Il faut toujours écouter les commentaires des avants de rugby à l’issue des matchs. Les paroles improvisées devant un micro en disent long sur ce que ces hommes humbles et courageux ont dans le cœur. Épuisés par quatre-vingts minutes de sacrifices collectifs, ces colosses expriment une pensée réduite à l’essentiel. Certains rendent hommage à l’adversaire, d’autres font mémoire d’une péripétie décisive, tel grattage qui a fait la différence ou tel plaquage manqué ; d’autres saluent le collectif, d’autres encore se projettent dans l’avenir. Mais tous le disent avec des mots sobres qui nous touchent parce qu’ils ne sont pas apprêtés.
L’homme est humble
À propos de deuxième-lignes, le docteur Lucien Mias, qui savait de quoi il parlait, disait qu’il en existait deux catégories : "Ceux qui déménagent des pianos et ceux qui en jouent." Belle formule ! Les déménageurs ne sont pas des bavards. Avec ses cent quarante kilos et son abnégation, Emmanuel Meafou appartient à la catégorie des déménageurs capables de transporter des pianos sur un terrain de rugby pendant deux mi-temps complètes, ce qui ne l’empêche pas de savoir quand il faut jouer du piano avec ses adversaires et avec nos émotions.
Cependant l’homme est humble. Sa performance exceptionnelle ne le grise pas. Emmanuel n’est français que depuis quelques mois, titulaire en équipe de France seulement depuis quelques semaines, et le voilà déjà homme du match, lors de la rencontre France-Italie du 22 février du Tournoi des Six Nations. Nous connaissions le jeune espoir du Stade Toulousain venu du Pacifique Sud, passionnément désireux de jouer en équipe de France, tôt repéré par le génial Fabien Galthié. Nous connaissions aussi le bon camarade si souvent salué par ses coéquipiers. Ce dimanche, nous avons découvert le chrétien. Emmanuel Meafou a témoigné de sa foi. Quelle surprise !
Sans complexe
Interrogé sur le bord du terrain par une journaliste de France Télévisons qui lui demandait un commentaire sur sa victoire, le deuxième-ligne a spontanément répondu : "Merci à Dieu. Merci Seigneur pour ta grâce. Rien n’est possible sans Lui !" Rire gêné chez la journaliste qui ne s’attendait pas à ça. Mais il en fallait plus pour ébranler l’homme du match. Emmanuel Meafou a proclamé sans complexe sa foi devant des millions de téléspectateurs. Ensuite, paisiblement, il a décrypté sa vision du match.
Certes, le rugbyman n’est pas le premier sportif à parler de Dieu. On songe évidemment à Olivier Giroud qui, souvent, a saisi l’occasion de ses succès pour nous parler de sa foi évangélique, ou au tennisman Novak Djokovic déclarant qu’il était chrétien orthodoxe avant d’être sportif. Gino Bartali, héros solitaire du vélo, n’a cessé lui aussi de témoigner de sa foi. C’est vrai aussi de plusieurs médaillés olympiques. Mais à ma connaissance, aucun rugbyman français n’avait encore parlé de Dieu sur France 2. Pourquoi donc ?
Un réflexe de gratitude
Le rugby est un sport beaucoup plus collectif que le football. Il ne stimule pas les ego comme le fait le cyclisme ou le tennis. Il ne porte pas ses héros à se confier. De surcroît, il s’est épanoui en France sur les terres radicales, dans un climat assez éloigné de celui des patronages paroissiaux. Au rugby, on parle peu et on ne va guère à la messe. On ne se met pas en avant (d’ailleurs les "en avant" y sont interdits). Il était donc inattendu qu’un rugbyman français, même venu du lointain Pacifique, ose nous parler de sa foi personnelle à une heure de grande écoute, sans y avoir réfléchi, par un réflexe soudain de gratitude pour Celui qui nous a aimés le premier et qui nous donne tout.
Ce grand joueur nous aide et nous inspire. À l’heure du découragement, il nous rappelle que l’Église de Jésus ne mourra pas. Le soir du 22 février, au-delà d’un match exceptionnel par le travail des avants, Emmanuel Meafou nous a, par ses paroles, comblés de joie. Merci à lui !










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