvent lieu, fin janvier, à l’invitation de personnalités internationales. Cette année, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, était présent, après d’autres figures comme en 2023 le patriarche de Constantinople Bartholomée, ou, l’an dernier, le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, Mgr Paul Richard Gallagher.
Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, s’est pour sa part rendu à Monaco en juillet 2021, à l’occasion du 40e anniversaire de la convention bilatérale de 1981, qui avait clarifié le mode de nomination du nouvel archevêque par le pape. Les relations entre Monaco et le Saint-Siège sont très suivies et régulières, avec la présence d’une nonciature apostolique à Monaco et celle d’un ambassadeur résident à Rome. Avec discrétion, la Principauté joue également un rôle actif de soutien économique à différentes réalités de l’Église catholique, notamment la présence chrétienne en Terre sainte, à travers l’Ordre des chevaliers du Saint-Sépulcre.
En choisissant Monaco comme première destination européenne hors Italie, le pape Léon XIV marque en tout cas un choix original, très différent de celui de ses prédécesseurs. Les premiers pays d’Europe visités par Jean-Paul II et Benoît XVI furent en effet, respectivement, la Pologne et l’Allemagne, leurs pays de naissance. Le pape François fit pour sa part le choix de l’Albanie, marquant un axe clair de son attention aux périphéries. Le choix de Monaco fait par le pape Léon XIV répond à d’autres critères mais il rejoint des considérations stratégiques qui se veulent cohérentes avec la tradition diplomatique du Saint-Siège.