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« Mon ado passe tout son temps dans sa chambre » : faut-il s’en inquiéter ?

4 min de lecture
"Mon ado passe tout son temps dans sa chambre" : faut-il s'en inquiéter ?

Crédit : Shutterstock

Il est naturel de se sentir préoccupé quand son ado passe beaucoup de temps dans sa chambre.

Porte fermée, pancartes explicites et longues heures passées à l’écart de la famille... Pour beaucoup de parents, la chambre de leur adolescent est source d’inquiétude, voire de conflit. Faut-il s’en alarmer ou y voir une étape normale de l’adolescence ?

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"Ne pas rentrer sans toquer", "Ne pas déranger", "Interdit aux adultes"… Ces petites pancartes apposées sur les portes des chambres d’ados en disent long sur leur besoin d’émancipation. Une phase nécessaire dans la construction des adultes qu’ils s’apprêtent à devenir. Si certains parents essaient tant bien que mal de respecter cette injonction, d’autres la prennent avec humour et n’hésitent pas à transgresser la règle. 

La chambre d'un ado, symbole de son indépendance

Chez Jean-François, père d’Hippolyte, 14 ans, et d’Augustine, 12 ans, la consigne est claire, bien que pas toujours respectée : "Chez nous, même la femme de ménage n’a pas le droit de pénétrer dans la chambre de notre aîné. Mais une fois par mois, on enfreint la règle". À l’inverse, Caroline s’exaspère : "J’en peux plus, Violette passe tout son temps dans sa chambre. Elle n’en sort que pour se nourrir."

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La chambre d’un adolescent n’est jamais un simple espace. C’est son cocon, son refuge, sa zone de confort à laquelle il ne souhaite pas que l’on touche. "L’adolescence est une période où un jeune se construit, et sa chambre devient le symbole de son envie d’indépendance. C’est pour cela qu’il n’apprécie pas que l’on y entre sans permission, qu’on fouille dans ses affaires ou qu’on le dérange", explique Anne-Claire de Pracomtal, thérapeute familiale, coach et co-fondatrice de la plateforme "IAMSTRONG" qui accompagne les adolescents et les parents en difficulté. La spécialiste invite donc les parents à respecter ce besoin d’intimité.

Un point que Jeanne, mère de deux adolescentes de 14 et 16 ans, a intégré depuis longtemps. "J’ai aussi été ado un jour, alors je comprends son besoin d’intimité. Je me souviens du jour où ma mère avait fait le ménage sur mon bureau en jetant mes carnets secrets et mes posters. Je lui en ai voulu pendant deux bons mois", raconte-t-elle. Aujourd’hui, la quarantenaire veille à ne pas franchir cette frontière à son tour : "Je demande simplement que ce soit rangé si jamais nous avons de la visite."

Respecter l’intimité, oui, mais sans disparaître pour autant. "Continuez à lui poser des questions bienveillantes, comme : “Tu t’es bien reposé tout à l’heure dans ta chambre ?” Cela ouvre la conversation sans pression et permet de comprendre ce qu’il aime y faire", conseille Anne-Claire de Pracomtal. Et attention aux "tu" accusateurs, qui risqueraient au contraire de le braquer. Mieux vaut privilégier les cinq piliers de la communication positive.

Quand tirer la sonnette d’alarme ? 

Pour les parents préoccupés par le fait que leur adolescent passe beaucoup de temps enfermé, Anne-Claire de Pracomtal invite à observer un ensemble de signaux. L’acronyme SACAPUNI permet de s’en souvenir.

SACAPUNI

S comme sommeil (troubles du sommeil, insomnie),
A comme ami (changement de fréquentations, isolement),
C comme comportement (agressivité soudaine ou silence inhabituel),
A comme absence (absences scolaires répétées ou refus d’aller à l’école),
P comme poids (perte ou prise notable),
U comme usage de substances (alcool, drogue…),
N comme notes (baisse des performances scolaires),
I comme idées noires (discours pessimiste, perte d’intérêt, pensées très sombres).

"Plus ces signes sont présents, cumulés et installés dans le temps, plus il est important d’être vigilant et d’agir pour soutenir l’enfant", souligne la spécialiste en encourageant les parents à chercher à comprendre ce qui se joue derrière ces portes closes. Enfin, Anne-Claire de Pracomtal recommande dans son ouvrage Je ne sais plus quoi faire avec mon ado (Marabout), co-écrit avec Erika Seydoux, de proposer des moments de partage sans pression : des invitations ouvertes, auxquelles l’adolescent peut choisir de se joindre. Même s’il ne s’agit que de dix minutes, ces instants comptent.

Ainsi, entre respect de l’intimité et vigilance bienveillante, tout l’enjeu pour les parents est de trouver le juste équilibre. Derrière une porte close, la chambre d’un adolescent peut être à la fois un refuge nécessaire comme le signe d’un mal-être à décrypter. Sans intrusion ni indifférence, rester présent, à l’écoute et attentif à son enfant permet de maintenir le lien et d’accompagner son ado dans cette étape clé qu’est son émancipation en vue d’une vie adulte.